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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104760

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104760

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104760
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté son recours exercé à l'encontre de la décision du 6 janvier 2021 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active (RSA) ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 4 057,29 euros ;

3°) d'enjoindre au département de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département la somme de 1 500 euros au titre du 2e alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser directement à son conseil.

Il soutient :

* Sa requête est recevable ;

* En ce qui concerne la procédure suivie, que :

- il n'a pas été informé que la décision procède d'un traitement algorithmique, en méconnaissance des dispositions des articles L.311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision a été adoptée par une autorité incompétente ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles car la commission de recours n'a pas été saisie ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles car des retenues ont été faites malgré son recours ;

- les droits de la défense ont été méconnu dès lors, notamment, qu'il n'a pas pu présenter ses observations ;

* En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu, que :

- les sommes en litige, qui relèvent d'une aide familiale, ne peuvent s'apparenter à des revenus ;

- il doit bénéficier du droit à l'erreur ;

- il est de bonne foi et doit bénéficier d'une remise de sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2022, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental, conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal, que la requête est tardive et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés

Vu :

* la décision du 12 novembre 2021 admettant M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

* la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

* la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

* les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de l'action sociale et des familles ;

* le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deflinne, magistrat désigné, ayant été entendu au cours de l'audience publique.

À l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B bénéficiait d'un droit au RSA suite sa demande du 27 septembre 2019. Suite au constat d'incohérences relevées dans le cadre d'un contrôle de ses ressources, celui-ci s'est notamment vu réclamer la somme de 4 057,29 euros au titre d'un indu de RSA le 6 janvier 2021. M. B a contesté ces décisions par courrier du 18 mars 2021, reçu le 24 mars 2021 et sollicitait également la remise gracieuse de sa dette. Le 23 avril 2021, le président du conseil départemental rejetait ce recours au motif tenu de sa tardiveté. Par courrier du 6 mai 2021, M. B sollicitait de nouveau la remise gracieuse de sa dette. Par courrier du 21 juin 2021, la CAF de la Seine-Maritime informait le requérant du rejet de sa demande et, par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision et la remise gracieuse de sa dette.

Sur la fin de non-recevoir relative à la contestation de l'indu :

2. D'une part, la décision du 21 juin 2021 jointe à la requête et seule contestée par le requérant ne porte, contrairement à ce que soutient M. B, que sur le refus de remise de la dette de RSA d'un montant de 4 057,29 euros et fait suite au recours du 6 mai 2021 par lequel l'intéressé se bornait à solliciter la remise gracieuse de sa dette sans aucunement contester le principe de l'indu. D'autre part, il ressort au surplus des pièces du dossier, et notamment du recours gracieux adressé par M. B le 6 mai 2021, que l'intéressé a reçu notification du courrier l'informant de l'existence d'un indu de RSA de 4 057,29 euros le 6 janvier 2021. Par suite, le recours administratif daté du 18 mars 2021 et enregistré le 24 mars 2021 tendant à la contestation de cet indu était en tout état de cause tardif. Par suite, le département de la Seine-Maritime est fondé à faire valoir que les conclusions relatives à la contestation de l'indu sont irrecevables.

Sur la remise gracieuse :

3. En premier lieu, il résulte de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre le département de la Seine-Maritime et la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime le 27 décembre 2017, qu'elle prévoit l'exclusion de l'intervention de la commission de recours amiable (CRA) pour l'ensemble des recours administratifs dirigés contre une décision relative au RSA. Par suite, il résulte de cette convention que la contestation de M. B n'avait pas à être soumise à l'avis de la commission de recours amiable.

4. En second lieu, en vertu du 1° du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, une convention, conclue entre le département et chacun des organismes payeurs mentionnés à l'article L. 262-16, précise en particulier les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé. Le premier alinéa de l'article L. 262-47 du même code prévoit que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale ".

5. S'il résulte de ces dispositions que la convention conclue entre le département et la CAF ne peut légalement prévoir qu'aucun recours administratif préalable dirigé contre une décision relative au RSA n'est soumis pour avis à la CRA, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut toutefois être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière a été prise pour son application ou y trouve sa base légale.

6. En l'espèce, la décision par laquelle le président du conseil départemental confirme la récupération par la CAF d'un indu de RSA ne constitue pas un acte pris pour l'application des dispositions de la convention conclue entre cette caisse et le département en application de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles relatives à la saisine de la CRA, lesquelles ne constituent pas davantage sa base légale. Par suite, M. B ne peut utilement invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de la convention conclue entre le département et la CAF de la Seine-Maritime, alors même que celle-ci ne pouvait légalement exclure la consultation de la commission de recours amiable sur toute réclamation dirigée contre une décision relative au RSA que ce soit.

7. En dernier lieu, d'une part, l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et l'article R. 262-37 du même code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général (), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

10. Par ailleurs, il appartient au défendeur, si nécessaire à l'invitation du tribunal, de communiquer à celui-ci l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et le juge ne peut régulièrement rejeter les conclusions dont il est saisi, pour un motif sur lequel son contenu peut avoir une incidence, s'il ne dispose pas des éléments pertinents de ce dossier, sauf à avoir invité le requérant à produire les pièces précises, également en sa possession, qui sont nécessaires à l'examen de ses droits. Enfin, la procédure contradictoire peut être poursuivie au cours de l'audience sur les éléments de fait qui conditionnent l'attribution de la prestation ou de l'allocation ou la reconnaissance du droit, objet de la requête, et le juge peut décider de différer la clôture de l'instruction à une date postérieure à l'audience pour permettre aux parties de verser des pièces complémentaires. En revanche, aucune disposition pas plus que le droit à un procès équitable, garanti notamment par l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne font obligation au juge, lorsque le défendeur a communiqué au tribunal l'ensemble des éléments pertinents du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et que ces éléments ont été soumis au débat contradictoire, de diligenter une mesure supplémentaire d'instruction ou d'inviter le demandeur à produire les pièces qui seraient nécessaires pour établir le bien-fondé d'allégations insuffisamment étayées.

11. Si M. B soutient qu'il n'a nullement eu l'intention de frauder, il n'apporte en tout état de cause aucun élément de nature à justifier qu'il se trouverait dans une situation de précarité telle qu'il serait dans l'incapacité de rembourser l'intégralité de l'indu restant à sa charge. Il n'y a donc pas lieu de lui accorder une remise gracieuse de sa dette.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est fondé, ni à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande de remise gracieuse de sa dette de RSA, ni à solliciter le bénéfice d'une telle remise.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de remise gracieuse présentées par M. B doivent être rejetée ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Desfarges à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime et au département de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

T. C

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2104760

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