mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2103926 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | CARLUIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 octobre 2021 et les 9 septembre et 18 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Carluis, demande au tribunal :
1°) de condamner la région Normandie à lui verser la somme de 62 833,48 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 septembre 2021, date de réception de sa réclamation préalable, et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de l'illégalité fautive de son placement en disponibilité d'office du 21 avril 2018 au 21 avril 2021 et de la faute commise dans la mise en œuvre de l'obligation de reclassement à l'expiration de ses droits à congé de maladie ordinaire ;
2°) de mettre à la charge de la région Normandie la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en le plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé sans l'inviter préalablement à présenter une demande de reclassement ni même examiner la possibilité de le réintégrer sur un poste aménagé ou tout autre emploi et en lui proposant tardivement une période de préparation au reclassement, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- la perte de rémunération pour la période du 21 avril 2018 au 21 avril 2021 s'élève à la somme totale de 37 833,48 euros ;
- il sollicite la somme de 15 000 euros au titre de la perte de chance de reclassement ;
- son préjudice moral et les troubles dans ses conditions d'existence peuvent être indemnisés à hauteur de 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 mars et 4 octobre 2022, la région Normandie conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- aucune faute ne peut lui être reprochée ;
- les préjudices allégués par le requérant, qui n'a pas contesté dans le délai de recours contentieux les arrêtés le plaçant en disponibilité d'office, ne sont pas établis ;
- en l'absence d'éléments permettant de démontrer qu'une reprise d'activité aurait été possible à compter du 21 avril 2018, le lien de causalité fait défaut ;
- en indiquant régulièrement qu'il n'était pas en capacité de reprendre une activité, le requérant a participé aux préjudices qu'il invoque.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;
- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme E,
- et les observations de Me Carluis, représentant M. B, et de M. D, représentant la région Normandie.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, adjoint technique territorial principal de 2ème classe, est employé par la région Normandie et occupait, jusqu'au 21 avril 2017, les fonctions d'assistant technique des environnements numériques des établissements publics locaux d'enseignements du secteur Dieppe-Rouen-Nord. A compter du 21 avril 2017, il a été placé en congé de maladie ordinaire puis, à l'expiration de ses droits statutaires à congé, en disponibilité d'office pour raison de santé entre le 21 avril 2018 et le 21 avril 2021. M. B, qui n'a perçu aucun traitement durant cette période, a bénéficié du versement de l'indemnité dite de coordination pour raison de santé prévue à l'article 4 du décret du 11 janvier 1960. Estimant que la collectivité n'avait pas satisfait à son obligation de reclassement, il a sollicité, par une lettre du 16 septembre 2021, le versement d'une indemnité de 66 405,04 euros. M. B demande par la requête susvisée, en l'absence de réponse à cette demande, la condamnation de la collectivité à lui verser cette somme.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emplois ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Aux termes de l'article 1er du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : " Lorsque l'état physique d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade après avis de la commission administrative paritaire () ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " Lorsque l'état physique d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas d'exercer des fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale ou le président du centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion, après avis du comité médical, invite l'intéressé soit à présenter une demande de détachement dans un emploi d'un autre corps ou cadres d'emplois, soit à demander le bénéfice des modalités de reclassement prévues à l'article 82 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ".
3. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite de l'altération de son état physique, inapte à l'exercice de ses fonctions, il incombe à l'administration de rechercher si le poste occupé par cet agent ne peut être adapté à son état physique ou, à défaut, de lui proposer une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec son état de santé. Si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l'administration de l'inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre cadre d'emploi. Il n'en va autrement que si l'état de santé du fonctionnaire le rend totalement inapte à l'exercice de toute fonction. Toutefois, il n'y a pas de manquement à l'obligation de reclassement si l'employeur justifie de l'absence de poste disponible.
4. Aux termes de l'article 55 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Tout fonctionnaire est placé dans une des positions suivantes : 1° Activité à temps complet ou à temps partiel ; / 2° Détachement ; / 3° Position hors cadres ; / 4° Disponibilité () ". Aux termes de l'article 57 de la même loi : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants () ". Aux termes de l'article 72 de cette même loi : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57 () ". Aux termes de l'article 18 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, hors cadres, de disponibilité et de congé parental des fonctionnaires territoriaux : " La disponibilité est prononcée par décision de l'autorité territoriale soit d'office dans les cas prévus aux articles 10, 17, 19 et 20 ci-après du présent décret, soit à la demande de l'intéressé. ". Aux termes de l'article 19 du même décret : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984. () ". L'article 17 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux dispose : " () Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme () ".
5. Lorsqu'un fonctionnaire a été, à l'issue de ses droits statutaires à congé de maladie, reconnu inapte à la reprise des fonctions par suite de l'altération de son état physique et dont le poste de travail ne peut être adapté, l'autorité hiérarchique ne peut, après avis du comité médical, placer cet agent en disponibilité d'office sans l'avoir préalablement invité à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement dans un emploi d'un autre cadre d'emplois. La mise en disponibilité d'office peut ensuite être prononcée, soit en l'absence d'une telle demande, soit si cette dernière ne peut être immédiatement satisfaite.
6. M. B fait grief à la région Normandie de l'avoir placé et maintenu en position de disponibilité d'office du 21 avril 2018 et le 21 avril 2021 sans l'avoir invité à présenter une demande de reclassement ni même avoir cherché à lui proposer un posté aménagé.
7. Il résulte de l'instruction que, lors de la séance du 4 juillet 2018, le comité médical, après avoir émis un avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie au bénéfice de M. B, s'est prononcé en faveur de son placement en disponibilité d'office pour raison de santé du 21 avril 2018 au 20 septembre 2018, le comité l'ayant estimé apte à la reprise à compter du 21 septembre suivant. Le requérant, qui n'a pu reprendre son poste et dont les droits statuaires à congé de maladie ordinaire étaient épuisés, a été ensuite maintenu en disponibilité d'office. La région Normandie a fait réaliser, comme l'y a invité le comité médical lors de la séance du 23 avril 2020, une expertise sur l'aptitude de M. B à l'exercice de ses fonctions. Dans son rapport du 5 août 2020, le médecin de prévention a préconisé, d'une part, une reprise de l'activité professionnelle associée à des restrictions provisoires, notamment une exemption de la marche prolongée, du piétinement, de l'utilisation répétée des escaliers, du port de charges lourdes et des déplacements en voiture, et a proposé, d'autre part, compte tenu de la pérennisation probable d'une partie des restrictions, un changement d'affectation à terme sur un poste sédentaire de technicien de maintenance informatique. Si le comité médical a émis le 9 septembre 2020 un avis favorable à l'aptitude du requérant aux fonctions d'assistant technique des environnements numériques et aux missions du grade d'adjoint technique territorial " sans déplacement en voiture et sur un seul site ", il résulte toutefois de l'instruction que, le 4 novembre 2020, ce même comité, saisi à la demande du requérant, a sursis à statuer, dans l'attente d'une expertise, sur son aptitude à l'exercice des missions de son grade et de toutes fonctions dans la fonction publique territoriale et s'est prononcé favorablement au dernier renouvellement de mise en disponibilité d'office jusqu'au 21 avril 2021. Le 11 février 2021, le médecin agréé a conclu à l'inaptitude absolue de M. B aux missions du grade d'adjoint technique principal de 2ème classe, " sauf si un poste fixe, sans déplacement, sans marche, sans escalier, était trouvé ", ce médecin précisant que le caractère définitif de cette inaptitude ne pourrait être affirmé avant un délai d'au moins six mois. Enfin, le 10 mars 2021, le comité médical a émis un avis favorable au reclassement de l'agent.
8. Dans ces conditions, dès lors que le requérant a été déclaré apte à la reprise à compter du 21 septembre 2018 et que le comité médical n'a conclu à son inaptitude que le 10 mars 2021, la région Normandie n'était pas tenue, contrairement à ce qui est soutenu, de proposer à l'intéressé, pour la période litigieuse, un poste adapté à son état physique ni, à plus forte raison, de l'inviter à présenter une demande de reclassement. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'avis du 10 mars 2021 du comité médical, M. B s'est vu proposer par la région, par un courrier du 31 mai 2021, une période de préparation au reclassement d'une durée de six mois et a bénéficié notamment, dans ce cadre, d'une formation intitulée " Atelier de reconversion et de changement professionnel " et de la réalisation d'un bilan de compétences financé par la région.
9. Dès lors, la région, à qui il appartenait de placer son agent dans une position statutaire régulière, n'a pas méconnu son obligation de reclassement, en plaçant et en maintenant le requérant en disponibilité d'office pour raison de santé du 21 avril 2018 au 21 avril 2021. Il suit de là qu'elle n'a pas commis d'illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité.
10. Il résulte de tout ce qui précède que, en l'absence de faute de l'administration, les conclusions de M. B tendant à la condamnation de la région Normandie à lui verser la somme de 66 405,04 euros ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de région Normandie, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la région Normandie.
Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.
Le rapporteur,
Signé : S. A
La présidente,
Signé : C. BOYER
Le greffier,
Signé : J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
CH
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026