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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200673

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200673

mardi 12 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200673
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 3P
Avocat requérantALLO MYLENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2022, Mme A de la conception D B, représentée par Me Dhimolea, demande au tribunal :

1. d'annuler la décision du 27 décembre 2021 par laquelle la commission de recours amiable (CRA) de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime a rejeté le recours formé contre l'indu de prime d'activité mis à sa charge ;

2. d'enjoindre à la CAF de la Seine-Maritime de lui rembourser les sommes indument retenues ;

3. de mettre à la charge de la CAF de la Seine-Maritime la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* sa requête est recevable ;

* l'indu n'est pas justifié dans la mesure où elle n'était pas en couple avec M. C mais en colocation avec celui-ci.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D B ne sont pas fondés.

Vu :

* la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

* la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

* les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de la sécurité sociale ;

* le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. E,

* et les observations de Me Dhimolea, représentant Mme D B qui soutient notamment que le logement occupé comportait trois chambres.

À l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B bénéficie de la prime d'activité. Suite au constat d'incohérences relevées dans le cadre d'un contrôle de ses ressources, celle-ci s'est vu réclamer, le 12 juillet 2021, la somme de 2 606,97 euros au titre d'un indu de prime d'activité pour la période d'octobre 2019 à juin 2021. Par courrier du 15 juillet 2021, Mme D B a contesté cette décision. Son recours a été rejeté par décision de la CRA de la CAF de la Seine-Maritime le 18 novembre 2021, qui lui a été transmise par courrier du 27 décembre 2021. Par la présente requête, Mme D B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () " Aux termes de l'article L. 845-3 de ce code : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Aux termes de l'article R. 842-3 de ce code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; () ". Il résulte des dispositions citées au point précédent que, pour le bénéfice de la prime d'activité, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

3. D'autre part, lorsque, le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.

4. Il n'est pas sérieusement contesté que Mme D B, qui résidait en agglomération avec son fils et la compagne de celui-ci, a, pour des raisons de santé, déménagé à la campagne où les intéressés l'ont suivie. La requérante soutient qu'à la suite de ce déménagement, M. C, son ancien compagnon jusqu'en 2018, a rejoint ce qu'elle qualifie de colocation, sans que cet emménagement ne donne lieu à une reprise de leur vie de couple. D'une part, il ressort des propres écritures de Mme D B que M. C a rejoint l'intéressée dès le mois d'août, mois de prise d'effet du contrat de bail du logement, dont il ne ressort d'aucune pièce qu'il aurait comporté plus de deux chambres. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête de la CAF de la Seine-Maritime du 2 juillet 2021 dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire, que le bailleur, contacté par le contrôleur assermenté a indiqué connaître la situation de couple des intéressés et n'avoir d'ailleurs accepté la location qu'en raison de cette situation, au regard du statut de fonctionnaire de M. C, mais également que les relevés bancaires des intéressés montrent des dépenses situées dans le même secteur au cours de la période estivale 2019. Par ailleurs, si Mme D B indique que M. C lui verse sa part de loyer et de participation aux charges par virement, les mouvements financiers entre les comptes des intéressés ne se sont pas interrompus durant la période antérieure à leur emménagement et au cours de laquelle il est indiqué qu'ils ne formaient plus un couple. Enfin, la quittance de loyer qui a été nécessaire au renouvellement de la carte nationale d'identité de M. C est faite aux noms des deux intéressés, de même que l'avis de taxe d'habitation relatif à leur logement. Il résulte de ces différents éléments, que, nonobstant les attestations produites, c'est à bon droit que la CAF de la Seine-Maritime a considéré que Mme D B et M. C formaient un foyer au sens des dispositions applicables à la détermination de la prime d'activité.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme D B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 27 décembre 2021 par laquelle la CRA de la CAF de la Seine-Maritime a rejeté le recours formé contre l'indu de prime d'activité mis à sa charge. Par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A de la conception D B et à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe 12 septembre 2023

Le magistrat désigné,

signé

T. E

Le greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200673

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