mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2103270 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | DEYLA PARTNERS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés le 17 août 2021, le 27 septembre 2021 et le 28 novembre 2022, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Châteaux et Châteaux - Patrimoines privés (CetC), représentée par Me Froment-Meurice, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le bail commercial signé le 17 octobre 2013 entre la SCI Le Château de Francport et la SARL d'exploitation "Terre de Kéops", société alors en formation qui n'a jamais été constituée, n'a produit aucun effet juridique à l'égard des tiers, dont elle-même ;
- plusieurs clauses de ce bail se sont révélées mensongères et ont été sciemment violées ;
- ce bail a été dénoncé moins de deux mois après sa signature ;
- en tout état de cause, aucune des conditions posées par l'avenant n° 1 à ce bail n'ayant été remplie, elle n'avait droit au versement d'aucune commission ;
- elle n'a tiré aucun gain de cette opération, ses tentatives d'arrangement amiable n'ayant pas abouti ;
- les factures qu'elle a émises, qui n'ont au demeurant pas été acquittées, avaient pour seul objectif de tenter de récupérer, après la rupture du contrat, une partie de la commission qu'elle estimait lui être due.
Par un mémoire en défense et un mémoire en réplique, enregistrés le 8 mars 2022 et le 15 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de Normandie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par l'EURL CetC ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 6 décembre 2022 fixant la clôture de l'instruction au 20 décembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- les conclusions de M. Jonathan Cotraud, rapporteur public,
- et les observations de Me Froment-Meurice, représentant l'EURL CetC.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL CetC, qui exerce une activité d'agence immobilière, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, au terme de laquelle l'administration fiscale a réintégré dans son résultat imposable au titre de l'exercice clos en 2013 la somme de 550 000 euros. Cette recette correspond à une commission, stipulée par un avenant à un bail commercial, qui n'avait été ni facturée, ni comptabilisée, ni provisionnée, que le vérificateur a regardée comme une créance acquise au titre de l'exercice en cause. Ce rehaussement de ses bases imposables a également eu pour conséquence de remettre en cause le déficit constaté par l'entreprise vérifiée au titre de l'exercice clos en 2013, ainsi que l'imputation de celui-ci sur son résultat imposable de l'exercice clos en 2014. Les redressements correspondant, au titre de ces deux exercices, assortis des intérêts de retard, ont été notifiés à l'EURL CetC par une proposition de rectification du 20 octobre 2016. L'administration ayant rejeté sa réclamation préalable le 22 juin 2021, l'EURL CetC demande la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. En vertu des dispositions des articles 38 et 209 du code général des impôts, la créance acquise sur un tiers par une entreprise passible de l'impôt sur les sociétés doit être rattachée aux résultats de l'exercice au cours duquel cette créance est devenue certaine dans son principe et dans son montant. Dans le cas où elle se rapporte à la fourniture de services, le 2 bis de l'article 38 du code général des impôts précise que la créance doit être rattachée à l'exercice au cours duquel intervient l'achèvement de la prestation. Si en principe, la prestation fournie par un agent immobilier est achevée à la date de l'accord conclu entre le vendeur et l'acheteur que l'agent a rapprochés, il peut en être autrement en vertu de stipulations contractuelles ou des usages particuliers à la profession.
3. Par un contrat du 10 janvier 2013, la SCI du Château Francport, propriétaire d'un immeuble sis à Choisy-au-Bac (Oise), a donné mandat à l'EURL CetC aux fins de vendre ce bien. Par un avenant n° 1 du 10 août 2013, ce mandat a été étendu à la conclusion d'un bail commercial. Le 17 octobre 2013, la SCI du Château du Francport a consenti un bail commercial à la SARL d'exploitation Terre de Kéops, société en formation, représentée par Mme B A.
4. En premier lieu, la société requérante soutient que l'avenant n° 1 au mandat consenti par la SCI du Château du Francport subordonnait son droit à percevoir sa commission à des conditions dont aucune n'a été remplie. Toutefois, il ne résulte ni de cet avenant, ni du contrat de bail conclu le 17 octobre 2013, ni d'aucun autre élément du dossier que la prestation fournie par l'EURL CetC aurait été étendue au-delà du rapprochement du propriétaire mandataire et d'un preneur pour la conclusion d'un contrat de bail. Si la société vérifiée soutient que son rôle impliquait également de s'assurer que le preneur était financièrement en mesure de remplir ses obligations, ce qui n'impliquait en tout état de cause pas son intervention au-delà de la conclusion du bail, elle ne fait état d'aucun élément de nature à l'établir, cette circonstance ne pouvant en outre pas être déduite des seules prévisions de l'avenant n° 1 du 10 août 2013 quant à la structure de son commissionnement, qui prévoyait qu'une commission serait due à l'EURL CetC, en cas de conclusion d'un bail commercial, dont le montant total de 600 000 euros serait supporté à parts égales entre le propriétaire et le preneur et payé, pour ce dernier, à la date du versement du premier loyer annuel et, pour le propriétaire, à hauteur de 100 000 euros lorsque 50 % des travaux à réaliser sur le bien par le preneur auraient été réalisés, de 100 000 euros lorsque ces travaux auraient été entièrement achevés et, enfin, de 100 000 euros au versement du premier loyer annuel par le preneur. Au demeurant, si cet avenant pose ainsi des conditions au versement effectif de la commission due à l'EURL CetC, il résulte de ses stipulations que la commission était due dès la conclusion d'un contrat de bail entre le propriétaire et un preneur. Dès lors, la prestation réalisée par l'EURL CetC et en contrepartie de laquelle elle détenait un droit au versement d'une commission de 600 000 euros, qui ne consistait qu'à rapprocher le propriétaire d'un vendeur ou d'un preneur, devait être regardée comme achevée à la date de conclusion d'un contrat de vente ou de bail, soit en l'espèce le 17 octobre 2013. C'est donc à bon droit que l'administration fiscale a regardé cette créance comme devant être rattachée à l'exercice clos en 2013.
5. En deuxième lieu, eu égard à ce qui est énoncé au point 4, les circonstances, invoquées par la société requérante, que le contrat de bail du 17 octobre 2013 n'a pas été exécuté par les parties, qu'il aurait été dénoncé par le preneur au mois de décembre 2013, qu'elle n'a retiré aucun gain de l'opération et qu'elle n'a émis une facture le 20 décembre 2013 dans le seul but de tenter de récupérer une partie de la somme qu'elle savait perdue sur le terrain contractuel, sont sans incidence sur la date à laquelle la prestation a été achevée pour l'application de la loi fiscale.
6. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 1842 du code civil : " Les sociétés autres que les sociétés en participation visées au chapitre III jouissent de la personnalité morale à compter de leur immatriculation. " Aux termes de l'article L. 210-6 du code de commerce : " Les sociétés commerciales jouissent de la personnalité morale à dater de leur immatriculation au registre du commerce et des sociétés. La transformation régulière d'une société n'entraîne pas la création d'une personne morale nouvelle. Il en est de même de la prorogation. / Les personnes qui ont agi au nom d'une société en formation avant qu'elle ait acquis la jouissance de la personnalité morale sont tenues solidairement et indéfiniment responsables des actes ainsi accomplis, à moins que la société, après avoir été régulièrement constituée et immatriculée, ne reprenne les engagements souscrits. Ces engagements sont alors réputés avoir été souscrits dès l'origine par la société. "
7. Si l'EURL CetC soutient, d'une part, que le contrat de bail du 17 octobre 2013 est nul dès lors qu'il a été conclu par une société en formation et non au nom ou pour le compte de celle-ci et, d'autre part, que certaines clauses, qui constituent des éléments essentiels du contrat, étaient mensongères, ces circonstances, à les supposer établies, sont sans incidence sur le bien-fondé du redressement dès lors que la nullité du contrat n'a été ni constatée d'un commun accord par les parties, ni prononcée par le juge compétent. En l'absence de disparition rétroactive des relations contractuelles, la seule circonstance que ce contrat soit entaché de vices susceptibles, le cas échéant, d'entraîner son annulation par l'autorité judiciaire est sans incidence sur le fait que la signature de ce contrat entre le bailleur et le preneur a constitué l'achèvement de la prestation fournie par l'EURL CetC.
8. Il résulte de ce qui précède que l'EURL CetC n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014, ainsi que des pénalités correspondantes.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL CetC est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Châteaux et Châteaux - Patrimoines privés et au directeur régional des finances publiques de Normandie.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, de la relance et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026