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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200788

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200788

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200788
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantGAUTIER DOMINIQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 10 janvier 2023, la société ENEDIS, représentée par Me Gautier, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Les Constructions Chaudronnées et Métalliques de Gisors (CCMG) à lui verser la somme de 4 376,29 euros, augmentée des intérêts au taux légal et de la capitalisation de droit à compter du 12 août 2020 au titre des dommages causés à son réseau ;

2°) de mettre à la charge de la société CCMG une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société ENEDIS soutient que :

- la société CCMG a réalisé des travaux de terrassement au niveau de la route départementale n°12, à Etrepagny (27) ;

- des dommages ont été causés à un câble haute tension de son réseau au cours de l'exécution desdits travaux ;

- la responsabilité sans faute de la société CCMG est engagée au titre de ces dommages de travaux publics, vis-à-vis desquels elle avait la qualité de tiers ;

- en outre, les précautions nécessaires n'ont pas été prises par la société CCMG, qui ne s'est, notamment, pas assurée de la localisation du réseau ;

- elle justifie d'un préjudice s'élevant à la somme de 4 376,29 euros, correspondant au coût de la remise en état du réseau endommagé ;

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2022 et des mémoires complémentaires enregistrés respectivement le 12 décembre 2022 et le 18 janvier 2023, la société Les Constructions Chaudronnées et Métalliques de Gisors, représentée par Me De Bézenac, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société ENEDIS une somme de 1 500 euros au titre des frais de l'instance ;

2°) à titre subsidiaire, de limiter sa condamnation à la somme de 1 750,80 euros et à ce que la société requérante soit déboutée de ses demandes formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société CCMG soutient que :

- les travaux réalisés n'avaient pas le caractère de travaux publics ;

- la société ENEDIS n'a pas remis de plan permettant de s'assurer que le réseau était précisément localisé ;

- les prétentions indemnitaires de la société ENEDIS sont excessives et doivent être ramenées à de plus justes proportions.

Par un courrier en date du 28 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions indemnitaires formées par la société ENEDIS, les travaux en litige n'ayant pas le caractère de travaux publics.

Des réponses au moyen d'ordre public ont été enregistrées le 3 janvier 2024, pour la société ENEDIS, et le 4 janvier 2024, pour la société CCMG.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique ;

- les observations de Me Gautier, représentant la SA Enedis ;

- les observations de Me Muta, pour la société CCMG.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 décembre 2019, une pelle mécanique de la société Les Constructions Chaudronnées et Métalliques de Gisors (CCMG), qui exécutait des travaux sur une tuyauterie enterrée à proximité de la route départementale n°12 à Etrepagny (Eure), a endommagé un câble du réseau haute tension exploité par la société ENEDIS. Un constat contradictoire de dommage a été dressé, le jour même. La société ENEDIS a été contrainte de faire réparer en urgence l'installation endommagée afin de garantir la continuité du service public dont elle a la charge. Après plusieurs mises en demeure infructueuses adressées à la société CCMG, la société ENEDIS demande, à titre principal, au tribunal, de condamner cette société à lui verser une somme de 4 376,29 euros correspondant aux frais exposés pour la réparation du réseau.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. D'une part, en l'absence d'une disposition législative spéciale, il n'appartient pas à la juridiction administrative de statuer sur la responsabilité qu'une personne privée peut encourir à l'égard d'une autre personne privée, fût-elle concessionnaire d'une personne publique.

3. D'autre part, même lorsqu'ils sont réalisés par des personnes privées, les travaux immobiliers exécutés dans un but d'intérêt général et pour le compte d'une personne publique ont le caractère de travaux publics. Les litiges consécutifs à l'exécution de ces travaux et à la réparation des dommages dont ils ont pu être la cause relèvent de la compétence du juge administratif.

4. Au cas d'espèce, la société ENEDIS soutient que les dommages en litige sont imputables à une opération de travaux publics, dès lors, en particulier, que celle-ci a été réalisée " au niveau de la départementale 12, sur la commune d'Etrepagny " et que le représentant de la société CCMG aurait reconnu, dans le constat contradictoire de dommage, la " nature publique " de ces travaux. Toutefois, outre que cette dernière indication ne figure nullement au constat contradictoire, qui se borne à indiquer que les travaux ont été réalisés sous accotements de la RD12, il ressort des pièces versées aux débats, en particulier de la demande de régularisation adressée, le 18 décembre 2019, par la société CCMG, à la société Saint-Louis Sucre, personne privée, que les travaux en cause ont consisté en la réfection en urgence d'une tuyauterie enterrée, exploitée dans le cadre de l'activité de transformation des betteraves sucrières. De tels travaux, exécutés pour le compte d'une personne privée et dépourvus de tout but d'intérêt général, ne revêtent pas le caractère de travaux publics, alors même qu'ils ont eu lieu en partie sur le domaine public.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société ENEDIS tendant à la condamnation de la société CCMG à lui verser la somme de 4 376,29 euros en indemnisation des dommages causés à son réseau, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société CCMG, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la société ENEDIS demande au titre des frais liés au litige. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société ENEDIS la somme demandée par la société CCMG au titre de ces mêmes frais.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions aux fins d'indemnisation de la requête de la société ENEDIS sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions formées par la société ENEDIS et par la société CCMG au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société ENEDIS et à la société Les Constructions Chaudronnées et Métalliques de Gisors.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Bouvet, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVET

La présidente,

signé

A. GAILLARD

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

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