mardi 12 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201706 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DELPEYROUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 22 avril 2022 et le 2 mai 2023, Mme A B, représentée par la SELARL Delpeyroux et Associés, demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration n'était pas fondée, au titre de l'année 2017, à lui adresser une demande de justifications sur le fondement de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales et, tirant les conséquences d'un défaut de réponse, de procéder à la taxation d'office de la somme de 100 000 euros figurant au crédit du compte courant d'associé ouvert à son nom dans les comptes de l'EURL B dès lors que cette dernière somme ne représentait pas le double de ses revenus déclarés dans la mesure où il y avait lieu de tenir compte de la plus-value réalisée cette même année à l'occasion d'une cession de titres ;
- s'agissant du virement de la société C Associés identifié sur son compte bancaire, il s'agit soit d'un remboursement de frais, soit d'un salaire, soit de revenus de capitaux mobiliers dès lors que cette société est son employeur ;
- s'agissant du virement de M. D C, il s'agit d'un prêt familial consenti par le père de ses enfants et l'administration n'établit pas l'existence d'une relation d'affaires entre elle et M. C ;
- l'application de la majoration de 40 % prévue par le a. de l'article 1729 du code général des impôts en cas de manquement délibéré est insuffisamment motivée ;
- la discordance entre les sommes réintégrées dans son revenu imposable et celles qu'elle a déclarées n'a pas l'ampleur prétendue par l'administration ;
- elle n'est pas gérante de l'EURL B mais en est uniquement directrice artistique ;
- elle n'a jamais dissimulé l'existence de l'EURL B et le vérificateur ne pouvait en tout état de cause pas prendre en considération, pour justifier l'existence de manquements délibérés, l'absence de réponse à une demande de justifications ou son comportement au cours des opérations de contrôle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, la directrice de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 11 mai 2023 fixant la clôture de l'instruction au 12 juin 2023 à 12 h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,
- et les observations de Me Henry-Stasse, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les années 2017 et 2018, à l'occasion duquel le service vérificateur a, notamment, identifié des crédits injustifiés figurant sur un compte-courant d'associé ouvert à son nom dans les comptes de l'EURL B ainsi que sur l'un de ses comptes bancaires. Estimant que ces sommes étaient supérieures au double du revenu déclaré par l'intéressée, au titre tant de l'année 2017 que de l'année 2018, le service lui a demandé des justifications, par courriers du 20 octobre 2020, du 13 janvier 2021 et du 12 février 2021 en application des dispositions de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales. En l'absence de réponse de Mme B, en dernier lieu, à la demande du 12 février 2021 portant sur les crédits qui demeuraient injustifiés à ce stade de la procédure, l'administration les a taxés d'office en vertu des dispositions de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales. Par conséquent, par un courrier du 25 mai 2021, outre la remise en cause de la déductibilité de pensions alimentaires versées à des enfants majeurs, qui a quant à elle donné lieu à une rectification selon la procédure contradictoire, l'administration fiscale a imposé d'office ces crédits qualifiés de revenus d'origine indéterminée et assorti les redressements de la majoration de 40 % prévue par le a. de l'article 1729 du code général des impôts en cas de manquement délibéré. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2017 et 2018 en résultant, ainsi que les pénalités correspondantes, ont été mises en recouvrement le 31 octobre 2021. L'administration ayant rejeté sa réclamation préalable par un courrier du 24 mars 2022, Mme B demande la réduction de ces impositions supplémentaires, s'agissant des sommes imposées dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, ainsi que la décharge des pénalités correspondantes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
1. Aux termes de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16. " Aux termes de l'article L. 16 du même livre : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. Elle peut, en outre, lui demander des justifications au sujet de sa situation et de ses charges de famille, des charges retranchées du revenu net global ou ouvrant droit à une réduction d'impôt sur le revenu en application des articles 156 et 199 septies du code général des impôts, ainsi que des avoirs ou revenus d'avoirs à l'étranger. / () Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, notamment lorsque le total des montants crédités sur ses relevés de compte représente au moins le double de ses revenus déclarés () "
2. L'administration peut se fonder sur les revenus figurant sur la déclaration des revenus que doit déposer le contribuable en vertu des articles 170 et suivants du code général des impôts, y compris sur des revenus nets lorsque celle-ci ne comporte pas d'information sur les revenus bruts. Il résulte de l'instruction que Mme B a déclaré, au titre de l'année 2017, outre des revenus imposables dans les catégories des traitements et salaires, des bénéfices industriels et commerciaux et des revenus de capitaux mobiliers pour un montant de 26 352 euros, une plus-value de cession de valeurs mobilières pour un montant de 76 200 euros. Il incombait ainsi à l'administration, afin de déterminer la somme des revenus déclarés par Mme B au titre de l'année 2017, de tenir compte de l'ensemble de ces montants. Par conséquent, le total des revenus déclarés par l'intéressée au titre de l'année 2017 s'élevant à la somme de 102 552 euros, le montant des crédits identifiés par l'administration sur ses comptes bancaires et comptes courants, qui s'élevait à 129 004 euros, n'était pas de nature à justifier la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales. Par suite, l'administration n'était pas fondée à tirer les conséquences d'un défaut de réponse de Mme B à la demande de justifications qu'elle lui a adressée s'agissant de ces crédits, en procédant à la taxation d'office de la somme de 100 000 euros correspondant aux crédits portés au cours de l'année 2017 sur le compte courant d'associé ouvert à son nom dans les comptes de l'EURL B.
Sur le bien-fondé des impositions :
3. En premier lieu, l'administration a réintégré, dans le revenu imposable de Mme B de l'année 2018, la somme de 13 252 euros correspondant à un virement effectué sur son compte bancaire et émis par la société C Associés. La requérante se prévaut, sans au demeurant en justifier, de ce que cette société serait son employeur. En tout état de cause, en se bornant à émettre des suppositions sur l'origine de cette somme, la contribuable, régulièrement taxée d'office au titre de l'année en cause, n'apporte aucune justification quant à la contrepartie de cette somme. Par suite, c'est à bon droit que l'administration l'a ajoutée à son revenu imposable, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.
4. En second lieu, l'administration a réintégré, dans le revenu imposable de Mme B au titre de l'année 2018, la somme de 35 000 euros portée au crédit du compte courant d'associé ouvert à son nom dans les comptes de l'EURL B et provenant de M. D C. La requérante soutient qu'il s'agit d'une avance consentie dans le cadre familial par M. C, père de ses enfants, devant dès lors être présumé avoir la nature de prêt. Le service fait toutefois valoir que la relation d'affaires entre Mme B et M. C, fait échapper l'opération du champ de la présomption de prêt familial. L'administration se prévaut en particulier de la circonstance, non utilement contestée par la requérante qui se borne à affirmer que la preuve de l'existence d'une relation d'affaires n'est pas rapportée, que les fonds transférés ont permis d'acquérir un bien immobilier dont Mme B a ensuite facturé la location meublée à l'une des sociétés de M. C. Cette seule circonstance est de nature à établir l'existence d'une relation d'affaires et, par conséquent, à exclure la présomption attachée aux prêts consentis dans un cadre familial. Dès lors que Mme B n'apporte, par ailleurs, aucun élément de nature à établir l'origine de cette somme, c'est à bon droit que l'administration l'a réintégrée dans son revenu imposable, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.
Sur les pénalités :
5. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () "
6. Si l'administration se prévaut du comportement de la requérante au cours des opérations de contrôle, cette circonstance n'est pas de nature à caractériser l'existence d'un manquement délibéré. L'administration fait en revanche valoir, en ce qui concerne l'année 2018 demeurant en litige, que les omissions déclaratives portent sur une somme supérieure au double du revenu déclaré par la contribuable et que celle-ci ne pouvait ignorer leur caractère imposable, s'agissant en particulier de la somme portée au crédit de son compte courant d'associé ouvert à son nom dans les comptes de l'EURL B, eu égard à sa qualité d'associée unique de cette entreprise et à son expérience en matière de détention de participations dans diverses sociétés. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré du manquement commis par la requérante. Si Mme B, qui ne conteste pas sérieusement l'ampleur de ses omissions déclaratives, soutient par ailleurs qu'elle n'était ni gérante ni directrice juridique de l'EURL B, cette circonstance est sans incidence sur la connaissance qu'elle peut être présumée avoir, en qualité d'associée unique, des sommes portées en comptabilité au crédit de l'unique compte courant d'associé ouvert à son nom dans les livres de l'entreprise. Par suite, l'administration était fondée à faire application, au titre de l'année 2018, de la majoration de 40 % prévue au a. de l'article 1729 du code général des impôts.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017, à raison de la réintégration dans son revenu imposable de la somme de 100 000 euros dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, ainsi que la décharge des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme B au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La base de l'impôt sur le revenu assignée à Mme B au titre de l'année 2017 est réduite d'une somme de 100 000 euros dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.
Article 2 : Mme B est déchargée de la différence entre les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017 et des pénalités et celles qui résultent de l'article 1er du présent jugement ainsi que des pénalités correspondantes.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la directrice de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 29 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2023.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne à la directrice de contrôle fiscal Nord en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026