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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200321

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200321

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200321
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantALBERT PATRICK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2022, Mme A C, représentée par Me Albert, demande au tribunal :

1°) l'annulation de la décision du 12 avril 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime lui a notifié un indu au titre du revenu de solidarité active (RSA) d'un montant initial de 7 110,17 euros pour la période du 1er juin 2019 au 31 mars 2021 ;

2°) l'annulation de la décision du 27 mai 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime a rejeté son recours exercé à l'encontre de la décision du 12 avril 2021 lui notifiant un indu de RSA, laissant à sa charge la somme de 7 110,17 euros ;

3°) de lui accorder une remise gracieuse de sa dette.

Elle soutient que :

- la décision lui notifiant un indu en date du 12 avril 2021 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle ne peut vérifier le montant du calcul de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge ;

- elle est de bonne foi ;

- elle se trouve dans une situation financière précaire qui ne lui permet pas de s'acquitter du remboursement de sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Les parties ayant été averties le 12 décembre 2022 que le jugement était susceptible d'être fondé sur le caractère irrecevable des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 12 avril 2021 prononçant un indu de RSA en raison du défaut de recours administratif préalable.

Vu :

- la décision du 26 novembre 2021 admettant Mme C à l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deflinne, magistrat désigné, ayant été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C bénéficiait d'un droit au RSA depuis sa demande du 6 août 2018. Suite au constat d'incohérences relevées dans le cadre d'un contrôle de ses ressources, celle-ci s'est notamment vu réclamer, le 12 avril 2021, la somme de 7 110,17 euros au titre d'un indu de RSA INK 008 pour la période du 1er juin 2019 au 31 mars 2021. Mme C a sollicité une remise de sa dette de RSA le 16 avril 2021. Par décision du 27 mai 2021, le directeur de la CAF de la Seine-Maritime l'a informée du rejet de sa demande de remise gracieuse. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal, d'une part, l'annulation de la décision du 12 avril 2021 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active et, d'autre part, la remise gracieuse de la totalité de sa dette.

Sur la contestation de l'indu :

2. Il résulte des articles L. 262-46 et L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles qu'une décision de récupération d'un indu de RSA prise par le président du conseil départemental ou par délégation de celui-ci ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité.

3. Il est constant que le seul recours administratif exercé par Mme C, le 16 avril 2021 par le courriel adressé au directeur de la CAF de la Seine-Maritime, ne tendait qu'à la remise gracieuse de sa dette de RSA. Ce courriel ne contenait aucune contestation relative au bien-fondé de l'indu réclamé. Par suite, les conclusions dirigées contre le principe et le montant de l'indu réclamé à la requérante sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la remise gracieuse :

4. D'une part, l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et l'article R. 262-37 du même code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental () en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. " Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de sa dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où des omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de tout autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

7. Par ailleurs, il appartient au défendeur, si nécessaire à l'invitation du tribunal, de communiquer à celui-ci l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et le juge ne peut régulièrement rejeter les conclusions dont il est saisi, pour un motif sur lequel son contenu peut avoir une incidence, s'il ne dispose pas des éléments pertinents de ce dossier, sauf à avoir invité le requérant à produire les pièces précises, également en sa possession, qui sont nécessaires à l'examen de ses droits. Enfin, la procédure contradictoire peut être poursuivie au cours de l'audience sur les éléments de fait qui conditionnent l'attribution de la prestation ou de l'allocation ou la reconnaissance du droit, objet de la requête, et le juge peut décider de différer la clôture de l'instruction à une date postérieure à l'audience pour permettre aux parties de verser des pièces complémentaires. En revanche, aucune disposition pas plus que le droit à un procès équitable, garanti notamment par la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne font obligation au juge, lorsque le défendeur a communiqué au tribunal l'ensemble des éléments pertinents du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et que ces éléments ont été soumis au débat contradictoire, de diligenter une mesure supplémentaire d'instruction ou d'inviter le demandeur à produire les pièces qui seraient nécessaires pour établir le bien-fondé d'allégations insuffisamment étayées.

8. Il est constant qu'à la suite d'un contrôle de la CAF ayant révélé que Mme C n'avait pas déclaré le montant total de sa pension d'invalidité, il a été réclamé à l'intéressée un indu de RSA d'un montant de 7 110,17 euros.

9. Il résulte de l'instruction qu'au regard de la durée de perception du RSA par Mme C, celle-ci ne peut pas être regardée comme ayant été dans l'ignorance de ses obligations déclaratives. L'omission déclarative de la requérante, sur vingt-et-un mois consécutifs, est donc constitutive d'une fausse déclaration au sens de l'antépénultième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles. Cette seule circonstance est de nature à faire obstacle à ce que soit accordée à Mme C une remise de sa dette. Par suite, alors au surplus que l'intéressée ne justifie pas être dans une situation de précarité telle qu'elle serait dans l'incapacité de rembourser l'intégralité de l'indu restant à sa charge, la requérante n'est pas fondée à demander la remise de sa dette de RSA.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Patrick Albert et au département de la Seine-Maritime.

Copie, pour information, en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

T. B Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

.

N°2200321

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