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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2103870

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2103870

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2103870
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantHORRIE & ASSOCIES SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2021, un mémoire en production de pièces, enregistré le 19 octobre 2021, et un mémoire, enregistré le 3 mars 2022, M. et Mme B et C A, représentés par la SELARL Horrie et Associés, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 et des pénalités afférentes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- les travaux réalisés sur leur bien ayant obtenu le label de la Fondation du patrimoine constituent des travaux de réparation et d'entretien au sens de l'article 41 I bis de l'annexe III au code général des impôts et des paragraphes nos 10 à 60 de l'instruction administrative BOI-RFPI-BASE-20-30-10 et n° 170 et 180 de l'instruction administrative BOI-RFPI-SPEC-30-20-20 ;

- la partie habitation était pourvue de fenêtres, qui n'ont pas été agrandies, et la toiture de l'habitation ne pouvait être rénovée sans procéder à la rénovation de sa partie couvrant la grange ;

- les planchers n'ont pas été reconstruits mais seulement rénovés ;

- la réfection de la façade ne concerne que la partie grange ;

- les intérêts de retard prévus par l'article 1727 du code général des impôts sont injustifiés dès lors que les rectifications ne sont pas fondées ;

- la majoration de l'article 1758 A du code général des impôts est injustifiée dès lors que les rectifications ne sont pas fondées.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 janvier 2022 et le 18 mars 2022, la directrice régionale des finances publiques de Normandie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Horrie, pour M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017, et des pénalités afférentes, en raison de la remise en cause des déductions qu'ils ont opérées au titre de travaux effectués sur un bâtiment ancien situé dans le Jura ayant obtenu le label " Fondation du patrimoine ".

Sur le terrain de la loi :

2. Aux termes de l'article 156 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : / I. du déficit constaté pour une année dans une catégorie de revenus () 3° Des déficits fonciers, lesquels s'imputent exclusivement sur les revenus fonciers des dix années suivantes ; cette disposition n'est pas applicable aux propriétaires de monuments classés monuments historiques, inscrits à l'inventaire supplémentaire ou ayant reçu le label délivré par la "Fondation du patrimoine" en application de l'article L. 143-2 du code du patrimoine si ce label a été accordé sur avis favorable du service départemental de l'architecture et du patrimoine. () II. Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : ()1° ter. Dans les conditions fixées par décret, les charges foncières afférentes aux immeubles classés monuments historiques ou inscrits à l'inventaire supplémentaire, ainsi qu'aux immeubles faisant partie du patrimoine national ou en raison du label délivré par la "Fondation du patrimoine" en application de l'article L. 143-2 du code du patrimoine si ce label a été accordé sur avis favorable du service départemental de l'architecture et du patrimoine () " Aux termes de l'article 41 I bis de l'annexe III au code général des impôts : " Pour les immeubles qui, bien que non classés parmi les monuments historiques, ni inscrits à l'inventaire supplémentaire, font partie du patrimoine national à raison du label délivré par la "Fondation du patrimoine", les charges déductibles afférentes à ces immeubles sont exclusivement celles qui correspondent aux travaux de réparation et d'entretien. Pour les immeubles habitables, seuls les travaux de cette nature, afférents aux murs, aux façades et aux toitures, ouvrent droit à déduction. La déduction est en outre réservée à ceux de ces immeubles qui sont visibles de la voie publique. La déduction des charges est limitée à 50 % de leur montant. Cette déduction est toutefois portée à 100 % lorsque les travaux sont subventionnés à hauteur de 20 % au moins de leur montant. Ces pourcentages de déduction s'appliquent à la seule fraction des travaux non couverte par une subvention. "

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que seuls sont déductibles les travaux qui ont pour objet de maintenir ou de remettre un immeuble en bon état et d'en permettre un usage normal sans en modifier la consistance, l'agencement ou l'équipement initial.

4. Il résulte de l'instruction que les travaux déduits par M. et Mme A concernaient des travaux de charpente, de couverture (pose de tuiles) et de menuiserie (pose de châssis et fenêtres). Si les contribuables soutiennent que ces travaux n'ont concerné que la partie du bâtiment anciennement à usage d'habitation, et non la partie grange de ce bâtiment, les pièces produites ne permettent pas d'attester qu'une partie de l'ensemble immobilier en litige avait reçu un usage d'habitation. Cet ensemble, mentionné dans l'acte d'acquisition comme un tènement immobilier bâti et non bâti comprenant un bâtiment anciennement à usage rural, n'était raccordé ni au réseau d'eau, ni au réseau d'électricité ni à aucun dispositif d'assainissement et n'était pas déclaré comme habitation auprès du service des impôts. M. et Mme A ne contestent pas avoir notamment procédé à la réfection de la toiture, posé des fenêtres dans les ouvertures existantes et entendu raccorder le bâtiment aux réseaux afin d'y installer une cuisine et des installations sanitaires. Ces travaux d'ampleur ont excédé la simple réparation d'éléments endommagés et ont apporté des améliorations modifiant la consistance et l'équipement initial du bien, de nature à en permettre un usage d'habitation. Nonobstant l'avis favorable de l'architecte des bâtiments de France à l'éligibilité des travaux de consolidation des maçonneries à l'avantage fiscal en litige, il n'est pas établi que les travaux en cause constituaient seulement des travaux de réparation et d'entretien au sens des dispositions précitées de l'article 41 I bis de l'annexe III au code général des impôts.

Sur le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

5. En premier lieu, les paragraphes n° 10 à 60 de l'instruction administrative publiée sous la référence BOI-RFPI-BASE-20-30-10 ne font pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application ci-dessus. Les requérants ne sont donc pas fondés à s'en prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

6. En deuxième lieu, le paragraphe 170 de l'instruction administrative référencée BOI-RFPI-SPEC-30-20-20 énonce que conformément à l'article 41 I bis de l'annexe III au code général des impôts, les charges déductibles afférentes à ces immeubles sont exclusivement celles qui correspondent aux travaux de réparation et d'entretien, que ces dépenses, y compris les honoraires d'architecte éventuels, sont celles qui correspondent à des travaux de réparation et d'entretien ayant pour objet de maintenir ou de remettre un immeuble en bon état et d'en permettre un usage normal sans en modifier la consistance, l'agencement ou l'équipement initial. Ce paragraphe ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application par le présent jugement. Les requérants ne sont donc pas fondés à s'en prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

7. En dernier lieu, le paragraphe 180 de la même instruction administrative énonce que, s'agissant des immeubles habitables, seuls les travaux de réparation ou d'entretien afférents aux murs, aux façades et aux toitures sont admis en déduction, que les travaux intérieurs nécessaires à la préservation de ces éléments pourront toutefois être déduits (réparation de la charpente par exemple) et que les autres travaux intérieurs sont exclus de la déduction (parquets, plafonds, cheminées intérieures, etc.) Les travaux en litige ne correspondant pas à des travaux de réparation et d'entretien d'un immeuble habitable au sens de cette instruction, comme il est dit au point 4, les contribuables ne sont pas fondés à se prévaloir du paragraphe 180 de l'instruction qui ne vise que de tels travaux.

Sur les pénalités :

8. Il résulte de ce qui précède que le service était fondé à remettre en cause la déduction des dépenses de travaux en litige. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que les intérêts de retard et la majoration mis à leur charge sont, par voie de conséquence du caractère infondé des rappels, eux-mêmes infondés.

9. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 et des pénalités afférentes. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et C A et au directeur régional des finances publiques de Normandie.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

H. JEANMOUGIN

Le président,

P. MINNE

Le greffier,

N. BOULAY

N°2103870

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