mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2105129 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | HORRIE & ASSOCIES SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Alliance Grenoble, représentée par la SELARL Horrie et Associés, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2014 et 2015, et des pénalités afférentes, et la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 30 novembre 2016, et des pénalités afférentes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- sur les rappels de TVA, la déduction de la taxe afférente aux prestations administratives réalisées par la société financière du Val-de-Reuil est justifiée dès lors qu'elle-même ne compte aucun personnel administratif et que, notamment, des prestations de vérifications de l'application de la politique de qualité et de paiement des intérimaires ont été effectivement réalisées dans l'intérêt de la SARL Alliance Grenoble ;
- la déduction de la TVA afférente aux prestations de refacturation de frais réalisées par la société financière du Val-de-Reuil est justifiée dès lors que ces frais ont été exposés par la société financière du Val-de-Reuil dans son intérêt propre ;
- sur l'impôt sur les sociétés, les sommes réintégrées au titre des profits sur le Trésor sont infondées par voie de conséquence du caractère infondé des rappels de TVA ;
- les provisions pour dépréciation des comptes clients sont justifiées dès lors que d'une part, la somme de 45 896,97 euros doit être neutralisée en application du principe de compensation et, d'autre part, que les dépréciations sur les créances Del Prim et Rocco doivent être admises ;
- la déduction des charges afférentes aux prestations administratives réalisées par la société financière du Val-de-Reuil est justifiée dès lors qu'elle-même ne compte aucun personnel administratif et que, notamment, des prestations de vérification de l'application de la politique de qualité et de paiement des intérimaires ont été effectivement réalisées dans son intérêt ;
- la déduction des charges afférentes aux prestations de refacturation de frais réalisées par la société financière du Val-de-Reuil est justifiée dès lors ces frais ont été exposés par la société financière du Val-de-Reuil dans son intérêt ;
- la déduction des charges afférentes aux prestations administratives réalisées par la société Séminaire Investissement SA est justifiée dès lors que des prestations de conseil et de suivi des personnels commerciaux ont été effectivement réalisées ;
- sur les pénalités, les intérêts de retard fondés sur l'article 1727 du code général des impôts ne sont pas justifiés dès lors que les rappels d'imposition ne le sont pas ;
- la majoration de 40 % de l'article 1729 n'est pas fondée dès lors que les rappels d'imposition ne le sont pas et qu'elle n'a commis aucun manquement délibéré.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2022, la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,
- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,
- et les observations de Me Horrie, pour la SARL Alliance Grenoble.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Alliance Grenoble, qui exerce une activité d'agence de travail temporaire, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie, à l'issue d'une vérification de comptabilité, au titre des exercices clos en 2014 et 2015, et des pénalités afférentes, et la décharge des rappels de TVA mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 30 novembre 2016, et des pénalités afférentes.
Sur le bien-fondé des rappels de TVA :
2. En premier lieu, le service fait valoir que la réalité des prestations administratives qu'aurait fournies à la société requérante la société financière du Val-de-Reuil, société mère, n'est pas établie dès lors qu'aucune facture afférente à ces prestations ni message électronique ou tout autre document n'ont été produits pour justifier de la réalité et de la consistance de ces prestations, que la nature exacte de ces prestations n'est pas démontrée dès lors que la SARL Alliance Grenoble a fait appel à des entreprises tierces pour des prestations entrant dans le champ de la convention signée avec la société financière du Val-de-Reuil sur les prestations administratives susceptibles d'être réalisées à son profit, que cette société ne dispose d'aucun personnel pour réaliser des prestations de paiement des intérimaires et que la circonstance qu'elle a eu, jusqu'en juillet 2014, une salariée pour exercer des fonctions de responsable qualité ne suffit pas à établir que celle-ci aurait travaillé dans l'intérêt de la société vérifiée. Celle-ci se borne à produire la convention passée avec la société financière du Val-de-Reuil et des preuves qu'une responsable qualité travaillait pour celle-ci et n'apporte aucun document, ce qu'elle est seule en mesure de produire, de nature à préciser les tâches qu'aurait réalisées la société mère à son profit ou à établir le caractère effectif des prestations alléguées de vérifications de l'application de la politique de qualité et de paiement des intérimaires. En outre, la gérante de la SARL Alliance Grenoble, à laquelle incombe en principe ces tâches, est directrice commerciale de la société financière du Val-de-Reuil. Faute de preuve de la réalité des prestations qui auraient été effectuées au profit de la SARL Alliance Grenoble par la Société financière du Val-de-Reuil, le service était donc fondé à remettre en cause la TVA déduite à raisons de ces prétendues prestations.
3. En second lieu, le service fait valoir que la SARL Alliance Grenoble ne pouvait pas déduire la TVA afférente aux prestations refacturées par la société financière du Val-de-Reuil dès lors que les prestations facturées par la société Infor correspondent à celles facturées par une société tierce dénommée Groupement d'initiative économique, membre du groupe, que rien ne démontre l'intérêt de la SARL Alliance Grenoble concernant les prestations de fourniture d'abonnement internet facturées par la société Completel alors que la société vérifiée dispose d'autres abonnements téléphoniques et internet, et que les prestations d'envoi de colis ayant été réalisés par les salariés de la société Groupement d'initiative économique, la refacturation de prestations par la société Chronopost n'était pas justifiée. De plus, si la société requérante produit trois factures, de 36 euros de mars 2014, de 533,70 euros de juillet 2014 et de 347,23 euros d'octobre 2014 adressées à la société financière du Val-de-Reuil par la société Desk Debucy qui comportent la mention de son nom et de l'adresse de son établissement secondaire de Bourgoin-Jallieu, elle ne conteste pas qu'elle a elle-même enregistré en comptabilité, pour le même exercice, des charges de location d'un photocopieur auprès de la société Locam au profit de la même agence et ne donne aucune précision sur les motifs qui aurait conduit la société financière du Val-de-Reuil à conclure au profit de cette agence en particulier un second contrat de location de photocopieur, lequel n'est au demeurant pas produit. Dans ces conditions, après que l'administration a apporté aux débats suffisamment d'éléments de nature à douter de la réalité des prestations facturées, la SARL Alliance Grenoble n'apporte pas, pour sa part, les justifications permettant de l'établir. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle avait droit à la déduction de la TVA afférente aux prestations qui lui ont été refacturées par la société financière du Val-de-Reuil.
Sur le bien-fondé des rehaussements d'impôt sur les sociétés :
4. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la société requérante n'avait pas droit à la déduction de la TVA dont la déduction a été remise en cause par le service. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que le profit sur le Trésor réintégré à ses résultats n'est pas fondé.
5. En deuxième lieu, d'une part, si la société requérante soutient que les provisions pour dépréciation des créances qu'elle détenait sur les sociétés Del Prim et Rocco doivent être admises, elle n'apporte aucun argument de nature à justifier que ces créances présentaient un risque probable de non-recouvrement à la clôture des exercices. D'autre part, la SARL Alliance Grenoble n'apporte aucun élément de nature à démontrer que les créances pour lesquelles elle avait comptabilisé une provision pour dépréciation au 1er janvier 2014, à propos desquelles elle ne donne aucune précision, présentaient un risque de ne pas être recouvrées. Elle n'apporte non plus aucune preuve qu'une somme, au demeurant non inscrite en comptabilité, lui aurait été versée par son assureur en indemnisation des pertes pour créances irrécouvrables qu'elle aurait à tort regardées comme douteuses et n'est dès lors pas fondée à demander que la reprise des provisions en litige soit compensée par la diminution de son actif à hauteur de ces créances irrécouvrables pour lesquelles elle n'apporte au demeurant aucune précision.
6. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 2, l'administration était fondée à réintégrer au résultat de la SARL Alliance Grenoble les charges déduites par la société au titre des prestations administratives que lui aurait fournies la Société financière du Val-de-Reuil.
7. En quatrième lieu, pour les motifs énoncés au point 3, l'administration apporte la preuve que les charges liées à la refacturation de prestations par la Société financière du Val-de-Reuil ne pouvaient être déduites.
8. En dernier lieu, l'administration fait valoir que les charges afférentes aux prestations administratives réalisées par la société Séminaire Investissement SA ne peuvent être déduites des résultats de la SARL Alliance Grenoble dès lors que la réalité des prestations de conseil et de suivi des personnels commerciaux n'est pas démontrée, que la convention entre les sociétés n'est pas signée par la société Séminaire Investissement SA, que la teneur des prestations n'a été établie par aucune pièce et qu'aucun contact n'a été démontré entre les salariés de la société vérifiée et ceux de la société Séminaire Investissement SA. La société requérante se borne à arguer de la réalité des prestations déduites en charges mais n'apporte aucun élément, ce qu'elle est seule en mesure de faire, de nature à en justifier. Elle n'est par suite pas fondée à soutenir que les charges en litige ne devaient pas être réintégrées à son résultat des exercices clos en 2014 et en 2015.
Sur les pénalités :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les rappels de TVA et les rehaussements d'impôts sur les sociétés étant justifiés, l'administration était fondée à mettre à la charge de la SARL Alliance Grenoble, sur le fondement de l'article 1727 du code général des impôts, des intérêts de retard.
10. En second lieu, d'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les rehaussements d'impôts sur les sociétés sont fondés et, d'autre part, l'administration fait valoir que la SARL Alliance Grenoble a comptabilisé en charges des prestations qu'elle ne pouvait ignorer comme dépourvues de réalité, compte tenu des liens existants entre sa gérante, également commerciale auprès de la société financière du Val-de-Reuil et administratrice de la société Séminaire Investissement SA, et son père, actionnaire majoritaire de la société financière du Val-de-Reuil et président du conseil d'administration de la société Oliver Holding, qui a conclu avec la société Séminaire Investissement SA un contrat dont cette dernière retire une part prépondérante de son chiffre d'affaires. Le service établit, par suite, le caractère délibéré des manquements déclaratifs de la SARL Alliance Grenoble et le bien-fondé de la majoration de 40 % prévue par les dispositions du a) de l'article 1729 du code général des impôts.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Alliance Grenoble n'est fondée à demander ni la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2014 et 2015 ni la décharge des rappels de TVA mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 30 novembre 2016 et des pénalités afférentes. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Alliance Grenoble est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Alliance Grenoble et à la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
H. JEANMOUGIN
Le président,
Signé
P. MINNE
Le greffier,
Signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026