mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2104215 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HENRI ABECASSIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 novembre 2021 et le 9 septembre 2022, Mme C E, représentée par Me Levesques, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre communal d'action sociale (CCAS) d'Amfreville-la-Mivoie à lui verser la somme de 11 088 euros à titre de dommages et intérêts du fait de l'" inexécution fautive " de son contrat de travail eu égard à ses conditions de rémunération ;
2°) de condamner le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie à lui verser la somme de 12 000 euros à titre de dommages et intérêts en raison de la " rupture fautive " de son contrat de travail ;
3°) de mettre à la charge du CCAS d'Amfreville-la-Mivoie la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la collectivité a manqué à ses obligations en matière de sécurité et de prévention des risques au travail en l'exposant à une mission difficile qui excédait largement ses fonctions, sa formation et les moyens mis à sa disposition ;
- la rémunération qu'elle percevait, perpétuellement limitée au 1er échelon du grade d'agent social territorial de 2ème classe, n'était pas en adéquation avec les fonctions qu'elle exerçait effectivement et les compétences requises ;
- la responsabilité de l'administration est donc engagée au titre de l'exécution défaillante de son contrat et de la rupture fautive de son contrat ;
- compte tenu de son ancienneté, de son expérience et des fonctions qu'elle a réellement exercées, son traitement aurait dû être fixé à la somme de 1 575 euros au regard de l'indice brut 362 correspondant au 4ème échelon du grade d'agent social territorial principal de 2ème classe, ce qui porte son préjudice lié à l'inexécution fautive de son contrat à la somme de 11 088 euros ;
- la démission ayant été provoquée par les fautes de l'administration, le préjudice subi à ce titre s'élève à la somme de 12 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 mars et 13 septembre 2022, le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie, représenté par Me Abecassis, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a commis aucune faute au regard de ses obligations d'employeur de sorte qu'il ne peut être tenu pour responsable de la démission de la requérante ;
- la rémunération de la requérante a été fixée en considération de son expérience et de son ancienneté et, si elle devait faire l'objet d'une revalorisation tous les trois ans, l'intéressée a démissionné avant l'issue de cette période triennale ;
- la requérante n'apporte pas la preuve de ses préjudices.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;
- le décret n°87-1108 du 30 décembre 1987 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le décret n°92-849 du 28 août 1992 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme D,
- et les observations de Me Levesques, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a été recrutée par le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie, à compter du 4 août 2009 en vertu d'un contrat de travail à durée déterminée, pour exercer les fonctions d'aide à domicile, comprenant notamment les tâches de ménage, d'entretien, de courses, de préparation au repas et d'aide à la toilette. Le 30 juin 2015, elle a conclu avec le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie un contrat de travail à durée indéterminée pour assurer les mêmes missions. Par une lettre en date du 27 mars 2018, Mme E a présenté sa démission, laquelle a pris effet le 2 avril 2018. Estimant que son employeur avait commis des fautes dans l'exécution de son contrat et provoqué ainsi, par ses manquements répétés, sa démission, elle lui a adressé une demande indemnitaire préalable par un courrier du 7 juillet 2021 afin de réclamer le versement de la somme totale de 23 088 euros à titre de dommages et intérêts. Cette demande a été rejetée le 10 septembre 2021. Par la présente requête, Mme E demande la condamnation du CCAS d'Amfreville-la-Mivoie à lui verser la somme de 23 088 euros au titre l' " inexécution fautive " de son contrat et de la " rupture fautive " de son contrat.
Sur la responsabilité de l'administration :
En ce qui concerne l'inexécution du contrat de travail :
2. Aux termes de l'article 1-2 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité territoriale en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience. / La rémunération des agents employés à durée indéterminée fait l'objet d'une réévaluation au moins tous les trois ans, notamment au vu des résultats des entretiens professionnels prévus à l'article 1-3 ou de l'évolution des fonctions ".
3. En application de l'article 1er du décret n° 92-849 du 28 août 1992 et de l'article 1er du décret n° 87-1108 du 30 décembre 1987, alors en vigueur, l'indice brut 342 correspond au 7ème échelon du grade d'agent social de 2ème classe.
4. Si, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents contractuels, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
5. Mme E soutient que la rémunération qu'elle percevait n'était pas en adéquation avec ses missions. Toutefois, la requérante, qui n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, ne démontre pas qu'elle aurait accompli des tâches autres que celles pour lesquelles elle a été effectivement recrutée par le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie. Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction qu'en recrutant l'intéressée sur la base d'une rémunération fixée au regard de l'indice brut 342, majoré 323, pour un poste classé au 7ème échelon du grade d'agent social de 2ème classe, correspondant à l'échelle 3 de rémunération, le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie aurait commis, eu égard à la qualification de la requérante, à son expérience et son ancienne professionnelles, à la nature et au niveau des fonctions exercées, une erreur manifeste d'appréciation constitutive d'une faute de nature à engager sa responsabilité. Par ailleurs, si Mme E n'a pas bénéficié d'une réévaluation de sa rémunération, il est constant qu'elle a démissionné avant la période triennale prévue à l'article 1-2 précité du décret du 15 février 1988. Enfin, la circonstance que la durée hebdomadaire de travail de la requérante n'ait pas été précisément définie par son contrat et que ses plannings aient connu des modifications incessantes ne permet pas de considérer, contrairement à ce qui est soutenu, que la requérante aurait été engagée à temps complet et demeure, en tout état de cause, sans incidence sur le niveau de l'indice brut retenu comme base de référence par l'administration pour déterminer le montant de sa rémunération. Le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie n'a, dès lors, commis aucune faute dans la fixation de la rémunération de la requérante.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander la condamnation du CCAS d'Amfreville-la-Mivoie à lui verser la somme de 11 088 euros au titre de ses conditions de rémunération.
En ce qui concerne la rupture du contrat de travail :
7. D'une part, aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ". Aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ".
8. En vertu de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.
9. D'autre part, aux termes de l'article 39 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " L'agent contractuel qui présente sa démission est tenu de respecter un préavis qui est de : / () /. La démission est présentée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ".
10. Pour l'application de ces dispositions, la démission ne peut résulter que d'une demande écrite de l'agent contractuel, marquant sa volonté non équivoque de cesser ses fonctions, et qui ne doit pas être donnée sous une contrainte de nature à vicier son consentement.
11. Si Mme E soutient que le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie a méconnu les obligations lui incombant en matière de sécurité et de protection de la santé psychique des agents en l'obligeant à intervenir au domicile d'une personne en fin de vie, Mme A dont l'état de santé nécessitait des soins médicaux excédant largement ses fonctions, il ne résulte toutefois pas de l'instruction, notamment des plannings d'intervention produits en défense, que la requérante, qui n'intervenait qu'une demi-heure chaque après-midi en moyenne chez cette personne dont la prise en charge était également assurée le matin par une collègue, aurait exclusivement eu en charge des bénéficiaires extrêmement dépendants. En ce qui concerne la situation de Mme A, le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie, après avoir été alerté sur les difficultés d'accompagnement de cette bénéficiaire, a informé en septembre 2017 l'infirmière coordinatrice du service de soins infirmiers à domicile (SSIAD) et organisé en décembre de la même année une réunion de coordination, en présence, notamment, de la requérante, de sa collègue et des membres de la famille de Mme A, pour proposer à cette bénéficiaire une prise en charge conforme à ses besoins. A la suite de cette réunion, et ainsi que le confirme le courriel du 20 décembre 2017 de la coordinatrice du SSIAD, une infirmière, qui d'ailleurs ne relève pas de l'autorité hiérarchique du président du CCAS d'Amfreville-la-Mivoie, est intervenue au domicile de cette personne dès le mois de janvier 2018, la requérante ne pouvant ainsi utilement reprocher au CCAS d'Amfreville-la-Mivoie un manque de diligence dans la prise en charge de cette bénéficiaire. En outre, face aux difficultés rencontrées par la requérante dont elle a fait part dans sa lettre du 8 février 2018, le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie l'a informée, dès le 12 février suivant, qu'elle n'assurerait plus l'accompagnement de Mme A et lui a proposé d'intervenir au domicile d'une autre bénéficiaire pour effectuer une aide à la toilette, à l'habillage, au coiffage et à l'entretien du logement, proposition que l'intéressée a refusée dès le lendemain. Enfin, les attestations produites par la requérante, si elles confirment les difficultés de prise en charge de Mme A, ne sauraient caractériser une défaillance de l'administration. Dans ces conditions, le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie, doit être regardé comme ayant pris les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de son agent et protéger sa santé mentale. Par suite, il n'est pas établi qu'il aurait manqué à ses obligations en matière d'hygiène et de sécurité vis-à-vis de son agent ni que la démission de la requérante aurait été présentée sous la contrainte ou aurait été entachée d'un vice du consentement. La faute de l'administration n'est donc pas caractérisée.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander la condamnation du CCAS d'Amfreville-la-Mivoie à lui verser une indemnité de 12 000 euros à titre de dommages et intérêts en raison de la rupture de son contrat de travail.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CCAS d'Amfreville-la-Mivoie, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme E au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par le CCAS d'Amfreville-la-Mivoie au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre communal d'action sociale d'Amfreville-la-Mivoie tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au centre communal d'action sociale d'Amfreville-la-Mivoie.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
Le rapporteur,
S. B
La présidente,
C. BOYER
Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
CH
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026