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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2103925

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2103925

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2103925
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantLANGUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 octobre 2021 et le 15 février 2022, Mme E C, représentée par Me Languil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise le 16 septembre 2021 par Pôle emploi Normandie en vue du recouvrement de la somme de 6 776,45 euros correspondant à des trop-perçus d'allocation de solidarité spécifique du 1er avril 2018 au 31 janvier 2021 et du 2 janvier 2018 au 31 mars 2018 ;

2°) de mettre à la charge de Pôle emploi Normandie la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la contrainte litigieuse a été émise par une autorité incompétente ;

- elle ne comporte pas la nature de l'allocation qui en est à l'origine alors que cette formalité est prescrite par l'article R. 5426-21 du code du travail ;

- elle n'a pas été informée de ce que le versement de l'allocation de solidarité spécifique ne pouvait être cumulé avec une activité d'autoentrepreneur ;

- elle pouvait bénéficier de cette prestation pendant une durée minimale de trois mois ; l'indu devrait être uniquement de 1 499,68 euros ;

- à le supposer justifié, l'indu est partiellement prescrit ; aucune somme ne peut lui être réclamée pour la période antérieure au 21 septembre 2018.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 décembre 2021 et 8 mars 2022, Pôle emploi Normandie, représenté par Me Lesieur-Guinault, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Pôle emploi Normandie a émis à l'encontre de Mme C une contrainte, notifiée par lettre recommandée le 21 septembre 2021, lui réclamant le paiement de la somme de 6 776,45 euros correspondant à des trop-perçus d'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er avril 2018 au 31 janvier 2021 et pour la période du 2 janvier au 31 mars 2018 résultant, respectivement, de l'absence de déclaration d'exercice d'une activité salariée et d'une révision de la situation de l'intéressée. Mme C forme opposition à cette contrainte.

Sur l'opposition à contrainte :

2. En premier lieu, par une décision n° 2021-35 du 31 août 2021, régulièrement publiée au bulletin officiel de Pôle emploi n° 2021-64 du 1er septembre suivant, la directrice régionale de Pôle emploi Normandie a notamment donné délégation de signature aux personnes mentionnées au paragraphe 2 de l'article 8 de cette décision, dont Mme D B, à l'effet de notifier les contraintes pour recouvrer les trop-perçus de prestations versées par l'organisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la contrainte, qui n'avait pas à bénéficier d'une délégation de compétence, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 5426-21 du code du travail : " La contrainte est notifiée au débiteur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la lettre recommandée mentionne :/1°La référence de la contrainte ;/2° Le montant des sommes réclamées et la nature des allocations, aides et autres prestations en cause ; /3° Le délai dans lequel l'opposition doit être formée ; /4° L'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. /L'huissier de justice avise dans les huit jours l'organisme créancier de la date de signification. ".

4. Il résulte de l'instruction que la contrainte du 16 septembre 2021 en litige mentionne la référence et les textes dont il est fait application, qu'elle rappelle les mises en demeure des 17 juin 2021 et 10 août 2021, indique la nature et le montant des sommes réclamées ainsi que la période des versements indus donnant lieu à recouvrement et les voies et délais de recours. Elle comprend ainsi l'ensemble des prescriptions exigées par les dispositions précitées de l'article R. 5426-21 du code du travail.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". En vertu de l'article R. 5426-19 du même code : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. () ". En outre, aux termes de l'article R. 5426-22 de ce code : " Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision de Pôle emploi ordonnant le reversement d'un indu de prestations n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de Pôle emploi dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point précédent.

7. En l'espèce, Mme C soutient que les indus litigieux sont imputables à Pôle emploi qui ne l'aurait pas dûment informée, en dépit des déclarations de changement de situation auxquels elle a souscrit, de l'impossibilité de cumuler l'allocation de solidarité spécifique avec la reprise d'une activité professionnelle et, qu'en tout état de cause, elle aurait pu bénéficier d'un cumul pendant une période de trois mois suivant cette reprise. Elle conteste ainsi le bien-fondé des indus mis à sa charge. Toutefois, Mme C, qui ne conteste pas avoir reçu notification des décisions du 8 avril 2021 lui notifiant ces indus d'allocation de solidarité spécifique, ne justifie pas avoir formé un recours administratif préalable contre ces décisions. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que Mme C n'a pas transmis à Pôle emploi les justificatifs de la création de son entreprise, ni mentionné les revenus procurés par son activité d'auto-entrepreneur et ne justifie pas davantage que cette activité professionnelle ne lui aurait procuré aucune ressource. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de bien-fondé des indus ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 5421-1 du code du travail : " En complément des mesures tendant à faciliter leur reclassement ou leur conversion, les travailleurs involontairement privés d'emploi, ceux dont le contrat de travail a été rompu conventionnellement (), aptes au travail et recherchant un emploi, ont droit à un revenu de remplacement dans les conditions fixées au présent titre ". Selon les dispositions de l'article L. 5421-2 du même code : " Le revenu de remplacement prend, selon le cas, la forme : / 1° D'une allocation d'assurance, prévue au chapitre I ; / 2° Des allocations de solidarité, prévues au chapitre II () ". Aux termes de l'article L. 5422-5 du même code : " L'action en remboursement de l'allocation d'assurance indûment versée se prescrit par trois ans. En cas de fraude ou de fausse déclaration, elle se prescrit par dix ans. Ces délais courent à compter du jour de versement de ces sommes ". Il résulte de ces dispositions que le délai spécial de prescription prévu par l'article L. 5422-5 du code du travail pour l'action en répétition de l'allocation d'assurance indûment versée n'est pas applicable aux actions en répétition concernant les autres revenus de remplacement, notamment l'allocation de solidarité spécifique. En l'absence d'autres prescriptions spéciales, la créance dont il s'agit est soumise à la prescription de droit commun édictée à l'article 2224 du code civil aux termes duquel : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits permettant de l'exercer ".

9. Si Mme C fait valoir que la créance est partiellement prescrite dès lors que l'action pour la recouvrer a été engagée au-delà du délai de trois ans, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le délai de prescription applicable est d'une durée de cinq ans, lequel n'était pas expiré à la date de l'engagement de l'action en remboursement pour les faits ayant fondé les indus litigieux. Par suite, le moyen tiré de la prescription partielle doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Pôle emploi, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Pôle emploi présentées sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Pôle emploi Normandie tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et à Pôle emploi Normandie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La magistrate désignée,

A. A Le greffier,

J-L. MICHEL

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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