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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200218

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200218

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200218
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX EMO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 janvier 2022 et 20 mars 2023, M. B C, représenté par Me Desmeulles, demande au tribunal :

1) de condamner le groupe hospitalier du Havre à lui verser la somme de 135 709 euros ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable, en réparation du préjudice résultant de la prise en charge par le service des urgences de l'établissement ;

2) de condamner le groupe hospitalier du Havre aux dépens et de mettre à sa charge le versement à son conseil de la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il existe une première faute dans l'organisation du service ;

- une seconde faute, diagnostique, doit être relevée ;

- il justifie de ses préjudices, à l'exception du poste " frais divers " qu'il convient de réserver.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 mars 2022 et 28 novembre 2023, le groupe hospitalier du Havre, représenté par la SCP EMO Avocats, conclut dans le dernier état de ses écritures au rejet de la requête, au rejet des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie, à ce que les dépens soient laissés à la charge de M. C et à ce que soit mise à sa charge une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- aucune faute ne peut lui être imputée ;

- à titre subsidiaire, il convient de retenir une perte de chance ;

- les préjudices du requérant et les frais de la caisse primaire d'assurance maladie ne résultent que de l'état antérieur de M. C.

Par des mémoires enregistrés les 31 mars 2022 et 7 décembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Havre demande au tribunal de condamner le groupe hospitalier du Havre à lui verser la somme de 1 455,82 euros correspondant aux débours exposés au profit de M. C ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle soutient qu'en cas de reconnaissance de la responsabilité du groupe hospitalier du Havre, elle justifie des débours qui sont en lien direct avec la faute du centre hospitalier.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Noblet, avocat du groupe hospitalier du Havre.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que M. B C, né en 1956, s'est présenté le 31 mai 2014 dans la matinée au service des urgences du groupe hospitalier du Havre, se plaignant de paresthésies de l'hémicorps droit. Après un examen médical, il a été renvoyé à son domicile. Dans la soirée du même jour, il s'est présenté à l'hôpital privé de l'estuaire où un diagnostic d'accident vasculaire cérébral a été posé. Il a été hospitalisé au sein du service de neurologie et a quitté l'établissement le 20 juin suivant.

2. Soucieux d'être éclairé sur les conditions de sa prise en charge par le groupe hospitalier du Havre, M. C a saisi le juge des référés du tribunal de céans qui, par une ordonnance du 23 mars 2016, a désigné le Pr A, PU-PH exerçant au centre hospitalier universitaire de Caen. Un premier rapport a été remis le 26 janvier 2017, complété le 27 novembre 2019 à la demande de la juge des référés puis le 28 janvier 2020 en réponse aux dires d'une partie. Sur la base des conclusions de ce rapport, M. C demande à titre principal au tribunal de condamner le groupe hospitalier du Havre à l'indemniser des préjudices nés de cette prise en charge qu'il estime fautive.

Sur les conclusions indemnitaires de la requête :

En ce qui concerne l'organisation du service :

3. Sur ce point, M. C se borne à se prévaloir d'une phrase tirée du rapport expertal qui indique que la présence d'une unité neurovasculaire aurait pu permettre une meilleure prise en charge. Toutefois, le requérant n'établit ni même n'allègue que le groupe hospitalier du Havre aurait été tenu de disposer en son sein d'une telle unité. En outre, ainsi qu'il sera vu ci-dessous, M. C a été examiné rapidement par l'équipe de l'établissement. Par suite, la seule circonstance que le service des urgences ne disposait pas d'une unité neurovasculaire fonctionnelle le 31 mai 2014 ne constitue pas une faute de nature à engager la responsabilité du groupe hospitalier du Havre.

En ce qui concerne le diagnostic :

4. Il résulte de l'instruction qu'à son arrivée au service des urgences du groupe hospitalier du Havre au milieu de la matinée du 31 mai 2014, M. C se plaignait de paresthésies de l'ensemble de l'hémicorps droit depuis une date ou un horaire indéterminé. L'examen clinique effectué à 10h environ n'a pas montré, selon l'expert, de " trouble objectif de la lignée neurologique " compte-tenu de la normalité et la symétrie des réflexes, l'absence de trouble de la marche ou de trouble du langage. Des examens complémentaires de biologie ionique sanguine se sont révélés normaux et un scanner réalisé vers 12h00 n'a pas plus révélé de signes inquiétants.

5. Il est vrai, comme le souligne l'expert, que l'état antérieur de M. C, marqué par un " lourd passé cardiovasculaire " caractérisé notamment par un infarctus du myocarde et un traitement antiagrégant, appelait à une attention particulière au regard des symptômes dont se plaignait le requérant. Toutefois, compte-tenu des moyens dont disposait le groupe hospitalier du Havre, des investigations menées par l'équipe médicale, du caractère " particulièrement complexe ", selon l'expert, du cas de M. C, de ce que les examens menés n'ont ni confirmé les allégations du patient ni révélé une quelconque anormalité qui aurait justifié une exploration plus profonde ou un maintien en observation dans l'établissement, il n'apparait pas que la prise en charge de M. C par le groupe hospitalier du Havre n'aurait pas été conforme aux données alors acquises de la science ou aux bonnes pratiques médicales.

6. Ainsi la responsabilité du groupe hospitalier du Havre n'est pas engagée. Dès lors, M. C n'est pas fondé à demander la condamnation du groupe hospitalier du Havre au versement d'une indemnité.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie :

7. Dès lors que l'état de santé de M. C n'est pas imputable au groupe hospitalier du Havre au sens de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, la caisse primaire d'assurance maladie du Havre n'est pas fondée à demander la condamnation de l'établissement aux débours ni, par voie de conséquence, au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les conclusions accessoires :

8. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

9. Si M. C est la partie perdante dans la présente instance, compte-tenu de l'impécuniosité de ce dernier telle qu'elle résulte de l'instruction et de ce que seule l'expertise a permis de révéler l'absence de faute dans la prise en charge du requérant, les circonstances particulières de l'affaire justifient que les dépens, constitués par les frais d'expertise qui ont été liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal administratif du 6 janvier 2020, soient mis à la charge du groupe hospitalier du Havre.

10. En second lieu, les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge du groupe hospitalier du Havre, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Me Desmeulles sur le fondement de ces dispositions. Par ailleurs, le groupe hospitalier du Havre étant la partie tenue aux dépens, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C la somme demandée par l'établissement défendeur au titre des frais de procès.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Havre sont rejetées.

Article 3 : Les frais de l'expertise sont mis à la charge du groupe hospitalier du Havre.

Article 4 : Les conclusions du groupe hospitalier du Havre présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Desmeulles, à la caisse primaire d'assurance maladie du Havre et au groupe hospitalier du Havre.

Pour l'application des articles 115 et 116 du décret du 28 décembre 2020 susvisé, copie en sera adressée au premier président de la cour d'appel de Rouen et au procureur général près cette cour, à qui il appartiendrade recouvrer les frais d'expertise avancés par l'Etat auprès du groupe hospitalier du Havre.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

Robin Mulot

La présidente,

Anne Gaillard Le greffier,

Henry Tostivint

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200218

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