jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200976 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | DA & MC SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 mars 2022, et un mémoire, enregistré le 6 mai 2024, Mme B G, veuve H, agissant en son nom propre, en sa qualité d'ayant droit de Christophe H et en qualité de représentant légal de A. C et D H, représentée par Me Martin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le groupe hospitalier du Havre (GHH) à lui verser, en qualité d'ayant droit, la somme de 21 000 euros en réparation des préjudices subis par Christophe H, entrés dans le patrimoine successoral, résultant de sa prise en charge dans cet établissement de santé ;
2°) de condamner le GHH à lui verser, en son nom propre, la somme de 843 188,96 euros en réparation des préjudices résultant du décès de son époux ;
3°) de condamner le GHH à lui verser, en qualité de représentant légal de M. C H, la somme de 113 979 euros en réparation des préjudices résultant du décès du père de ce dernier ;
4°) de condamner le GHH à lui verser, en qualité de représentant légal de M. D H, la somme de 106 901,25 euros en réparation des préjudices résultant du décès du père de ce dernier ;
5°) de mettre à la charge du GHH les dépens ainsi que la somme de 8 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme H soutient que :
- Christophe H a souffert d'une dissection de l'aorte non correctement diagnostiquée par l'équipe médicale du service des urgences du GHH ;
- le délai entre l'admission aux urgences et la réalisation des premiers examens cliniques a été anormalement long ;
- alors que Christophe H présentait une douleur thoracique sévère, l'établissement du diagnostic n'a pas été conforme aux règles de l'art médical ;
- il en est résulté un retard de diagnostic, préjudiciable à l'évolution de la pathologie ;
- la prise en charge médicale a été peu diligente ;
- ces manquements sont de nature à engager la responsabilité de l'établissement ;
- les manquements sont à l'origine d'une perte de chances d'éviter le décès de 75% ;
- le GHH doit être condamné à réparer les conséquences dommageables de ces fautes à concurrence de ce taux ;
- l'évaluation des préjudices de la victime directe s'établit ainsi :
* 8 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 10 000 euros au titre du préjudice de " perte de chance de survie " ;
* 10 000 euros au titre du préjudice d'angoisse mort imminente ;
- l'évaluation de ses préjudices propres s'établit ainsi :
* 95 601 euros au titre du préjudice économique subi jusqu'en 2023 ;
* 988 283 euros au titre de la perte de revenus du conjoint survivant viagère ;
* 5 130,95 euros au titre des frais d'obsèques ;
* 227 euros au titre des frais de transport ;
* 30 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
* 5 000 euros au titre du préjudice d'accompagnement ;
* l'évaluation des préjudices du jeune C s'établit ainsi :
* 20 485 euros au titre du préjudice économique subi jusqu'en 2023 ;
* 70 994 euros au titre du préjudice économique futur ;
* 30 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
* l'évaluation des préjudices du jeune D s'établit ainsi :
* 20 485 euros au titre du préjudice économique subi jusqu'en 2023 ;
* 92 050 euros au titre du préjudice économique futur ;
* 30 000 euros au titre du préjudice d'affection.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, le GHH, représenté par la SCP Emo Avocats, conclut à ce que le tribunal ramène les prétentions indemnitaires de la requérante à de plus justes proportions.
Le GHH soutient que :
- le délai de prise en charge ne présente pas, par lui-même, un caractère fautif ;
- l'établissement du diagnostic était particulièrement malaisé ;
- le retard de diagnostic, quoiqu'établi, ne présente donc pas de caractère fautif ;
- les prescriptions de l'équipe médicale n'étaient pas inadaptées ;
- le taux de perte de chances ne saurait, dès lors, excéder 10 % ;
- la perte de chance d'éviter le décès ne constitue pas un préjudice autonome et ne saurait donc donner lieu à indemnisation ;
- le préjudice d'angoisse de mort imminente n'est pas établi, dans son principe ;
- les prétentions formulées au titre des préjudices extrapatrimoniaux sont excessives ;
- les préjudices économiques ne sont pas démontrés.
La requête a été communiquée à la Caisse primaire d'assurance-maladie de Rouen Elbeuf Dieppe Seine-Maritime qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- l'ordonnance de référé n° 2200975 du 2 septembre 2022 condamnant, notamment, le GHH à verser aux ayants droit de Christophe H une provision de 350 euros, à Mme H en son nom propre une provision de 3 152 euros, à Mme H en qualité de représentant légal de son fils C une provision de 2 500 euros et à Mme H en qualité de représentant légal de son fils D une provision de 2 500 euros ;
- l'ordonnance n° 2000228 en date du 21 décembre 2021 du président du tribunal administratif de Rouen portant taxation et liquidation des frais d'expertise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public,
- les observations de Me Martin, pour Mme H,
- et les observations de Me Noblet pour le GHH.
Connaissance prise de la note en délibéré présentée pour Mme H, enregistrée au greffe du tribunal, le 27 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 décembre 2018, à 17 h 45, Christophe H, alors âgé de 43 ans, a été admis au service des urgences du GHH où il avait été amené par les sapeurs-pompiers, après avoir ressenti une vive douleur thoracique irradiante, assortie de troubles de la vision. Des examens biologiques ont été prescrits par l'équipe médicale, à 18 h 45, et réalisés à compter de 22h 50. Durant la nuit, le patient a été examiné par un interne et a subi un électrocardiogramme (ECG) dont les conclusions, rapprochées des résultats des examens biologiques révélant une élévation anormale du taux de troponine, ont amené l'équipe médicale à poser un diagnostic de syndrome coronarien aigu et à le transférer vers une salle de traitement des urgences vitales. Christophe H s'est vu administrer, à 2h 50, un traitement antiagrégant et anticoagulant. A 3 h 34, il a été transféré en unité de soins intensifs coronariens. Un nouvel enregistrement ECG a été réalisé, de même qu'un second examen clinique, aboutissant à une indication de coronarographie, prévue le 17 décembre 2018, au matin. Le 16 décembre 2018, dans la matinée, après qu'une asymétrie tensionnelle entre les deux bras a été relevée, le cardiologue de garde a posé le diagnostic de dissection aortique de type A avec extension à la carotide droite, diagnostic confirmé par un angioscanner aortique. Un transfert en urgence au centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen a alors été décidé pour une prise en charge chirurgicale. Durant le transport, assuré par le SMUR, l'état de Christophe H est demeuré stable. Le 17 décembre 2018, à 3 h 11, le patient a bénéficié, au CHU de Rouen, d'une chirurgie aortique avec pose de stents actifs. Devant l'apparition, en post-opératoire immédiat, d'une hypotension brutale avec hypokinésie franche, une coronographie a été effectuée, qui a mis en évidence une hypotesténose significative du tronc commun, associée à une dissection, ainsi qu'une occlusion de l'ostium de l'artère interventriculaire antérieure proximale, nécessitant la réalisation, avec succès, de deux nouvelles angioplasties avec stents actifs. A l'arrivée en réanimation, le patient était en état de choc et l'état hémodynamique, précaire. Une reprise chirurgicale pour drainage de tamponnade a été entreprise, à 11 h 51. Quelques heures après cette intervention, l'apparition d'une mydriase aréactive à droite a conduit l'équipe médicale à réaliser un angioscanner cérébral qui a mis en évidence un grave accident vasculaire cérébral ischémique sylvien total droit, ainsi qu'une importante sténose de l'artère carotide droite. Devant ce tableau clinique, et compte tenu de signes de souffrance majeure du tronc cérébral, l'hypothèse d'une craniectomie décompressive a été écartée par les neurologues et neurochirurgiens consultés. Un arrêt des thérapeutiques actives a été décidé, conduisant au décès, le 18 décembre 2018, à 19 h 30.
2. Saisi par Mme H, le juge des référés a, par une ordonnance du 11 juin 2020, désigné le Dr F E, spécialiste en médecine d'urgence, aux fins de se prononcer sur la prise en charge de Christophe H. L'expert a déposé son rapport le 6 décembre 2021. Par un courrier en date du 4 juillet 2022, Mme H a adressé une demande indemnitaire préalable au GHH qui l'a implicitement rejetée. Par une ordonnance du 2 septembre 2022, le juge des référés a accordé une provision d'un montant total de 8502 euros à valoir sur l'indemnisation des préjudices subis par la victime directe et les victimes indirectes. Dans la présente instance, Mme H, en qualité d'ayant droit de son époux décédé, en son nom propre et en qualité de représentant légal de ses deux enfants mineurs, recherche la responsabilité du GHH à raison de la prise en charge de Christophe H au sein de cet établissement.
Sur la responsabilité :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () "
4. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
5. Il résulte de l'instruction, en particulier des conclusions du rapport d'expertise du Dr E, qu'admis à 17 h 56 au service des urgences du GHH sur une symptomatologie d'intense douleur thoracique transfixiante avec troubles de la vision, Christophe H n'a bénéficié d'un examen clinique réalisé par un médecin qu'à 1 h 40, soit sept heures après son admission, délai que l'expert qualifie d'anormal au regard des bonnes pratiques médicales. S'il est constant que le dossier de Christophe H comportant, notamment, des résultats d'ECG, a été consulté par trois médecins et que des prescriptions d'examens biologiques ont été adressées par ces praticiens aux équipes médicales durant cet intervalle, le GHH n'apporte pas la preuve qui lui incombe que l'un des médecins, occupant les fonctions de médecin d'accueil et d'orientation (MAO), a procédé à un examen clinique du patient dès lors qu'aucun élément en ce sens ne ressort du dossier médical de la victime, ni des éléments postérieurs versés à l'instruction. En outre, le GHH ne saurait valablement se prévaloir, de façon générale, sans apporter aucun élément précis au soutien de cette affirmation, qu'un examen clinique effectué plus tôt n'aurait, en tout état de cause, pas permis de poser un diagnostic de dissection aortique alors qu'un tel examen aurait raisonnablement concouru à l'élaboration d'un diagnostic plus précis, quelle que soit la pathologie en cause. Enfin, il ne ressort d'aucun élément versé aux débats et il n'est d'ailleurs pas soutenu, que le service des urgences du GHH aurait fait face, lors de la prise en charge de Christophe H, à un afflux inhabituel de patients de nature à en dégrader les conditions de fonctionnement. Au regard de l'ensemble de ces éléments, il doit être tenu pour établi que la prise en charge de Christophe H au sein du service des urgences du GHH a été marquée par un délai de réalisation d'un examen clinique anormalement long, ayant obéré ses chances de parvenir plus précocement à l'établissement du diagnostic de dissection aortique. Ce délai anormal présente un caractère fautif de nature à engager la responsabilité de l'établissement de santé.
6. Les conclusions du Dr E font état de ce que la symptomatologie présentée par le patient, à son admission au service des urgences, commandait d'orienter prioritairement la démarche étiologique vers les trois formes de diagnostic les plus sévères, à savoir, le syndrome coronarien aigu (SCA), l'embolie pulmonaire et, enfin, la dissection aortique. Les investigations consignées dans le dossier médical ne permettent pas de démontrer qu'un raisonnement diagnostique intégrant ces trois hypothèses a effectivement été suivi par l'équipe médicale, alors même que certains signes cliniques, tels que l'élévation du taux de troponine, quoique prioritairement évocateurs d'un SCA, ne permettaient pas d'exclure une dissection aortique. En outre, l'abstention initiale, puis le retard, à faire réaliser une échographie transthoracique, examen pourtant décrit comme " rapide " et " de pratique courante " par l'expert, a compromis l'orientation plus précoce du diagnostic vers une dissection aortique. L'ensemble de ces circonstances traduit des insuffisances dans la conduite des investigations étiologiques. Il en est résulté un retard de diagnostic de l'affection dont souffrait Christophe H, lui-même à l'origine d'une prescription d'anticoagulants-antiagrégants réalisée sur la seule base des résultats biologiques, " absolument contre-indiquée ", selon l'expert, dans le cas d'un tel tableau clinique, en ce qu'elle majore le risque hémorragique et, subséquemment, dégrade le pronostic naturellement péjoratif d'une dissection aortique. Dans ces conditions, même si le diagnostic de dissection aortique s'avère difficile, les insuffisances dans la conduite des investigations étiologiques imputables à l'équipe médicale du GHH présentent un caractère fautif de nature à engager la responsabilité de l'établissement.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne la perte de chances :
7. L'ensemble des circonstances exposées aux points 5 et 6 révèle une prise en charge médicale peu diligente, non conforme aux bonnes pratiques médicales, à l'origine d'un retard de diagnostic préjudiciable à l'évolution d'une pathologie qui, compte tenu de sa sévérité, requiert pourtant une prise en charge particulièrement attentive et consciencieuse. Le Dr E souligne ainsi, d'une part, " qu'une prise en charge normalement attentive et diligente () aurait permis de poser le diagnostic correct au plus tard, quatre heures après l'admission du patient " et, d'autre part, qu'en cas de nécessité d'une prise en charge chirurgicale de dissection aortique, le pronostic de survie est grevé de 1 % toutes les heures dans les premières 48 heures. Il est constant, à cet égard, que le diagnostic de dissection aortique n'a été posé qu'à compter du 16 décembre 2018 à 11 h, soit plus de dix-sept heures après l'admission de Christophe H au service des urgences, de sorte qu'un retard de treize heures peut être imputé au GHH. Si la requérante soutient que ce retard de diagnostic, ainsi que le caractère inadapté de la prise en charge qui en a découlé, tout au moins, jusqu'au 16 décembre 2018 à 11 heures, sont à l'origine d'une perte de chances de 75 % d'éviter le décès, un tel taux ne peut être retenu eu égard à la particulière gravité de la dissection aortique présentée par Christophe H qui était " de pronostic plus sévère que la moyenne " selon l'expert. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard, notamment, à l'abstention initiale, puis au retard, de réalisation d'une échographie transthoracique, ainsi qu'au retard de treize heures à mettre en évidence la dissection de l'aorte ayant causé la mort de Christophe H, l'ampleur de la perte de chances d'échapper au décès doit être évaluée à 20 %, comme l'a estimé l'expert à l'issue d'une analyse argumentée des dires des parties. Il y a lieu, dès lors, de condamner le GHH à la réparation de cette fraction des dommages subis.
En ce qui concerne les préjudices de Christophe H :
S'agissant des souffrances endurées :
8. Le rapport d'expertise estime à 3 sur une échelle de 1 à 7 les souffrances endurées par Christophe H. Par suite, il y a lieu d'évaluer ce préjudice à la somme de 4 000 euros, soit 800 euros, après application du taux de perte de chances de 20 %, sous déduction de la provision d'un montant de 350 euros accordée en référé.
S'agissant des autres préjudices :
9. Mme H sollicite l'indemnisation de la perte de chance de survie de son époux du fait des manquements commis durant sa prise en charge au sein du GHH. Toutefois, la perte de chances d'avoir survécu ne constitue pas, en elle-même, un préjudice indemnisable autonome et correspond uniquement à la part indemnisable de l'ensemble des préjudices justifiés du défunt. Par ailleurs, si l'instruction permet de retenir que Christophe H, une fois le diagnostic de dissection aortique posé, a eu conscience de l'extrême gravité de son état et de la réduction de ses chances d'échapper à la mort, il ne saurait être déduit de cette circonstance une conscience de l'imminence de celle-ci, alors que la décision prise le 16 décembre 2018, de le transférer en urgence au sein du service de chirurgie cardiaque du CHU de Rouen révèle, par elle-même, que des thérapeutiques demeuraient réalisables, qu'elles ont d'ailleurs été mises en œuvre, et que son état n'était pas qualifié de dépassé. Dans ces conditions, le préjudice d'angoisse de mort imminente ne peut davantage donner lieu à indemnisation.
En ce qui concerne les préjudices de Mme H :
S'agissant de la perte de revenus du foyer :
10. Si le principe d'un préjudice économique de l'épouse survivante peut être admis dans la mesure où Christophe H contribuait, par ses revenus de salaires, aux ressources du foyer, la requérante, clairement invitée par le GHH en défense à justifier de la perception d'un capital décès et de tout autre montant d'allocation de nature indemnitaire, n'a, en réplique, produit aucune justification. Au demeurant, le juge des référés, pour refuser d'allouer une provision à ce titre, avait déjà relevé cette absence de justification, laquelle peut être apportée par toute attestation émanant d'un organisme payeur. Dans ces conditions, qui conduisent à estimer qu'un supplément d'instruction sur ce point ne présenterait pas d'utilité, il n'est pas établi, compte tenu du montant du préjudice en question après application du taux de 20 % de perte de chances, que l'indemnité n'a pas déjà fait l'objet d'une réparation par le versement de diverses prestations sociales et indemnitaires. Dans ces conditions, l'existence même du préjudice indemnisable ne peut être regardée comme établie.
S'agissant des frais funéraires :
11. Mme H justifie avoir exposé une somme totale de 5 130,95 euros au titre des frais funéraires. Il ne résulte pas de l'instruction, et n'est pas non plus soutenu par le GHH, que les frais funéraires ainsi exposés seraient excessifs ou présenteraient un caractère somptuaire. Par suite, l'indemnisation de ce préjudice doit être fixée à la somme de 1 026,19 euros après application du taux de perte de chances, sous déduction de la provision d'un montant de 513 euros accordée par l'ordonnance susvisée du juge des référés au titre de ce poste de préjudice.
S'agissant des frais divers :
12. Mme H sollicite l'indemnisation de frais de déplacement s'élevant à la somme totale de 227 euros correspondant à des trajets pour se rendre au GHH et au CHU de Rouen. Toutefois, ces déplacements auraient été rendus nécessaires par l'état de santé de Christophe H, même en l'absence de faute. Par suite, ce préjudice, dépourvu de lien avec les manquements imputables au GHH, ne peut donner lieu à indemnisation.
S'agissant du préjudice d'accompagnement :
13. Mme H sollicite l'indemnisation d'un préjudice d'accompagnement s'élevant à la somme de 5 000 euros, avant application du taux de perte de chances. Il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, que Christophe H est décédé brutalement, quatre jours après son admission au sein du service des urgences du GHH et que, d'autre part, même en l'absence de faute, la gravité de son état de santé imposait la mise en œuvre de thérapeutiques lourdes nécessitant un accompagnement de son épouse. Ainsi, les manquements fautifs imputables à l'établissement n'ont pas entraîné, par eux-mêmes, de changements dans les conditions d'existence de Mme H, antérieurement au décès de son époux. La requérante n'a dès lors pas subi de préjudice d'accompagnement.
S'agissant du préjudice d'affection :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme H, résultant du décès de son époux, en l'évaluant à la somme de 25 000 euros, soit 5 000 euros après application du taux de perte de chances, sous déduction de la provision d'un montant de 2 500 euros accordée par l'ordonnance susvisée du juge des référés au titre de ce poste de préjudice.
En ce qui concerne les préjudices des enfants :
15. En premier lieu, pour les motifs énoncés au point 10, faute de justification du versement d'un capital décès ou de toute autre prestation indemnitaire, et non forfaitaire, attribuée aux orphelins en vertu d'un texte ou d'un contrat, le préjudice économique des enfants mineurs du patient décédé n'est pas justifié.
16. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par C et D H, en le fixant, pour chacun d'entre eux, à la somme de 25 000 euros, soit 5 000 euros après application du taux de perte de chance, sous déduction de la provision d'un montant de 2 500 euros chacun qui leur a été accordée par l'ordonnance de référé.
17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme H est fondée à demander la condamnation du GHH à lui verser, en qualité d'ayant droit de Christophe H, la somme de 800 euros sous déduction de la provision de 350 euros accordée par l'ordonnance de référé n° 2200975 du 2 septembre 2022, en son nom propre, la somme de 6 026,19 euros, sous déduction de la provision de 3 152 euros, en qualité de représentant légal de C H, la somme de 5 000 euros sous déduction de la provision de 2 500 euros et, en qualité de représentant légal D H, la somme de 5 000 euros, sous déduction de la provision de 2 500 euros.
Sur les dépens :
18. Les frais de l'expertise du Dr E, liquidés et taxés à la somme de 1 395 euros par l'ordonnance susvisée du 21 décembre 2021 seront mis à la charge du GHH, partie perdante, dans la présente instance, sous déduction de la provision d'un montant de 139 euros accordée par le juge des référés.
Sur l'opposabilité du jugement aux tiers-payeurs :
19. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels, d'autre part, le jugement pourrait préjudicier dans les conditions ouvrant droit de former tierce opposition à ce jugement. Le tribunal administratif est compétent pour connaître du litige opposant Mme H au GHH et le présent jugement pourrait préjudicier aux droits de la CPAM de Rouen Elbeuf Dieppe Seine-Maritime dans des conditions lui ouvrant droit à former tierce opposition. Par suite, il y a lieu de lui déclarer d'office le jugement commun.
Sur les frais liés à l'instance :
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHH la somme de 1 500 euros à Mme H au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le GHH est condamné à verser à Mme H, en qualité d'ayant droit de Christophe H, la somme de 800 euros, sous déduction de la provision de 350 euros accordée par l'ordonnance de référé n° 2200975 du 2 septembre 2022.
Article 2 : Le GHH est condamné à verser la somme de 6 026,19 euros à Mme H, en son nom propre, sous déduction de la provision de 3 152 euros accordées par l'ordonnance de référé n° 2200975 du 2 septembre 2022.
Article 3 : Le GHH est condamné à verser la somme de 5 000 euros à Mme H, en qualité de représentant légal de M. C H, sous déduction de la provision de 2 500 euros accordée par l'ordonnance de référé n° 2200975 du 2 septembre 2022.
Article 4 : Le GHH est condamné à verser la somme de 5 000 euros à Mme H, en qualité de représentant légal de M. D H, sous déduction de la provision de 2 500 euros accordée par l'ordonnance de référé n° 2200975 du 2 septembre 2022.
Article 5 : Les dépens, liquidés et taxés à la somme de 1 395 euros par l'ordonnance n° 2000228 du 21 décembre 2021, sont mis à la charge du GHH, sous déduction de la provision de 139 euros accordée par l'ordonnance de référé n° 2200975 du 2 septembre 2022.
Article 6 : Le GHH versera la somme de 1 500 euros à Mme B H en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de Rouen-Elbeuf-Dieppe-Seine-Maritime.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G, veuve H, à la caisse primaire d'assurance maladie de Rouen Elbeuf Dieppe Seine-Maritime et au groupe hospitalier du Havre.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
C. BOUVET
Le président,
signé
P. MINNE
Le greffier,
signé
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
S. Combes
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026