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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201486

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201486

mardi 20 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201486
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantCABESTAN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la demande de la SAS Ayonis, qui sollicitait le remboursement d'un crédit d'impôt recherche (CIR) de 74 436 euros au titre de l'année 2019 pour son programme "Scanner 3D : Galaxy DS331". La société, spécialisée en métrologie de haute précision, soutenait que ses travaux étaient éligibles au CIR sur le fondement de l'article 244 quater B du code général des impôts. Le tribunal a jugé que les dépenses présentées ne remplissaient pas les conditions requises pour être qualifiées d'opérations de recherche ou de développement expérimental, ni pour relever du régime des dépenses d'innovation réservé aux PME. En conséquence, la requête a été rejetée dans son intégralité, y compris les demandes subsidiaires d'expertise et de sursis à statuer.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Ayonis, représentée initialement par la SELARL Horrie et Associés puis par Cabestan Avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer le remboursement du crédit d'impôt recherche (CIR) sollicité au titre de l'année 2019 pour un montant de 74 436 euros ;

2°) de faire procéder à une expertise judiciaire ou, subsidiairement, de surseoir à statuer dans l'attente de la mise en recouvrement des CIR sollicités au titre des années 2016 à 2018 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 15 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS Ayonis soutient que ses travaux sont éligibles au CIR au titre de l'année 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Normandie conclut au rejet de la requête.

Le directeur soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ameline, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Ayonis est une entreprise spécialisée dans le domaine de la métrologie sans contact de haute précision, à destination de divers secteurs industriels tels que l'automobile, l'aéronautique, l'horlogerie ou la pharmacie. Elle mène depuis 2016 un programme de recherche intitulé " Scanner 3D : Galaxy DS331 ". Le 30 mars 2020, elle a sollicité auprès du service des impôts des entreprises de Louviers, la restitution anticipée d'une créance de CIR d'un montant de 74 436 euros se décomposant en 40 639 euros au titre des dépenses de recherche et développement (RetD) et 33 797 euros au titre des dépenses d'innovation sur le fondement de l'article 244 quater B du code général des impôts. Cette demande a été rejetée le 14 février 2022. Par la présente requête, la SAS Ayonis demande au tribunal le remboursement du CIR dont elle s'estime titulaire au titre de l'année 2019.

2. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont () k) Jusqu'au 31 décembre 2022, les dépenses exposées par les entreprises qui satisfont à la définition des micro, petites et moyennes entreprises donnée à l'annexe I au règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité et définies comme suit : 1° Les dotations aux amortissements des immobilisations créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou installations pilotes de nouveaux produits autres que les prototypes et installations pilotes mentionnés au a ; 2° Les dépenses de personnel directement et exclusivement affecté à la réalisation des opérations mentionnées au 1° ; 3° Les autres dépenses de fonctionnement exposées à raison des opérations mentionnées au 1° ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au 1° et de 43 % des dépenses de personnel mentionnées au 2° ; 4° Les dotations aux amortissements, les frais de prise et de maintenance de brevets et de certificats d'obtention végétale ainsi que les frais de dépôt de dessins et modèles relatifs aux opérations mentionnées au 1° ; 5° Les frais de défense de brevets, de certificats d'obtention végétale, de dessins et modèles relatifs aux opérations mentionnées au 1° ; 6° Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations mentionnées au 1° confiées à des entreprises ou des bureaux d'études et d'ingénierie agréés selon des modalités prévues par décret. Les dépenses mentionnées aux 1° à 6° entrent dans la base de calcul du crédit d'impôt recherche dans la limite globale de 400 000 euros par an. Pour l'application du présent k, est considéré comme nouveau produit un bien corporel ou incorporel qui satisfait aux deux conditions cumulatives suivantes : - il n'est pas encore mis à disposition sur le marché ; - il se distingue des produits existants ou précédents par des performances supérieures sur le plan technique, de l'écoconception, de l'ergonomie ou de ses fonctionnalités. Le prototype ou l'installation pilote d'un nouveau produit est un bien qui n'est pas destiné à être mis sur le marché mais à être utilisé comme modèle pour la réalisation d'un nouveau produit. () " L'article 49 septies F du code général des impôts prévoit que sont considérées comme des opérations de recherche scientifique et technique, pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B, celles des opérations de développement expérimental qui sont effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services, ou en vue de leur amélioration substantielle. En outre, en vertu du même article, par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté.

3. Il appartient au juge de l'impôt de constater, au vu de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, qu'une entreprise remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 244 quater B du code général des impôts. S'il se prononce au vu des éléments avancés par l'une et l'autre partie, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.

4. Il résulte de l'instruction que la demande de restitution de la SAS Ayonis repose sur un projet de scanner 3D qui vise le développement d'un système métrologique sans contact 2D et 3D de grande précision, dans un temps de mesure réduit. Ce projet prévoit d'utiliser la technologie dite du " confocal chromatique ", permettant la détection simultanée des deux faces d'une pièce à inspecter avec une résolution d'un micromètre.

5. Selon le rapport d'expertise de la direction générale de la recherche et de l'innovation du 10 janvier 2022, les travaux menés par la SAS Ayonis ne sont pas éligibles au crédit d'impôt recherche. Ce rapport souligne notamment qu'aucun indicateur n'a pu être identifié en l'état du dossier et qu'il ne ressort pas de contributions scientifiques au sens du développement RetD. Il précise que la résolution des problèmes listés dans le paragraphe " objet de l'opération " du dossier technique ne semble pas avoir apporté de nouveautés particulières, transposables au sens de la RetD. Plus particulièrement, il met l'accent sur la circonstance que l'état de l'art ne permet pas de supporter activement la proposition des verrous exposés par la société requérante dès lors qu'il n'y figure qu'un état de la concurrence. Le rapport ajoute que la démarche scientifique proposée nécessite une clarification avec des éléments synthétiques mettant en avant la méthodologie RetD mise en œuvre et que le travail présenté se limite à la résolution de problèmes expérimentaux, quoique de très haute technicité. Le rapport indique également, s'agissant du personnel, qu'un niveau de détail plus important sur leur expertise à mener et soutenir un projet RetD est nécessaire. La société requérante qui se borne à renvoyer à un rapport d'expertise du 8 juillet 2021 qu'elle a fait réaliser, concernant ses demandes de CIR pour les années 2016 à 2018, n'apporte pas la démonstration, qu'elle est seule en mesure de produire, que son projet " Scanner 3D " aurait permis de créer de nouvelles connaissances, un modèle probatoire ou un recueil d'informations permettant une amélioration substantielle des travaux et ne répond pas aux critiques du rapport d'expertise du 10 janvier 2022 sur lequel s'est fondée l'administration.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit utile d'ordonner une mesure d'expertise ou de surseoir à statuer, que la SAS Ayonis n'est pas fondée à demander le remboursement du CIR sollicité au titre de ses dépenses pour l'année 2019. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Ayonis est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Ayonis et au directeur régional des finances publiques de la région Normandie.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2025 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mai 2025.

La rapporteure,

signé

C. AMELINELe président,

signé

P. MINNELe greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au directeur régional des finances publiques de Normandie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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