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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104259

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104259

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104259
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantLANGUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Languil, demande au tribunal :

1°) de condamner la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) à lui verser la somme totale de 27 176,04 euros, majorée des intérêts de droit à compter de la date de réception de sa réclamation préalable ou, à tout le moins, de l'enregistrement de sa requête et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices subis dans le versement de sa pension de réversion ;

2°) de mettre à la charge de la CNRACL une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la CNRACL a commis une faute en appliquant l'article 44 du décret du 9 septembre 1965, lequel est contraire au principe de non-discrimination prévu à l'article 14 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la CNRACL a commis une faute en procédant au versement tardif de sa pension de réversion et en traitant sa demande dans un délai anormalement long ;

- il a subi un préjudice financier du fait de l'absence de versement de pension de réversion qui s'élève, eu égard au délai de prescription quadriennale, à la somme de 22 176,04 euros pour la période du 1er janvier 2017 au 26 février 2020 ;

- son préjudice moral doit être réparé à hauteur de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, la Caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, M. B n'ayant pas formulé de demande indemnitaire préalable ;

- sa requête est tardive, la décision du 14 juin 2021 rejetant la demande de révision formulée par M. B n'ayant pas été contestée dans les délais de recours contentieux ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, en raison de l'exception de recours parallèle, des conclusions indemnitaires de M. B dès lors qu'elles ont le même objet que les demandes tendant à l'annulation du brevet de pension et de la décision rejetant la demande de révision de ce brevet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le décret n° 65-773 du 9 septembre 1965 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a demandé, le 19 juillet 2018, la liquidation de sa pension de réversion du chef de son épouse décédée le 8 septembre 2001. La CNRACL a rejeté cette demande au motif que la liquidation de ses droits à pension ne peut intervenir avant la date de son soixantième anniversaire, avant de l'informer, par courrier du 11 septembre 2018, de la procédure en vue de la liquidation de ses droits à pension à raison d'une infirmité. La CNRACL a adressé le 6 octobre 2020 à M. B son brevet de pension à effet au 27 février 2020, date à laquelle la commission départementale de réforme a constaté son invalidité. Le requérant a sollicité la révision de la date d'effet de sa pension de réversion, demande rejetée expressément par la CNRACL le 16 novembre suivant. Par un courrier du 17 août 2021, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la CNRACL au versement de la somme totale de 27 176,04 euros en réparation des préjudices subis du fait du retard dans la liquidation de ses droits à pension.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le préjudice financier :

2. L'existence d'un recours spécial applicable en matière de révision de pension s'oppose à ce que puisse être engagée devant le tribunal une action tendant au versement d'une indemnité dont le montant correspond à la valorisation sollicitée de sa pension.

3. En l'espèce, les conclusions de M. B tendant à la condamnation de la CNRACL à lui verser une indemnité correspondant au montant de la pension de réversion qu'il n'a pas perçue entre le 1er janvier 2017 et le 26 février 2020 pour un montant de 22 176,04 euros, en réparation du préjudice que la privation de cette somme constitue pour lui, ont le même objet que les conclusions tendant à la révision du brevet de pension, ainsi qu'à l'annulation de la décision rejetant cette demande. Par suite, en raison de l'exception de recours parallèle, les conclusions indemnitaires formulées par le requérant au titre de son préjudice financier sont irrecevables.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B, qui n'a au demeurant pas formulé de demande indemnitaire préalable, n'est pas fondé à demander la condamnation de la CNRACL à lui verser la somme de 22 176,04 euros au titre de son préjudice financier.

En ce qui concerne le préjudice moral :

5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ". Ces dispositions n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle.

6. Il résulte de l'instruction qu'à la date du présent jugement, ainsi que le fait valoir l'administration, M. B n'a pas formulé de demande tendant à l'indemnisation du préjudice moral qu'il estime avoir subi. Par suite, les conclusions indemnitaires tendant à la réparation de son préjudice moral sont irrecevables et il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir soulevée en défense.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la condamnation de la CNRACL à lui verser la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral.

Sur les intérêts et la capitalisation :

8. Dès lors que les conclusions indemnitaires de M. B sont rejetées, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande tendant au paiement des intérêts au taux légal et à leur capitalisation.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CNRACL, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la Caisse des dépôts et consignations en sa qualité de gestionnaire de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales et au ministre des solidarités et de la santé.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.

La rapporteure,

H. C

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé et à la ministre de la transformation et de la fonction publique en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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