jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200574 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 2 |
| Avocat requérant | OLEON CHRISTOPHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 11 février, 2 juin 2022 et 22 mars 2024, M. A B, représenté par Me Oléon, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il a subi en raison de ses conditions de détention au sein de la maison d'arrêt de Rouen du 19 mai au 20 juillet 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- ses conditions de détention à la maison d'arrêt de Rouen constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat dès lors qu'elles ont méconnu les engagements de l'Etat au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article 44 de la loi pénitentiaire du 13 octobre 2009, repris à l'article L. 7 du code pénitentiaire et les articles D. 349, D.351 et D. 352 du code de procédure pénale ;
- les locaux sont vétustes et insalubres ; il y avait une fuite des toilettes dans sa cellule entre le 15 et 18 juin 2021 ; la cellule était exiguë.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
9 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la loi n° 2014-1655 du 29 décembre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Armand, premier conseiller faisant fonction de vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
- le rapport de M. Armand.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B était incarcéré au centre pénitentiaire du Havre depuis le 18 août 2018. Dans le cadre de sa comparution devant la cour criminelle départementale de la Seine-Maritime, il a été transféré, du 19 mai au 20 juillet 2021, à la maison d'arrêt de Rouen. Estimant que ses conditions de détention étaient indignes, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de ses conditions de détention.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", aux termes de l'article D. 189 du code de procédure pénale qu'" à l'égard de toutes les personnes qui lui sont confiées par l'autorité judiciaire, à quelque titre que ce soit, le service public pénitentiaire assure le respect de la dignité inhérente à la personne humaine et prend toutes les mesures destinées à faciliter leur réinsertion sociale ", aux termes de l'article D. 349 du même code : " L'incarcération doit être subie dans des conditions satisfaisantes d'hygiène et de salubrité, tant en ce qui concerne l'aménagement et l'entretien des bâtiments, le fonctionnement des services économiques et l'organisation du travail, que l'application des règles de propreté individuelle et la pratique des exercices physiques ", aux termes des articles D. 350 et D. 351 du même code, d'une part :
" les locaux de détention et, en particulier, ceux qui sont destinés au logement, doivent répondre aux exigences de l'hygiène, compte tenu du climat, notamment en ce qui concerne le cubage d'air, l'éclairage, le chauffage et l'aération " et, d'autre part : " dans tout local où les détenus séjournent, les fenêtres doivent être suffisamment grandes pour que ceux-ci puissent lire et travailler à la lumière naturelle. L'agencement de ces fenêtres doit permettre l'entrée d'air frais. La lumière artificielle doit être suffisante pour permettre aux détenus de lire ou de travailler sans altérer leur vue. Les installations sanitaires doivent être propres et décentes. Elles doivent être réparties d'une façon convenable et leur nombre proportionné à l'effectif des détenus ". Enfin, aux termes de l'article D. 354 du code précité : " Les détenus doivent recevoir une alimentation variée, bien préparée et présentée, répondant tant en ce qui concerne la qualité et la quantité aux règles de la diététique et de l'hygiène, compte tenu de leur âge, de leur état de santé, de la nature de leur travail et, dans toute la mesure du possible, de leurs convictions philosophiques ou religieuses ".
3. En raison de la situation d'entière dépendance des personnes détenues vis-à-vis de l'administration pénitentiaire, l'appréciation du caractère attentatoire à la dignité des conditions de détention dépend notamment de leur vulnérabilité, appréciée compte tenu de leur âge, de leur état de santé, de leur personnalité et, le cas échéant, de leur handicap, ainsi que de la nature et de la durée des manquements constatés et des motifs susceptibles de justifier ces manquements eu égard aux exigences qu'impliquent le maintien de la sécurité et du bon ordre dans les établissements pénitentiaires, la prévention de la récidive et la protection de l'intérêt des victimes ; que seules des conditions de détention qui porteraient atteinte à la dignité humaine, appréciées à l'aune de ces critères et à la lumière des dispositions du code de procédure pénale, notamment des articles D. 349 à D. 351 ainsi que de l'article D. 354, révèlent l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique ; qu'une telle atteinte, si elle est caractérisée, est de nature à engendrer, par elle-même, un préjudice moral pour la personne qui en est la victime.
4. M. B soutient qu'en raison d'une fuite de toilettes, il a subi des conditions de détention indignes du mardi 15 juin 2021 au vendredi 18 juin 2021, en raison de la présence d'urine et d'excréments dans sa cellule. Toutefois, s'agissant de la journée du mardi 15 juin 2021, le requérant a lui-même indiqué qu'il était absent de sa cellule en raison d'une audience. S'agissant de la journée du mercredi 16 juin 2021, M. B produit une seule pièce, constituée d'une attestation rédigée par lui-même et mentionnant la présence d'une flaque d'eau " très minime " dans sa cellule, qui n'est pas suffisante pour établir l'existence d'une faute. S'agissant du jeudi 17 juin 2021, les pièces produites permettent uniquement d'établir la survenance d'une fuite d'eau concernant les cellules 25 et 125, alors que le requérant occupait la cellule 27. Enfin, s'agissant du vendredi 18 juin 2021, alors que M. B a lui-même indiqué avoir été absent de sa cellule entre 8h20 et 11h00, s'il résulte de l'instruction que si vers 14 heures, les toilettes de sa cellule ont débordé, de l'urine et des excréments s'étant alors répandus au sol, suite à l'obstruction, par un détenu, des canalisations avec divers objets, les pièces produites par les parties indiquent que " dans l'heure qui a suivi l'appel des surveillants ", il a été procédé au débouchement du collecteur en cause et que " l'incident a été traité dans les heures suivant la détection de l'obstruction des canalisations ". Dans ces conditions, et alors, en outre, que les détenus bénéficiaient d'un kit de nettoyage, l'administration pénitentiaire ne peut être regardée, compte-tenu des diligences qu'elle a accomplies pour mettre fin à la fuite survenue le 18 juin 2021, comme ayant commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à la prise en charge des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Oléon et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
G. ArmandLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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01/06/2026