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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201555

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201555

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201555
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantNORMANDIE JURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 14 avril 2022 et les 12 et 23 juillet 2024, la SAS DBS, devenue SAS Group-Solutions, représentée par la SELARL Advocare, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'homologuer le protocole d'accord transactionnel survenu entre les parties portant sur une somme forfaitaire globale d'un montant de 7 200 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la commune d'Hermeville à lui verser une somme de 10 470,59 euros TTC au titre de la résiliation du contrat de maintenance du matériel référencé Canon 3525 et une somme de 994,70 euros au titre des intérêts contractuels de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Hermeville une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les conclusions à fin d'homologation du protocole d'accord transactionnel sont recevables ; le tribunal peut y faire droit pour la somme forfaitaire globale de 7 200 euros ;

- à titre subsidiaire, elle a droit à une indemnité, d'un montant de 10 470,59 euros TTC, pour la résiliation du contrat de maintenance du matériel référencé Canon 3525, conclu avec la commune d'Hermeville le 22 février 2019, en vertu des stipulations de l'article 8.2 des conditions générales de ce contrat, ainsi que, en vertu des stipulations de l'article 6.10 de ces dernières, aux intérêts dus pour retard de paiement, pour une somme de 994,70 euros.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 10 mai et 16 juillet 2024, la commune d'Hermeville, représentée par la SELARL Asfar - Pineau, conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal constate la résolution du protocole d'accord transactionnel du fait de son inexécution par la société Group-Solutions et rejette la requête de celle-ci, ou à défaut, réduise les montants qu'elle sollicite à la somme d'1 euro symbolique, et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la société Group-Solutions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal et n'ayant pas tacitement renoncé à opposer toute fin de non-recevoir en raison de la conclusion du protocole d'accord transactionnel, la requête de la société Group-Solutions est tardive ;

- à titre subsidiaire, les factures qui lui ont été adressées témoignent d'une inexécution du protocole, dont le tribunal pourra constater la résolution ;

- à défaut, elle s'est bornée à prononcer la résiliation du contrat en cause de manière anticipée avec effet à son terme ;

- la facturation effectuée par la société Group-Solutions méconnaît les stipulations de l'article 6.4 des conditions générales du contrat ;

- la société Group-Solutions n'établit pas qu'elle a manqué à ses obligations contractuelles ;

- les prétentions de la société Group-Solutions doivent être ramenées à la somme d'1 euro symbolique, dès lors que les stipulations de l'article 8.2 des conditions générales de ce contrat constituent une clause pénale ;

- en l'absence de condamnation prononcée par le tribunal, aucun intérêt de retard n'est dû.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la commande publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,

- et les observations de Me Asfar, représentant la commune d'Hermeville.

La société Group-Solutions n'était pas présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Hermeville a souscrit auprès de la société CM-CIC Leasing Solutions, devenue CCLS Leasing Solutions, un contrat de location portant sur un copieur multifonctions référencé Canon 3525, fourni par la SAS DBS, devenue Group-Solutions, pour une durée de vingt trimestres. Elle a également souscrit auprès de cette dernière société un contrat de maintenance pour ce matériel. Par un courrier du 9 septembre 2021, reçu le 16 septembre, la commune d'Hermeville a informé la société Group-Solutions de la résiliation de ce dernier contrat. Celle-ci a adressé à la commune une facture, datée du 21 septembre 2021, d'un montant de 10 470,59 euros TTC au titre notamment de l'indemnité de résiliation anticipée. Le 3 décembre 2021, la société Group-Solutions a adressé à la commune, par exploit d'huissier, une sommation de payer ladite facture. Par un courrier du 14 février 2022, ladite société a adressé à la commune une réclamation indemnitaire préalable tendant aux mêmes fins, rejetée par courrier du 28 mars 2022. La société Group-Solutions demande en conséquence au tribunal de condamner cette dernière à lui verser une somme de 10 470,59 euros TTC, assortie d'intérêts contractuels de retard à hauteur de 994,70 euros. Postérieurement à l'introduction de la requête, les parties ont conclu un protocole d'accord transactionnel dont la société Group-Solutions demande l'homologation. Par suite de la réception de deux factures émises le 28 mai 2024 par cette société portant à nouveau sur le paiement d'une indemnité de résiliation, la commune d'Hermeville sollicite toutefois la résolution, pour inexécution, de ce contrat.

Sur le protocole d'accord transactionnel :

En ce qui concerne les conclusions tendant à la résolution de la transaction :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Ainsi que le prévoit l'article 2044 du code civil et sous réserve qu'elle porte sur un objet licite et contienne des concessions réciproques et équilibrées, il peut être recouru à une transaction pour terminer une contestation née ou prévenir une contestation à naître avec l'administration. La transaction est formalisée par un contrat écrit ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 2044 du code civil, auquel renvoie les dispositions précitées : " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître. () ". Aux termes de l'article 2052 du même code : " La transaction fait obstacle à l'introduction ou à la poursuite entre les parties d'une action en justice ayant le même objet ".

4. Une transaction est, en principe, un contrat de nature civile et son homologation comme les litiges nés de son exécution relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire, hormis le cas où elle a pour objet le règlement ou la prévention de différends pour le jugement desquels la juridiction administrative est principalement compétente.

5. Enfin, aux termes de l'article 1224 du code civil : " La résolution résulte soit de l'application d'une clause résolutoire soit, en cas d'inexécution suffisamment grave, d'une notification du créancier au débiteur ou d'une décision de justice ". Aux termes de l'article 1227 dudit code : " La résolution peut, en toute hypothèse, être demandée en justice ". Aux termes de l'article 1228 du même code : " Le juge peut, selon les circonstances, constater ou prononcer la résolution ou ordonner l'exécution du contrat, en accordant éventuellement un délai au débiteur, ou allouer seulement des dommages et intérêts ".

6. Sans qu'y fasse obstacle l'autorité de chose jugée qui s'attache à un tel contrat, il appartient au juge du contrat, le cas échéant saisi à l'occasion d'une demande d'homologation, de prononcer, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, la résolution d'un contrat de transaction en cas d'inexécution par l'une des parties, pour peu que cette inexécution présente un caractère suffisant de gravité.

7. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la société Group-Solutions et la commune d'Hermeville ont conclu un protocole transactionnel pour mettre fin au litige concernant l'exécution du contrat de maintenance du matériel référencé Canon 3525. Ayant toutefois reçu deux factures, datées du 28 mai 2024, adressées à elle par la société requérante, postérieurement à la conclusion du contrat de transaction, l'une d'un montant de 2 550,38 euros TTC portant en particulier sur une indemnité de résiliation du contrat de maintenance précité, la commune d'Hermeville sollicite du tribunal la résolution, pour inexécution, du contrat de transaction. Toutefois, si l'établissement de ces factures, par la société requérante, témoigne de l'inexécution de ce contrat, celle-ci ne présente pas une gravité suffisante justifiant que soit prononcée sa résolution. Les conclusions en ce sens présentées par la commune d'Hermeville doivent par suite être rejetées.

En ce qui concerne la demande d'homologation de la transaction :

8. Selon l'article 2044 du code civil, la transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née ou préviennent une contestation à naître. En vertu de l'article 2052 du même code, un tel contrat a entre les parties l'autorité de la chose jugée en dernier ressort. Il est exécutoire de plein droit, sans qu'y fassent obstacle, notamment, les règles de la comptabilité publique. Toutefois, les parties à une instance en cours devant la juridiction administrative peuvent demander à celle-ci d'homologuer une transaction par laquelle elles mettent fin à la contestation initialement portée devant elle. Il appartient alors au juge administratif, qui se prononce en tant que juge de l'homologation, de vérifier que les parties consentent effectivement à la transaction, que l'objet de celle-ci est licite, qu'elle ne constitue pas de la part de la collectivité publique une libéralité et qu'elle ne méconnaît pas d'autres règles d'ordre public. En cas d'homologation de la transaction, le juge administratif doit constater le non-lieu à statuer sur la requête ou, dans le cas où la partie requérante aurait subordonné son désistement à l'homologation de la transaction, donner acte de ce désistement. En revanche, le refus d'homologation entraînant la nullité de la transaction, il appartient dans cette hypothèse au juge de statuer sur la requête.

9. Il résulte de l'instruction que, si par courrier du 9 septembre 2021, la commune d'Hermeville a demandé à la société Group-Solutions de " prendre en compte la résiliation conservatoire du contrat de location et de maintenance ", ce courrier n'avait pour objet que d'exprimer l'intention de la commune de mettre fin audit contrat à son terme et ne saurait ainsi être regardé comme révélant sa décision d'en prononcer la résiliation. Dans ces conditions, la société requérante ne disposant d'aucun titre à se prévaloir, à l'encontre de la commune, d'un droit à indemnité pour résiliation, la transaction conclue entre les parties constitue de la part de la commune une libéralité faisant obstacle à son homologation. Les conclusions en ce sens présentées par la société requérante ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

10. Eu égard au refus d'homologation prononcé au point précédent, il appartient au tribunal de statuer sur la requête de la société Group-Solutions. A cet égard et ainsi qu'il a été dit au même point, la société requérante ne dispose toutefois d'aucune créance sur la commune d'Hermeville et n'établit pas, ni même n'allègue, avoir prononcé la résiliation du contrat en litige. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune, les conclusions à fin d'indemnisation de la société requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Hermeville, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Group-Solutions demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Hermeville et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Group-Solutions est rejetée.

Article 2 : La société Group-Solutions versera à la commune d'Hermeville une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune d'Hermeville est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Group-Solutions et à la commune d'Hermeville.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. Armand, premier conseiller,

M. Cotraud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé : J. Cotraud

La présidente,

Signé : C. Van MuylderLa greffière,

Signé : A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Hussein

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