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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104746

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104746

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104746
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX EMO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 décembre 2021 et le 4 juillet 2023, M. A B, représenté par la SELARL Patrice Lemiegre, Philippe Foudrin, Suna Güney, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

A titre principal,

- de condamner la commune d'Anceaumeville à lui verser la somme totale de 28 707,06 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 19 août 2021, capitalisés le cas échéant, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- de mettre à la charge de la commune d'Anceaumeville la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

A titre subsidiaire,

- de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 28 707,06 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 19 août 2021, capitalisés le cas échéant, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'édification de trois murs de soutènement ne nécessitait pas d'autorisation d'urbanisme, si bien qu'aucun permis de construire modificatif n'étant rendu nécessaire, l'établissement d'un procès-verbal d'infraction est entaché d'un détournement de pouvoir engageant la responsabilité de la commune d'Anceaumeville ;

- la juridiction administrative est compétente pour trancher le litige, dès lors qu'aucune poursuite pénale n'a été diligentée à l'encontre de M. B ;

- la responsabilité de la commune d'Anceaumeville est engagée, dès lors qu'elle agit en dehors de son pouvoir de police ayant constaté une infraction dont la matérialité n'est pas établie ;

- il appartenait au maire de la commune incompétemment saisi de transmettre la demande d'indemnisation au représentant de l'Etat ;

- il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices subis à hauteur d'une somme totale de 28 707,06 euros, se décomposant en 11 568,80 euros au titre du préjudice matériel résultant de l'arrêt du chantier, 12 138,26 euros au titre du préjudice lié aux loyers versés, 5 000 euros au titre du préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, la commune d'Anceaumeville, représentée par Me Gillet, associée de la SCP EMO Avocats, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la réduction à de plus justes proportions des prétentions sollicitées, et en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle n'a commis aucune faute, dès lors que les travaux entrepris par l'intéressé nécessitaient la régularisation de son projet, notamment par le dépôt d'une demande de permis de construire modificatif comportant l'ensemble des modifications du terrain naturel du projet ;

- les murs édifiés ne pouvaient être qualifiés de mur de soutènement dès lors qu'il s'agissait de murs édifiés en alignement de la voie publique, ainsi que de murs implantés en limite séparative de propriété de plusieurs mètres de hauteur en méconnaissance de l'autorisation délivrée ;

- les conclusions indemnitaires présentées par le requérant du fait de la mise en œuvre par le maire de la commune d'Anceaumeville des attributions qui lui sont confiées par les articles L. 480-1 et suivants du code de l'urbanisme sont irrecevables, dès lors que la responsabilité de la puissance publique dans le cadre de l'exercice de ses missions de police judiciaire relève exclusivement de la compétence du juge judiciaire, et qu'en tout état de cause, aucun élément de preuve n'étaye les affirmations du requérant de nature à remettre en cause la matérialité des faits constatés par procès-verbal ;

- il n'existe aucun lien de causalité entre la demande de permis de construire modificatif et l'arrêt du chantier, le requérant étant alors en mesure de poursuivre son chantier en l'absence d'arrêté interruptif de travaux ;

- l'existence des préjudices allégués n'est pas démontrée ;

- les préjudices invoqués ont pour cause la faute du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Duff,

- les conclusions de Mme Clémence Barray, rapporteure publique,

- les observations de Me Güney, pour M. B,

- les observations de Me Gillet, pour la commune d'Anceaumeville.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire sur le territoire de la commune d'Anceaumeville d'un terrain situé route de la Clérette, cadastré section A 472, pour lequel lui a été délivré un permis de construire le 22 juillet 2019 en vue de l'édification d'une maison individuelle R+1 avec garage au sous-sol. A la suite d'un mouvement de terrain sur le chantier, le maire de la commune d'Anceaumeville a par courriers des 22 mai, 13 et 22 juillet 2020, demandé au pétitionnaire de se mettre en conformité avec le permis de construire délivré. Un procès-verbal de constat d'infraction a été établi par le maire de la commune le 1er septembre 2020 puis transmis au parquet du tribunal de grande instance de Rouen. Par la présente requête, M. B demande la condamnation à titre principal, de la commune d'Anceaumeville, à titre subsidiaire de l'Etat, à lui verser la somme de 28 707,06 euros assortie des intérêts au taux légal à compter 19 août 2021, date de la notification de la décision de rejet de sa demande préalable indemnitaire, en réparation de préjudices résultant de la faute commise par le maire de la commune d'Anceaumeville à avoir dressé un procès-verbal de constat d'infraction.

2. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public () ".

3. Le procès-verbal d'infraction dressé en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme ayant le caractère d'un acte de police judiciaire, le litige relatif à l'indemnisation du préjudice né de son établissement ou de sa transmission à l'autorité judiciaire relève de la juridiction judiciaire, sans qu'il soit besoin de déterminer si le dommage trouve son origine dans une faute de service ou dans une faute personnelle détachable.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la présente demande indemnitaire présentée par M. B est fondée sur le préjudice causé par l'établissement et la transmission à l'autorité judiciaire d'un procès-verbal dressé en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, au vu des infractions constatées aux règles de ce code. Dans ces conditions, les préjudices allégués ne constituent que la conséquence de l'exécution de cette procédure. Par suite, le juge administratif est incompétent pour connaître de la présente action indemnitaire et la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Anceaumeville, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros à verser à la commune d'Anceaumeville.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : M. A B versera à la commune d'Anceaumeville une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune d'Anceaumeville et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. Le Duff

La présidente,

Signé

P. Bailly

La greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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