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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201206

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201206

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201206
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 3P
Avocat requérantMALET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022, M. D B, représenté par Me Malet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime lui a notifié un indu de revenu de solidarité active (RSA), laissant à sa charge la somme de 10 412,04 euros pour les mois de janvier 2020 à septembre 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 14 janvier 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté son recours exercé à l'encontre de la décision du 13 octobre 2021 de la CAF de la Seine-Maritime ;

3°) de lui accorder la remise gracieuse de sa dette de RSA ;

4°) de mettre à la charge du département la somme de 1 500 euros au titre du 2e alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser directement à son conseil.

Il soutient que :

* son recours est recevable ;

* la décision du 14 janvier 2022 :

- a été adoptée par une autorité incompétente ;

- a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière car la commission de recours amiable (CRA) n'a pas été saisie ;

- procède d'une erreur d'appréciation car il a été bloqué en Angleterre du fait du confinement décidé dans le cadre de la crise sanitaire liée au Covid-19 ;

- repose sur des faits inexacts car il est revenu à plusieurs reprises en France entre janvier 2020 et octobre 2021 ;

- il n'a jamais eu d'intention frauduleuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

* la décision du 21 septembre 2022 admettant M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

* la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

* la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

* les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de l'action sociale et des familles ;

* la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

* le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. E,

* et les observations de Me Malet, représentant M. B.

À l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B bénéficiait d'un droit au RSA depuis sa demande du 16 octobre 2018. Suite au constat d'incohérences relevées dans le cadre d'un contrôle de sa situation personnelle, celui-ci s'est, le 13 octobre 2021, notamment vu réclamer la somme de 10 412,04 euros au titre d'un indu de RSA socle INK-001 pour la période du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2021. M. B a contesté cette décision par courrier du 27 octobre 2021. Son recours a été rejeté par le président du conseil départemental de la Seine-Maritime le 14 janvier 2022 qui, par le même courrier, refusait de lui accorder une remise de sa dette de RSA. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions et la remise gracieuse de sa dette.

Sur les conclusions à fin de contestation de l'indu de RSA :

2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () ".

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de

RSA, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.

4. En premier lieu, la décision du 14 janvier 2022 s'est substituée à celle du 13 octobre 2021, de sorte que les moyens dirigés contre cette dernière doivent être regardés comme portés à l'encontre de la décision prise à la suite du recours administratif préalable obligatoire.

5. En second lieu, Mme C A, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du président du département de la Seine-Maritime en date du 5 juillet 2021, régulièrement publiée, à l'effet notamment de signer la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait

6. En troisième lieu, il résulte de la convention de gestion du RSA conclue entre le département de la Seine-Maritime et la CAF de la Seine-Maritime le 27 décembre 2017, notamment de son article 3, qu'elle prévoit l'exclusion de l'intervention de la CRA pour l'ensemble des recours administratifs dirigés contre une décision relative au RSA. Par suite, il résulte de cette convention que la contestation de M. B n'avait pas à être soumise à l'avis de la CRA.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () " Aux termes de l'article R. 262-5 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. " Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article L. 262-46 dudit code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () ".

8. D'une part, il ressort du rapport des services de la CAF du 11 octobre 2021 dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire et qui n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté, que M. B était absent du territoire français entre janvier et août 2020 puis à compter de la fin du mois d'octobre 2020. Si l'intéressé soutient cependant être revenu à plusieurs reprises en France - de façon par ailleurs contradictoire avec ses déclarations par lesquelles il indique avoir été empêché de retourner en France en raison des mesures de confinement liées à la crise sanitaire causée par la Covid-19 -, il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'il aurait résidé en France un mois civil complet au cours de la période en litige. Par suite, il ne remplissait pas les conditions d'octroi du RSA. D'autre part, il est constant que l'intéressé n'a pas fait connaître au service compétent ses séjours hors de France. C'est donc sans erreur de droit ni d'appréciation que la CAF de la Seine-Maritime a réclamé à M. B un indu de RSA pour la période du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin de remise gracieuse :

9. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général (), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de RSA, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

11. Par ailleurs, il appartient au défendeur, si nécessaire à l'invitation du tribunal, de communiquer à celui-ci l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et le juge ne peut régulièrement rejeter les conclusions dont il est saisi, pour un motif sur lequel son contenu peut avoir une incidence, s'il ne dispose pas des éléments pertinents de ce dossier, sauf à avoir invité le requérant à produire les pièces précises, également en sa possession, qui sont nécessaires à l'examen de ses droits. Enfin, la procédure contradictoire peut être poursuivie au cours de l'audience sur les éléments de fait qui conditionnent l'attribution de la prestation ou de l'allocation ou la reconnaissance du droit, objet de la requête, et le juge peut décider de différer la clôture de l'instruction à une date postérieure à l'audience pour permettre aux parties de verser des pièces complémentaires. En revanche, aucune disposition, pas plus que le droit à un procès équitable, garanti notamment par l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne font obligation au juge, lorsque le défendeur a communiqué au tribunal l'ensemble des éléments pertinents du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et que ces éléments ont été soumis au débat contradictoire, de diligenter une mesure supplémentaire d'instruction ou d'inviter le demandeur à produire les pièces qui seraient nécessaires pour établir le bien-fondé d'allégations insuffisamment étayées.

12. Il résulte de l'instruction qu'à la suite d'un contrôle de la CAF ayant révélé que M. B n'avait pas déclaré sa résidence régulière hors de France, il a été réclamé à l'intéressé un indu de RSA d'un montant de 10 412,04 euros.

13. Si M. B soutient qu'il n'a nullement eu l'intention de frauder et que son séjour hors de France a été contraint par les mesures prises par le gouvernement français en raison de l'épidémie de Covid-19, il ne justifie pas avoir été empêché de produire l'information relative à son séjour en Angleterre aux services de la CAF. En tout état de cause, à supposer que la bonne foi de l'intéressé puisse être retenue, ce dernier ne fait pas même état d'une situation de précarité qui le placerait dans l'incapacité de rembourser l'intégralité de l'indu mis à sa charge. Il n'y a donc pas lieu de lui accorder une remise de gracieuse de sa dette de RSA.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et à fin de remise gracieuse doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que celles présentées au titre des frais d'instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Malet et au président du conseil départemental de la Seine-Maritime.

Copie pour information en sera adressée à la caisse d'allocation familiales de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe 12 mai 2023

Le magistrat désigné,

signé

T. E

Le greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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