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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104036

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104036

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104036
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantPATRICE LEMIEGRE PHILIPPE FOURDRIN SUNA GUNEY ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2021, le département de l'Eure, représenté par Me Lafay, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement la société BET Sicre, la société Groupe 3 Architectes et la société Bureau Veritas Construction à lui verser, sur le fondement de la responsabilité contractuelle à titre principal et de la garantie décennale des constructeurs à titre subsidiaire, la somme globale à parfaire de 150 834,34 euros TTC, assortie des intérêts moratoires et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la société BET Sicre, de la société Groupe 3 Architectes et de la société Bureau Veritas Construction le versement, chacune, de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les réserves relatives à l'apparition des fissures sur la façade nord-ouest n'ayant pas été levées, il est fondé à rechercher la responsabilité contractuelle de la société BET Sicre et de la société Groupe 3 Architectes pour un défaut de conception en raison de l'absence de joint de dilatation et une insuffisance des chaînages verticaux et de la société Bureau Veritas Construction pour un manquement au titre de sa mission " LP " relative à la solidité ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité décennale de ces mêmes sociétés est engagée pour les fissures apparues postérieurement à la réception, dès lors qu'elles sont qualifiées de structurelles par l'expert et, s'agissant d'une demi-pension d'un collège, la rendent impropre à sa destination et en compromettent la solidité ;

- son préjudice s'élève à la somme de 130 800 euros TTC au titre des travaux de reprise, de 3 471,76 euros TTC au titre des investigations techniques et de 16 562,58 euros TTC au titre des frais d'expertise.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 décembre 2021 et le 18 octobre 2022, la société Bureau Veritas Construction, représentée par Me Draghi-Alonso, conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que la société Groupe 3 Architectes, la société De Biasio et la société BET Sicre soient condamnées in solidum à la garantir de l'ensemble des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de toute partie perdante, outre les dépens de l'instance, la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a commis aucune faute dans l'exécution de sa mission de contrôleur technique qui s'inscrit seulement dans une démarche de contribution à prévenir les aléas techniques et non de la validation de la conception de l'ouvrage ou de la surveillance des travaux ; contrairement à ce que souligne l'expert, la norme DTU 20.1.P4 n'impose pas de joint de dilatation et ne prévoit pas de respecter, pas plus d'ailleurs que la norme DTU 23.1, une distance horizontale maximale de 8 mètres entre les raidisseurs verticaux ; il n'a jamais été caractérisé la survenance d'un aléa à la prévention duquel il devait une contribution au sens des articles L. 125-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation et de la norme NF P 03-100 ; il appartenait au bureau d'étude de justifier le choix de conception et de lui fournir, ce qu'il n'a pas fait, une note de calculs de structure tenant compte du gradient thermique justifiant la suppression du joint de dilatation, ce qui l'a empêché de formuler un avis technique ;

- à titre subsidiaire, eu égard aux réserves émises et non levées, le maître d'ouvrage ne peut rechercher sa responsabilité décennale au titre des fissures de la façade nord-ouest ;

- les fissures sur la façade nord-ouest et les fissures des murs intérieurs apparues postérieurement à la réception sont sans incidence sur le bâtiment, de sorte que sa responsabilité décennale ne saurait être engagée ;

- ces désordres ne lui sont pas imputables ;

- les préjudices allégués par le maître d'ouvrage ne sont pas justifiés ; seul le traitement de la lézarde de la façade ouest apparaît nécessaire pour éviter de possibles infiltrations d'eau ; le département ne produit pas les factures des frais d'investigation ;

- compte tenu de la nature de ses missions, elle ne peut être condamnée solidairement ;

- eu égard aux fautes commises par l'entreprise de gros-œuvre et la maîtrise d'œuvre, elle est fondée à demander à être garantie des condamnations qui seraient mises à sa charge.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2022, la société Groupe 3 Architectes, représentée par Me Lemiegre, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et aux appels en garantie formés à son encontre et, à titre subsidiaire, à ce que la société BET Sicre, la société De Biasio et la société Bureau Veritas Construction soient condamnées à la garantir de la totalité des condamnations prononcées à son encontre et, en tout état de cause, à ce que soient mis à la charge du département de l'Eure ou de toute partie perdante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- étant mandataire solidaire d'un groupement conjoint, elle ne peut être tenue pour responsable des désordres affectant la structure de l'ouvrage qui ne peuvent être imputés qu'à la société BET Sicre ; sa responsabilité contractuelle ne saurait être engagée ;

- le maître d'ouvrage n'apporte pas la preuve que les travaux de reprise seraient strictement nécessaires pour rendre l'ouvrage conforme à sa destination ;

- les dommages allégués ne relèvent pas du champ de la responsabilité décennale dès lors qu'ils ne lui sont pas imputables, qu'ils ont été réservés s'agissant des fissures de la façade nord-ouest et qu'ils ne remettent pas en cause la solidité du bâtiment.

Vu :

- l'ordonnance n° 1804468 du 10 décembre 2020 du président du tribunal administratif de Rouen par laquelle les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à la somme totale de 16 562,58 euros TTC, ont été mis provisoirement à la charge du département de l'Eure ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Le département de l'Eure a décidé en 2014 la construction d'une demi-pension du collège Aimé Charpentier situé sur le territoire de la commune de Mesnil-sur-Iton, ainsi que la restructuration des anciens locaux de la demi-pension et la réalisation de l'aménagement extérieur comprenant notamment l'extension de la cour de récréation. Les travaux de gros-œuvre ont été confiés à la société De Biasio, tandis que la maîtrise d'œuvre de l'opération était assurée par un groupement d'entreprises, composé notamment de la société Groupe 3 Architectes, en qualité de mandataire solidaire, et de la société BET Sicre, bureau d'études en charge de la structure. La mission de contrôleur technique a été confiée à la société Bureau Veritas Construction. Le 5 octobre 2017, le maître d'ouvrage a prononcé la réception partielle des travaux de la phase 2 relative à la réalisation de la demi-pension et a émis plusieurs réserves au nombre desquelles figurent " les fissures à traiter " sur le mur de la " façade nord-ouest ", la date retenue pour l'achèvement des travaux étant le 3 novembre 2017. Le 28 novembre 2018, le département de l'Eure a demandé, après avoir constaté des fissures importantes à l'extérieur et à l'intérieur du bâtiment, au juge des référés du tribunal administratif de Rouen de prescrire, en vertu de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise relativement aux désordres affectant la demi-pension du collège. Par une ordonnance du 24 mai 2019, le juge des référés a fait droit à cette demande. L'expert a déposé son rapport le 21 octobre 2020. Le département de l'Eure demande, par la présente requête, la condamnation solidaire de la société BET Sicre, de la société Groupe 3 Architectes et de la société Bureau Veritas Construction à lui verser, sur le fondement de la responsabilité contractuelle à titre principal et de la garantie décennale à titre subsidiaire, la somme totale de 150 834,34 euros TTC.

Sur la responsabilité des constructeurs :

2. La réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage, met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. En l'absence de stipulations particulières contenues dans les documents contractuels, lorsque la réception est prononcée avec réserves, les rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs ne se poursuivent qu'au titre des travaux ou des parties de l'ouvrage ayant fait l'objet des réserves jusqu'à ce que celles-ci aient été expressément levées, nonobstant l'expiration du délai de garantie de parfait achèvement.

3. Il résulte de l'instruction que le maître d'ouvrage a prononcé le 5 octobre 2017 la réception partielle des travaux de la phase 2 portant sur la réalisation de la demi-pension et a assorti, ce qui n'est pas contesté en défense, cette réception d'une réserve relative aux " fissures à traiter " sur le mur de la " façade nord-ouest ". Dès lors que cette réserve n'a pas été levée, les rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et les constructeurs n'ont pas pris fin. Par ailleurs, si les autres fissures apparues sur la façade sud du bâtiment et les murs intérieurs de la salle de restauration et de la cuisine ne sont pas visées dans le procès-verbal de réception, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'elles présentent les mêmes causes que les fissures de façade nord-ouest et relèvent des mêmes travaux pour lesquels les relations contractuelles n'avaient pas pris fin. Ces fissures ne sont donc pas dénuées de tout lien avec les désordres ayant fait l'objet de réserves. Il s'ensuit que la responsabilité contractuelle de la société BET Sicre, de la société Groupe 3 Architectes et de la société Bureau Veritas Construction peut seule être engagée, pour l'ensemble des fissures, par le département de l'Eure en raison des manquements que ces constructeurs auraient pu commettre dans l'exécution de leurs obligations contractuelles.

En ce qui concerne la faute de la société BET Sicre :

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les fissures sur le mur de la demi-pension proviennent d'un défaut de conception de l'ouvrage imputable à la société BET Sicre. L'expert, dont les conclusions sont corroborées par le sapiteur, relève en effet que le phénomène de fissuration est lié, d'une part, à l'absence de joint de dilatation alors que la norme de référence DTU 20.1.P4 impose la mise en place de joints tous les 35 mètres dans les régions humides et tempérées et, d'autre part, à l'espacement des chaînages verticaux qui est supérieur à la limite fixée à 8 mètres par la norme de référence DTU 20.1.P3. Il mentionne à cet égard que les plans d'exécution établis par la société BET Sicre, ne prévoient aucun joint de dilatation et font apparaître un espacement des chaînages de 10 à 12 mètres, ces insuffisances ayant entraîné, selon l'expert, un manque de rigidité des murs et l'apparition de fissures. Dès lors, la société BET Sicre, qui était chargée en vertu du marché de maîtrise d'œuvre d'une mission de conception de la structure de l'ouvrage, a commis un manquement fautif de nature à engager sa responsabilité contractuelle.

En ce qui concerne la faute de la société Groupe 3 Architectes :

5. Aux termes de l'article 51 du code des marchés publics : " Si le marché le prévoit, le mandataire du groupement conjoint est solidaire, pour l'exécution du marché, de chacun des membres du groupement pour ses obligations contractuelles à l'égard du pouvoir adjudicateur ".

6. La société Groupe 3 Architectes soutient qu'elle était mandataire d'un groupement conjoint et que les missions de maîtrise d'œuvre qui lui étaient dévolues ne portaient pas sur la conception de la structure de l'ouvrage. Il résulte en effet de l'instruction qu'eu égard à la nature de ses prestations dans le groupement de maîtrise d'œuvre limitées aux missions dites " architecte ", " mobilier " et " OPC ", cette société n'était pas chargée de concevoir la structure de l'ouvrage, en particulier les plans des principes constructifs, notamment de la structure du bâtiment qui ont été établis, ainsi que le relève l'expert, par la société BET Sicre. Toutefois, bien qu'elle n'ait commis aucune faute, la société Groupe 3 Architectes est solidairement tenue, en qualité de mandataire solidaire, à l'égard du maître d'ouvrage, de l'exécution par chacun des membres du groupement de ses obligations contractuelles, peu important qu'elle n'ait pas manqué à ses propres obligations contractuelles pour la partie de ses prestations.

En ce qui concerne la faute de la société Bureau Veritas Construction :

7. Il résulte de l'instruction que l'expert, pour retenir la responsabilité de la société Bureau Veritas Construction, indique que le contrôleur technique n'a formulé aucun avis sur l'absence de joint de dilatation et de retrait ainsi que l'insuffisance de chaînages verticaux, alors que celui-ci était chargé de la mission " LP " relative à la solidité de l'ouvrage. La société Bureau Veritas Construction, qui ne conteste pas ne pas avoir émis d'avis sur ces points précis, expose que le bureau d'étude ne lui a pas fourni la note de calculs de structure tenant compte du gradient thermique justifiant la suppression du joint de dilatation. Toutefois, alors que la norme DTU 20.1.P4 impose dans les maçonneries de grande surface, et ainsi que le soulignent le sapiteur et l'expert, la pose de joints de dilatation dont l'espacement ne peut être supérieur, à défaut de justification, à 35 mètres, la société Bureau Veritas Construction n'établit ni même n'allègue, eu égard à l'obligation de résultat qui lui incombe au regard de sa propre mission, avoir demandé à la société BET Sicre, malgré l'absence de joint sur les plans d'exécution, les documents techniques justifiant cette suppression. Par ailleurs, et contrairement à ce qui est soutenu, une distance horizontale maximale de 8 mètres entre les raidisseurs verticaux doit être respecté pour les ouvrages en maçonnerie de petits éléments, conformément à la norme DTU 20.1.P4 dont l'expert cite d'ailleurs un extrait dans son rapport. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expert, que les plans d'exécution établis par la société BET Sicre prévoient un espacement entre les chaînages verticaux de 10 à 12 mètres. Dans ces conditions, la société Bureau Veritas Construction a manqué à ses obligations contractuelles en s'abstenant d'émettre un avis sur l'absence de joint de dilatation et l'insuffisance des chaînages verticaux des murs. Ces divers manquements engagent ainsi, comme le soutient le département de l'Eure, la responsabilité contractuelle du contrôleur technique.

8. Il résulte de ce qui précède que le département de l'Eure est fondé à demander la condamnation, au titre de la responsabilité contractuelle, de la société BET Sicre et de la société Bureau Veritas Construction et, en tant que mandataire solidaire, de la société Groupe 3 Architectes, en raison des fissures sur le mur de la demi-pension.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les travaux de reprise :

9. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les travaux de reprise nécessaires pour permettre d'assurer la solidité de l'ouvrage, consistent en la création d'un joint de dilatation et de retrait sur toute la largeur du bâtiment ainsi qu'un renforcement des murs fissurés par la réalisation de poteaux en béton armé et de chaînages verticaux avec un ancrage des armatures. L'expert a évalué le coût de ces travaux à la somme non contestée de 130 800 euros TTC.

En ce qui concerne les frais d'investigation :

10. Si le département de l'Eure sollicite l'indemnisation de la somme de 3 471,76 euros TTC au titre d'investigations techniques, elle n'apporte aucune précision sur la nature et l'objet de ces prestations ni ne verse, au demeurant, aucune facture justifiant le paiement effectif de ces frais. Il ne justifie pas ainsi la réalité du préjudice qu'il invoque, de sorte que la demande qu'il présente à ce titre ne peut qu'être rejetée.

En ce qui concerne les frais d'expertise :

11. Les frais et honoraires de l'expert désigné par le juge des référés du tribunal administratif constituent des dépens de la présente instance et non un poste de préjudice distinct indemnisable. Dès lors, le département de l'Eure n'est pas fondé à en demander la réparation.

En ce qui concerne la responsabilité solidaire des constructeurs :

12. En dehors des cas où la solidarité des débiteurs de l'obligation découle d'un contrat qui la prévoit expressément ou de la loi, les coauteurs d'un même dommage doivent, dès lors que la victime le demande au juge, être condamnés in solidum à la réparation de l'entier dommage, sans qu'il y ait lieu de tenir compte du partage de responsabilités entre ces coauteurs, lequel affecte les rapports réciproques de ces derniers mais non le caractère et l'étendue de leur obligation à l'égard de la victime du dommage.

13. En espèce, et ainsi qu'il a été exposé aux points 4 à 7 du présent jugement, la société Groupe 3 Architectes, la société Bureau Veritas Construction et la société BET Sicre, qui ont toutes également concouru au même dommage, sont, chacune, tenues de le réparer en totalité. Il résulte dès lors de tout ce qui précède que le département de l'Eure est fondé à demander la condamnation in solidum de la société Groupe 3 Architectes, de la société Bureau Veritas Construction et de la société BET Sicre à lui verser la somme totale de 130 800 euros TTC sur le fondement de la responsabilité contractuelle.

Sur les intérêts :

14. Les intérêts moratoires, dus en application de l'article 1231-6 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à l'administration ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine, et non à compter de la date du jugement. Dès lors, le département de l'Eure a droit aux intérêts de la somme de 130 800 euros à compter du 26 octobre 2021, date d'enregistrement de la requête.

Sur la capitalisation des intérêts :

15. La demande de capitalisation des intérêts prend effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. En l'espèce, le département de l'Eure a sollicité la capitalisation des intérêts dans sa requête introductive d'instance. Il y a donc lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 octobre 2022, date à compter de laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière, ainsi qu'à chaque échéance annuelle.

Sur le partage de responsabilité et les appels en garantie :

16. Le recours entre constructeurs, non contractuellement liés, ne peut avoir qu'un fondement quasi-délictuel et, coauteurs d'un même dommage, ces constructeurs ne sont tenus entre eux que pour la part déterminée à proportion du degré de gravité des fautes respectives qu'ils ont personnellement commises. Il y a lieu, en conséquence, de prononcer des condamnations divises à l'égard de chacun des constructeurs.

17. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 4 à 7 du présent jugement, la société BET Sicre et la société Bureau Veritas Construction ont chacune commis divers manquements en ne prévoyant pas, pour l'une, un joint de dilatation ainsi qu'un nombre suffisant de chaînages verticaux lors de la phase de conception de l'ouvrage et en s'abstenant, pour l'autre, de formuler un avis sur ces points particuliers au titre de sa mission " LP " relative à la solidité.

18. En deuxième lieu, contrairement à ce qu'allègue la société Bureau Veritas Construction, et ainsi qu'il résulte du point 6 du présent jugement, aucune faute ne peut être reprochée à la société Groupe 3 Architectes qui, compte tenu de la nature de ses prestations dans le groupement de maîtrise d'œuvre, n'était pas chargée de concevoir la structure de l'ouvrage.

19. En dernier lieu, s'il est constant que la société De Biasio a exécuté les travaux conformément aux prescriptions techniques de son marché lesquelles ne comportaient pas la mention d'un joint de dilatation et de retrait, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait, en tant qu'entreprise spécialisée, appelé, compte tenu de son devoir de conseil, l'attention du maître de l'ouvrage sur ce point. Si, comme il est soutenu, il est également reproché à la société De Biasio un défaut d'exécution dans la mise en œuvre des armatures de la poutre de chaînage, ces manquements, s'ils sont effectivement identifiés par l'expert, n'apparaissent pas comme la cause directe et certaine des désordres indemnisés, l'expert ne retenant d'ailleurs pas sa responsabilité dans la survenance des fissures. Seul le manquement à son devoir de conseil à l'égard du maître d'ouvrage est constitutif d'une faute de la société De Biasio.

20. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité de leurs fautes respectives, la part de responsabilité de la société BET Sicre, de la société De Biasio et de la société Bureau Veritas Construction doit être fixée, respectivement, à 85 %, 10 % et 5 %.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la société Groupe 3 Architectes doit être intégralement garantie par la société BET Sicre, la société De Biasio et la société Bureau Veritas Construction de la somme de 130 800 euros TTC et que la société BET Sicre et la société De Biasio doivent garantir la société Bureau Veritas Construction à hauteur de 95 % des condamnations prononcées à son encontre.

Sur les dépens :

22. Par une ordonnance susvisée du président du tribunal, les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à hauteur de la somme de 16 562,58 euros TTC et mis à la charge provisoire du département de l'Eure. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre définitivement ses frais à la charge de la société BET Sicre à hauteur de 14 078,19 euros, de la société De Biasio à hauteur de 1 656,26 euros et de la société Bureau Veritas à hauteur de 828,13 euros.

Sur les frais liés au litige :

23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société BET Sicre le versement au département de l'Eure de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En outre, les conclusions présentées par les autres parties au titre des mêmes dispositions doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La société Groupe 3 Architectes, la société BET Sicre et la société Bureau Veritas Construction sont condamnées in solidum à verser au département de l'Eure la somme de 130 800 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 octobre 2021. Les intérêts échus à la date du 26 octobre 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La société BET Sicre, la société De Biasio et la société Bureau Veritas Construction garantiront intégralement la société Groupe 3 Architectes de la somme de 130 800 euros TTC.

Article 3 : La société BET Sicre et la société De Biasio garantiront la société Bureau Veritas Construction à hauteur de 95 % de la somme de 130 800 euros TTC.

Article 4 : Les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 16 562,58 euros TTC, sont mis à la charge définitive de la société BET Sicre à hauteur de 14 078,19 euros TTC, de la société De Biasio à hauteur de 1 656,26 euros TTC et de la société Bureau Veritas Construction à hauteur de 828,13 euros TTC.

Article 5 : La société BET Sicre versera au département de l'Eure la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié au département de l'Eure, à la société BET Sicre, à la société Groupe 3 Architectes, à la société Bureau Veritas Construction et à la société De Biasio.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

S. A

La présidente,

C. BOYER

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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