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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201512

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201512

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201512
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBOURDON VINCENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril 2022 et 1er mars 2024, la société ACM IARD, représentée par la SELARL Juriadis, demande au tribunal :

1) de condamner le groupe hospitalier du Havre à lui verser la somme de 36 317,25 euros ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 17 décembre 2021 et la capitalisation annuelle de ces intérêts, en réparation des sommes versées à l'un de ses assurés victime de fautes commises par l'établissement dans sa prise en charge médicale ;

2) de condamner l'établissement aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 7 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle agit sur le fondement subrogatoire prévu par le code des assurances ;

- le groupe hospitalier du Havre a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité ;

- elle justifie des préjudices indemnisés au profit de la victime.

Par des mémoires enregistrés les 28 mai 2022, 16 juin 2022 et 18 août 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure, représentée par Me Bourdon, demande au tribunal de condamner le groupe hospitalier du Havre à lui verser la somme de 296 459,35 euros au titre des débours exposés au profit de son assuré, à titre subsidiaire 80 % de cette somme à raison de la perte de chance de se soustraire aux dommages subis, outre intérêts et capitalisation de droit à compter du jugement à intervenir, à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion au taux maximum, à la condamnation de l'établissement aux dépens et à ce que la somme de 1 200 euros soit mise à sa charge sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle justifie de ses débours et du lien entre ces débours et la faute commise par le groupe hospitalier du Havre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, le groupe hospitalier du Havre représenté par la SCP Emo Avocats demande au tribunal de ramener les prétentions adverses à de plus justes proportions.

Il fait valoir que la caisse primaire d'assurance maladie justifie insuffisamment de ses débours.

La requête a été communiquée à M. B A qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des assurances ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale, notamment son article L. 376-1 ;

- le code monétaire et financier ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public ;

- les observations de Me Vincent, avocat de la société ACM IARD ;

- les observations de Me Bourdon, avocat de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure ;

- et les observations de Me Noblet, avocat du groupe hospitalier du Havre.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que le 4 juin 2014, M. A a été victime d'un accident de la circulation routière alors qu'il circulait sur sa motocyclette. Il a été transporté au groupe hospitalier du Havre où il est resté hospitalisé plusieurs jours. Compte-tenu de multiples difficultés consécutives et notamment des douleurs et des raideurs, la victime a été à nouveau hospitalisée du 30 novembre 2014 au 5 décembre 2014 au sein d'un hôpital situé à Berck sur Mer (Pas-de-Calais), et a suivi ensuite une période de rééducation, ainsi qu'une antibiothérapie pour traiter une infection. En raison des douleurs persistantes et des limitations fonctionnelles ressenties, M. A a saisi son assureur qui a sollicité l'organisation d'une expertise judiciaire, à laquelle il a été fait droit par une ordonnance du juge des référés du tribunal du 7 février 2017. Sur la base des conclusions du rapport du Dr C, désigné par le juge des référés, la société ACM IARD, subrogée dans les droits de son assuré compte-tenu de l'indemnisation de celui-ci, demande à titre principal au tribunal de condamner le groupe hospitalier du Havre à l'indemniser des sommes versées à la victime directe.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe et l'étendue de la responsabilité :

2. Aux termes des dispositions du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, " les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que la première opération d'ostéosynthèse a été réalisée sans réduction préalable ou simultanée de la fracture, ce que l'expert estime être un manquement aux règles de l'art. Il est en outre relevé par l'expert qu'en post opératoire, l'absence de suivi et d'investigations suffisantes n'a pas permis de diagnostiquer la luxation postérieure persistante, alors que les examens radiologiques de contrôle effectués les 5 et 30 juin 2014, qui étaient " très difficilement " interprétables, selon l'expert, auraient dû conduire l'équipe médicale a diligenter des examens complémentaires. Ces manquements dans la prise en charge médicale de M. A, qui ne sont pas contestés dans leur principe par le groupe hospitalier du Havre, sont constitutifs de fautes de nature à engager sa responsabilité.

4. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu ; la réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

5. Il résulte du rapport d'expertise que dans le cas de fracture-dislocation comme celle subie par la victime, 80 % des patients doivent avoir un résultat satisfaisant et/ou acceptable. Par suite, il y a lieu pour le tribunal de s'approprier les conclusions expertales sur ce point et de retenir que les fautes commises par le groupe hospitalier du Havre n'ont été à l'origine que d'une perte de chance pour la victime de se soustraire à la survenance du dommage, à hauteur de 80 %.

En ce qui concerne les préjudices :

Quant aux préjudices dont la réparation est demandée par la requérante :

6. Saisi d'un recours subrogatoire exercé par l'assureur subrogé dans les droits de son assuré contre le tiers débiteur, il revient au juge, si les conditions d'engagement de la responsabilité du tiers débiteur sont remplies, de déterminer le droit à réparation de l'assuré, avant de déterminer les droits de l'assureur subrogé, qui ne peuvent excéder le montant de l'indemnité d'assurance qu'il a versée à son assuré.

7. L'expert a proposé de fixer la date de consolidation de l'état de santé de la victime au 6 décembre 2017 ; en l'absence de contestations des parties, il y a lieu de retenir cette date, qui résulte suffisamment de l'instruction.

8. En premier lieu, la société requérante demande au tribunal de condamner le défendeur à l'indemniser, aux titres des frais divers, de la somme de 233 euros qui correspondraient à des frais de télévision lors de l'hospitalisation de son assuré à l'institut Calot situé à Berck-sur-Mer. Cette hospitalisation étant exclusivement en lien avec la faute du groupe hospitalier du Havre, il y a lieu de condamner celui-ci à rembourser à la requérante l'intégralité de cette somme.

9. En deuxième lieu, au titre des frais d'assistance à expertise, la société ACM IARD demande au tribunal de condamner l'établissement défendeur à lui verser la somme de 4 000 euros correspondant aux honoraires d'avocat exposés durant les opérations expertales ; toutefois en l'absence de tout justificatif et de tout commencement de preuve de l'existence de ce préjudice, celui-ci ne peut être tenu pour établi et sa demande présentée à ce titre doit être rejetée.

10. En troisième lieu, l'expert a retenu au titre des frais de véhicule adapté la nécessité de conduire un véhicule muni d'une boite de vitesse automatique ; il résulte de l'instruction que le cout d'aménagement du véhicule ou le surcout lié à l'achat d'un véhicule muni d'une boite automatique a été indemnisé par la requérante à son assuré sur la base de 1 600 euros et d'un renouvellement septennal, le tout étant capitalisé, pour un total de 7 586,25 euros. Tant la réalité du préjudice que son chiffrage résultent suffisamment de l'instruction et il y a lieu de les retenir. Compte-tenu du taux de perte de chance retenu au point 5 du présent jugement, le groupe hospitalier du Havre sera condamné à verser à la société ACM IARD la somme de 6 069 euros.

11. En quatrième lieu, au titre du déficit fonctionnel temporaire, l'expert a retenu comme strictement imputables à la complication, à l'exclusion de la pathologie traumatique initiale, trois périodes de déficit fonctionnel temporaire total correspondant aux périodes d'hospitalisation, pour un total de 132 jours, et quatre périodes de DFT de classe 2 (25 %), pour un total de 1 051 jours. Sur la base d'une indemnisation journalière de 20 euros, le préjudice total de la victime peut être évalué à la somme de 7 895 euros. Compte-tenu du taux de perte de chance retenu au point 5 du présent jugement, la part imputable au groupe hospitalier du Havre doit être fixée à 6 316 euros, qui sera condamné à la verser à la société ACM IARD.

12. En cinquième lieu, les souffrances endurées imputables aux complications ont été cotées à 3,5/7 par l'expert ; il en sera fait une juste appréciation en évaluant celui-ci à la somme de 5 000 euros. Compte-tenu du taux de perte de chance retenu au point 5 du présent jugement, le groupe hospitalier du Havre sera condamné à verser à la requérante la somme de 4 000 euros à ce titre.

13. En sixième lieu, le préjudice esthétique imputable aux complications a été coté à 1,5/7 par l'expert ; il en sera fait une juste appréciation en évaluant celui-ci à la somme de 1 200 euros. Compte-tenu du taux de perte de chance retenu au point 5 du présent jugement, le groupe hospitalier du Havre sera condamné à verser à la requérante la somme de 960 euros à ce titre.

14. En septième lieu, si l'expert a retenu l'existence d'un préjudice d'agrément matérialisé par un " retentissement sur les activités de loisir et la conduite ", ni l'étendue ni même la réalité de ce préjudice ne sont justifiés par aucune pièce du dossier, les activités de loisir préalablement exercées par la victime dont elle aurait été privée en raison des conséquences des fautes retenues à l'encontre du groupe hospitalier du Havre n'étant même pas exposées. Par suite, faute de justification de l'existence même du préjudice, la demande présentée par la requérante à ce titre ne peut qu'être rejetée.

15. Il résulte de ce qui précède que la société ACM IARD est fondée à demander au tribunal de condamner le groupe hospitalier du Havre à lui verser la somme de 17 578 euros en réparation des droits de la victime dans lesquels elle a été subrogée.

Quant aux droits de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure :

16. Il résulte des travaux préparatoires de la loi du 21 décembre 2006 que le législateur a entendu que la priorité accordée à la victime sur la caisse pour obtenir le versement à son profit des indemnités mises à la charge du tiers responsable, dans la limite de la part du dommage qui n'a pas été réparée par des prestations, s'applique, notamment, lorsque le tiers n'est déclaré responsable que d'une partie des conséquences dommageables de l'accident. Dans ce cas, l'indemnité mise à la charge du tiers, qui correspond à une partie des conséquences dommageables de l'accident, doit être allouée à la victime tant que le total des prestations dont elle a bénéficié et de la somme qui lui est accordée par le juge ne répare pas l'intégralité du préjudice qu'elle a subi. Quand cette réparation est effectuée, le solde de l'indemnité doit, le cas échéant, être alloué à la caisse.

17. Toutefois, le respect de cette règle s'apprécie poste de préjudice par poste de préjudice, puisqu'en vertu du troisième alinéa le recours des caisses s'exerce dans ce cadre.

18. Afin de respecter l'ensemble des exigences résultant de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, il appartient au juge, pour chacun des postes de préjudice de procéder de la manière suivante.

19. Il y a lieu tout d'abord d'évaluer le montant du préjudice total en tenant compte de l'ensemble des dommages qui s'y rattachent. A ce titre, l'ensemble des dépenses directement liées à l'atteinte corporelle résultant de l'accident doivent être comptabilisées, qu'elles aient été prises en charge par un organisme de sécurité sociale ou soient demeurées à la charge de la victime. Les pertes doivent être évaluées à leur montant réel, avant toute compensation par des prestations. La circonstance que la victime ne demande réparation que des pertes de revenus restées à sa charge ne dispense pas le juge, dès lors que la caisse demande le remboursement des prestations compensatoires, de tenir compte des pertes réelles de revenus pour fixer le montant de ce poste de préjudice.

20. Le juge fixe ensuite, par poste de préjudice, la part demeurée à la charge de la victime, compte tenu des prestations dont elle a bénéficié et qui peuvent être regardées comme prenant en charge un préjudice. Il incombe à cet égard aux caisses de sécurité sociale de préciser dans leurs écritures l'objet et le montant de chaque prestation dont elles demandent le remboursement.

21. Il convient alors de déterminer le montant de l'indemnité mise à la charge du tiers responsable au titre du poste de préjudice, ce montant correspondant à celui du poste si la responsabilité du tiers est entière et à une partie seulement en cas de partage de responsabilité.

22. Le juge accorde enfin à la victime, dans le cadre de chaque poste de préjudice et dans la limite de l'indemnité mise à la charge du tiers, une somme correspondant à la part des dommages qui n'a pas été réparée par des prestations de sécurité sociale, le solde de l'indemnité mise à la charge du tiers étant, le cas échéant, accordé à la caisse.

23. Dans l'hypothèse où la victime, régulièrement appelée dans l'instance, n'a pas sollicité l'indemnisation d'un poste de préjudice au titre duquel la caisse demande le remboursement par le tiers responsable des prestations le réparant de manière incontestable, la caisse ne tient pas des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale une priorité qui lui permettrait à son tour, en faisant état du préjudice total subi par la victime, d'obtenir le remboursement de l'intégralité des prestations qu'elle a versées. Elle peut en revanche demander au juge, indépendamment de la priorité accordée à la victime, le remboursement de ses débours dans la limite de la part des conséquences dommageables de l'accident dont le tiers est directement responsable.

24. En l'espèce ni la victime directe, régulièrement appelée à l'instance, ni la société ACM IARD, assureur subrogé, n'ont demandé la réparation de préjudices qui entrent en concurrence avec ceux réclamés par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure. Par suite, dans la limite de la part de la responsabilité qui lui incombe, le groupe hospitalier du Havre sera tenu de rembourser à la caisse les débours exposés par elle en lien direct avec le manquement fautif retenu ci-dessus.

25. En premier lieu, la caisse primaire d'assurance maladie intervenante justifie suffisamment, par l'attestation d'imputabilité et l'argumentaire médico-légal versés au dossier, avoir exposé des dépenses de santé actuelles, composés de frais hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport en lien direct avec la faute retenue au point 3 du présent jugement, pour un montant de 17 291,44 euros. Compte-tenu du taux de perte de chance, le groupe hospitalier du Havre versera à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure, à ce titre, la somme de 13 833,15 euros.

26. En second, lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure sollicite également le remboursement des indemnités journalières¸ pour un montant cumulé de 69 757 euros ainsi que de la moitié d'une rente d'accident du travail servie à la victime, pour un montant estimé imputable de 206 460 euros, arrérages échus et à venir inclus, soit un total de 279 217 euros.

27. Eu égard à sa finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail, qui lui est assignée par l'article L. 431-1 du code de la sécurité sociale, et à son mode de calcul, appliquant au salaire de référence de la victime le taux d'incapacité permanente défini par l'article L. 434-2, la rente d'accident du travail doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de gains professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité. Dès lors, le recours exercé par la caisse au titre d'une rente d'accident du travail ne saurait s'exercer que sur ces deux postes de préjudice. En particulier, une telle rente ne saurait être imputée sur un poste de préjudice personnel.

28. Pour se conformer aux règles rappelées ci-dessus, il appartient au tribunal de déterminer, en premier lieu, si l'incapacité permanente conservée par M. A en raison des fautes commises par le groupe hospitalier du Havre entraînait des pertes de revenus professionnels et une incidence professionnelle et, dans l'affirmative, d'évaluer ces postes de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils donnaient lieu au versement d'une pension d'invalidité. Pour déterminer ensuite dans quelle mesure ces préjudices étaient réparés par la pension, il y avait lieu de regarder cette prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime ne subissait pas de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes était inférieur au capital représentatif de la pension.

29. Afin de déterminer le préjudice subi par la victime, dont il ne peut être présumé l'existence ni la coïncidence avec le montant des débours exposés par la caisse primaire d'assurance maladie intervenante, il y a lieu de retenir les éléments épars figurant au dossier, tout complément d'instruction à l'égard de M. A paraissant, en l'état de l'instruction, inutile. La caisse primaire d'assurance maladie justifie avoir versé 69 757,31 euros d'indemnités journalières à la victime. Ces indemnités étant en principe égales à une fraction du salaire perçu avant l'arrêt de travail que l'article R. 323-5 du code de la sécurité sociale fixe, en principe, à la moitié du revenu d'activité antérieur, le préjudice de pertes de revenus de M. A peut être évalué à la somme de 140 000 euros sur la période.

30. En outre, compte-tenu des éléments figurant au rapport d'expertise, notamment le taux d'AIPP et la nécessité d'un changement de poste par son employeur, il résulte suffisamment de l'instruction que M. A a subi une incidence professionnelle qui peut être évaluée à la somme de 10 000 euros. Son préjudice total s'élève ainsi à la somme de 150 000 euros.

31. M. A ayant perçu ou ayant vocation à percevoir de la part de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure la somme de 279 217 euros, il ne subit aucun reste à charge.

32. L'indemnité devant être mise à la charge du groupe hospitalier du Havre s'élève à la fraction de 80 % (taux de perte de chance) du préjudice total, soit 80 % de 150 000 euros soit 120 000 euros. M. A n'ayant, ainsi qu'il a été indiqué, aucun préjudice demeuré à sa charge, l'intégralité de la somme restante, soit 120 000 euros, sera allouée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure.

33. Il résulte de ce qui précède que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure est fondée à demander la condamnation du groupe hospitalier du Havre à lui verser la somme totale de 133 833,15 euros en remboursement de ses débours.

Sur les conclusions accessoires :

34. En premier lieu, la société ACM IARD a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 17 578 euros à compter du 17 décembre 2021, date de réception de sa demande. En outre, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 11 avril 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 17 décembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

35. En deuxième lieu, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application des dispositions de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification. Par suite, les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées portent intérêts à compter de la date du jugement sont dépourvues de tout objet et doivent être rejetées, de même que les conclusions aux fins de capitalisation.

36. En troisième lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure a droit en application du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale à l'indemnité forfaitaire de gestion, dont le montant maximal a été fixé à 1 191 euros par l'arrêté visé ci-dessus.

37. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

38. Le groupe hospitalier du Havre étant la partie perdante dans la présence instance il y a lieu de mettre à sa charge les dépens, constitués par les seuls frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 500 euros par une ordonnance du président du tribunal administratif du 27 février 2018.

39. Enfin il y a lieu de mettre à la charge du groupe hospitalier du Havre sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, d'une part, le versement à la société ACM IARD de la somme de 1 500 euros et, d'autre part, le versement de la somme de 1 000 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure.

D E C I D E :

Article 1er : Le groupe hospitalier du Havre est condamné à verser à la société ACM IARD la somme de 17 578 euros avec intérêts au taux légal à compter du 17 décembre 2021. Les intérêts échus à la date du 17 décembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le groupe hospitalier du Havre est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure la somme de 133 833,15 euros ainsi que la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 3 : Le groupe hospitalier du Havre versera au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative une somme de 1 500 euros à la société ACM IARD ainsi qu'une somme de 1 000 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure.

Article 4 : Les frais de l'expertise sont mis à la charge du groupe hospitalier du Havre.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête et des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société ACM IARD, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure, à M. B A et au groupe hospitalier du Havre.

Copie en sera adressée au Dr C, expert.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

Robin Mulot

La présidente,

signé

Anne Gaillard

Le greffier,

signé

Henry Tostivint

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°220151

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