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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200627

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200627

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200627
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantRODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 février 2022, et un mémoire enregistré le 24 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Rodriguez, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté son recours préalable contre la décision, notifiée par courrier du 15 octobre 2021, l'informant d'un indu de revenu de solidarité active socle de 11 392,73 euros au titre de la période d'octobre 2019 à septembre 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 28 décembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime l'a informé de la fin de ses droits à la prime d'activité ;

3°) d'annuler la décision du 1er février 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales lui a rappelé son obligation de rembourser un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 304,90 euros ;

4°) d'annuler la décision du 29 novembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime l'a informé qu'une fraude était retenue à son encontre ;

5°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales l'a informé d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 152,45 euros au titre de l'année 2019, d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 152,45 euros au titre de l'année 2020, d'un indu de prime exceptionnelle de solidarité de 150 euros au titre de mai 2020 et d'un indu de revenu de solidarité active socle de 11 392,73 euros au titre de la période d'octobre 2019 à septembre 2021.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- il a déclaré son mariage, célébré le 22 mars 2018 et transcrit sur le registre de l'état civil le 23 octobre 2019 ;

- ses séjours à l'étranger, liés à son état de santé et à un projet de procréation médicalement assistée, se sont allongés du fait de l'épidémie de Covid 19 ; il était dans l'impossibilité de rentrer en France en 2020 et 2021 ;

- son revenu de solidarité active n'a pas été dépensé en Tunisie mais a juste servi à payer ses charges en France ;

- il n'a jamais sollicité la majoration prévue par l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles et l'administration a fait une analyse erronée de l'article L. 262-9 de ce code ;

- il est de bonne foi ;

- sa situation financière est précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2022, le département de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est tardive et dès lors irrecevable et que les moyens sont en tout état de cause infondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Elle soutient à titre principal que les recours contre la prime d'activité et l'aide exceptionnelle sont tardifs et que les conclusions contre l'information selon laquelle la fraude était retenue sont irrecevables et à titre subsidiaire que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 23 mars 2022 par laquelle M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales l'a informé d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 152,45 euros au titre de l'année 2019, d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 152,45 euros au titre de l'année 2020, d'un indu de prime exceptionnelle de solidarité de 150 euros au titre de mai 2020 et d'un indu de revenu de solidarité active socle de 11 392,73 euros au titre de la période d'octobre 2019 à septembre 2021, la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté son recours préalable contre la décision l'informant de l'indu de revenu de solidarité active socle de 11 392,73 euros, la décision du 28 décembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime l'a informé de la fin de ses droits à la prime d'activité, la décision du 1er février 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales lui a rappelé son obligation de rembourser un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 304,90 euros et la décision du 29 novembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime l'a informé qu'une fraude était retenue à son encontre.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le département de la Seine-Maritime a explicitement rejeté, le 7 décembre 2021, le recours préalable obligatoire effectué par M. A à l'encontre de la décision notifiée par courrier du 15 octobre 2021, l'informant d'un indu de revenu de solidarité active socle de 11 392,73 euros. Cette décision explicite s'est nécessairement substituée à la décision implicite attaquée, qui avait disparu de l'ordonnancement juridique avant même que le juge ne soit saisi, laquelle se substituait elle-même à la décision du 15 octobre 2021 en tant qu'elle lui notifiait l'indu de revenu de solidarité active. Les conclusions de la requête de M. A concernant l'indu de revenu de solidarité active doivent donc être regardées comme dirigées contre la seule décision du 7 décembre 2021.

3. En deuxième lieu, le courrier du 1er février 2022 par lequel la caisse d'allocations familiales a rappelé à M. A son obligation de rembourser un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 304,90 euros, qui avait déjà été portée à sa connaissance, ne lui fait pas directement grief et n'est pas susceptible de recours.

4. En troisième lieu, la qualification de fraude, ne constitue pas, par elle-même, une décision susceptible de recours mais un motif permettant au département ou à la caisse d'allocations familiales d'allonger le délai de prescription de l'action en récupération de l'indu et de s'opposer à la remise gracieuse de cet indu. M. A n'est donc pas recevable à demander l'annulation du courrier du 29 novembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime l'a informé qu'une fraude était retenue à son encontre.

Sur l'indu de revenu de solidarité active :

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation sociale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.

6. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () " et aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de contrôle de l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que, au cours de l'année 2019, M. A a résidé à l'étranger du 1er au 20 janvier, du 10 avril au 21 mai, du 24 juin au 4 octobre et du 29 novembre au 31 décembre, qu'au cours de l'année 2020, il a résidé à l'étranger du 1er janvier au 17 septembre et du 1er novembre au 31 décembre et qu'au cours de l'année 2021, il a résidé à l'étranger du 1er janvier au 12 septembre. La production de billets d'avion à destination de la France pour les dates des 18 septembre 2019 et 20 mars 2020 ne suffisent pas à remettre en cause les constatations du contrôleur de la caisse d'allocations familiales qui a consulté les passeports français et tunisiens de M. A, lequel n'apporte aucune précision sur la durée de son éventuel séjour en France à compter du 18 septembre 2019 et du 20 mars 2020. Si M. A soutient qu'il a dû prolonger ses séjours à l'étranger du fait de l'épidémie de Covid 19, il résulte de ce qui vient d'être dit qu'avant même cette épidémie, reconnue en France à compter du mois de mars 2020, M. A ne résidait plus sur le territoire français de manière stable et effective et l'épidémie de Covid 19 n'explique pas la présence hors de France de M. A pendant plus de 6 mois en 2019 et pendant les trois premiers mois de l'année 2020. M. A ne peut dès lors être regardé comme ayant eu en France, au cours des années 2019 à 2021, une résidence stable et effective de nature à lui ouvrir droit au revenu de solidarité active.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que si M. A a fait transcrire en France son mariage célébré à l'étranger en 2018, il n'apporte aucune preuve qu'il aurait procédé au signalement de son changement de situation matrimoniale auprès des services de la caisse d'allocations familiales. La seule attestation de son épouse faisant état d'une résidence en Tunisie et d'un défaut de ressources ne suffit pas à en faire la preuve, dès lors qu'elle n'est corroborée par aucun autre élément.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit précédemment que M. A a dissimulé sa situation maritale ainsi que sa résidence hors de France pendant les trois années en litige. La circonstance qu'il n'aurait dépensé le revenu de solidarité active perçu que pour faire face à des charges nées en France est sans incidence, comme la circonstance que M. A n'a pas demandé à bénéficier de la majoration prévue par l'article L. 262-9 du code de l'action sociale et des familles, dont rien n'atteste d'ailleurs qu'il en aurait bénéficié. Compte tenu de la réitération de ses fausses déclarations, il doit être regardé comme ayant fait preuve d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives et une intention frauduleuse, ouvrant droit au département de lever la prescription biennale prévue par les dispositions de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles.

10. En dernier lieu, les circonstances que l'état de santé de M. A est fragile et que sa situation financière est précaire sont sans incidence directe sur son obligation de rembourser l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

11. Il en résulte que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense.

Sur les indus de prime exceptionnelle de fin d'année :

12. Aux termes de l'article 1er du décret du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux bénéficiaires de l'une des allocations suivantes qui ont droit à son versement au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, au titre du mois de décembre 2019, sauf lorsque cette aide exceptionnelle leur a été versée au titre du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2020 ou, à défaut, du mois de décembre 2020, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul.() "

13. Il résulte de l'instruction que le département de la Seine-Maritime a radié M. A de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au 1er novembre 2018, date d'ouverture de ses droits au bénéfice de cette allocation. M. A, qui n'avait donc pas droit au versement du revenu de solidarité active au titre des mois de novembre et décembre 2019 ni des mois de novembre et décembre 2020, n'avait dès lors pas droit au versement de la prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019 et 2020. Ses conclusions relatives aux indus de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019 et 2020 doivent donc être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur l'aide exceptionnelle de solidarité :

14. Aux termes du décret du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er du présent décret ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois d'avril ou de mai ne soit pas nul. () "

15. Comme il a été dit au point 13, M. A, qui n'avait pas droit au revenu de solidarité active depuis le 1er novembre 2018, n'avait pas droit au versement de cette allocation au titre des mois d'avril et de mai 2020. Il n'avait, par suite, aucun droit au versement de l'aide exceptionnelle de solidarité. Sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir, le requérant n'est donc pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 octobre 2021 lui notifiant un indu au titre de la prime exceptionnelle de solidarité versée en mai 2020.

Sur la fin de droit au bénéfice de la prime d'activité :

16. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. () "

17. Comme il a été dit au point 7, M. A ne peut être regardé comme ayant eu en France, au cours des années 2019 à 2021, une résidence stable et effective. Il n'avait donc pas droit au bénéfice de la prime d'activité au titre de l'année 2021. Il ne donne aucun élément permettant d'attester qu'il résidait en France de manière stable et effective au cours de l'année 2022. Le requérant n'est donc pas fondé à demander l'annulation de la décision du 28 décembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime l'a informé de la fin de ses droits à la prime d'activité.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est fondé à demander l'annulation ni des décisions mettant à sa charge des indus de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019 et 2020, un indu de prime exceptionnelle de solidarité et un indu de revenu de solidarité active socle ni de la décision du 28 décembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime l'a informé de la fin de ses droits à la prime d'activité.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Claude Rodriguez, au département de la Seine-Maritime, à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La magistrate désignée,

Signé

H. CLe greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui les concernent et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

O. PANNIER CRÉANT

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