mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201965 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | JUSTINIEN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 9 mai 2022 et le 23 décembre 2022, M. B C et Mme A C, représentés par la SCP Justinien et Associés, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ainsi qu'une somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. et Mme C soutiennent que :
- en raison de la difficulté à effectuer des transferts financiers vers le Liban, M. C a confié une carte bancaire à son père, qu'il est seul à utiliser, lui permettant d'effectuer des retraits en espèces ;
- ni lui ni son épouse n'étaient présents en Liban aux dates auxquelles les retraits ont été effectués ;
- la somme de 16 720 euros déduite au titre de l'année 2016 correspond à des travaux réalisés sur la toiture de l'habitation principale des parents de M. C, dont il a acquitté la facture ;
- ces travaux constituent de menus travaux de réparation entrant dans le cadre de l'obligation alimentaire incombant à M. C ;
- ils démontrent que l'immeuble ayant fait l'objet des travaux est bien l'habitation principale des parents de M. C ;
- s'agissant de la majoration pour manquement délibéré, c'est à tort que l'administration retient, pour justifier cette pénalité, que la cour administrative d'appel de Douai, dans son arrêt n° 09DA00590 du 4 novembre 2010 relatif à la déductibilité de pensions qu'ils ont versées aux parents de M. C en 2001, 2002 et 2003, aurait expressément affirmé que n'étaient pas déductibles les sommes retirées en espèces par le père de M. C, au Liban, avec la carte bancaire de ce dernier.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 octobre 2022 et le 31 janvier 2023, le directeur régional des finances publiques de Normandie conclut au rejet de la requête.
Le directeur soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 30 juin 2023 fixant la clôture de l'instruction au 17 juillet 2023 à 12h00 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C ont fait figurer, sur leurs déclarations de revenus souscrites au titre des années 2015 et 2016, des déductions de pensions alimentaires pour des montants, en 2015, de 11 464 euros versés à un enfant majeur et de 24 773 euros à d'autres bénéficiaires et, en 2016, de 11 476 euros versés à un enfant majeur et de 43 340 euros à d'autres bénéficiaires. Par un courrier du 27 février 2018, l'administration fiscale a demandé aux contribuables de justifier, s'agissant des autres pensions alimentaires, de l'état de besoin des créanciers et de la réalité des versements effectués. Estimant qu'une partie de ces pensions n'était pas justifiée, faute de preuve de la réalité du versement des sommes aux parents de M. C, l'administration, par une proposition de rectification du 17 décembre 2018, a partiellement remis en cause leur déductibilité et a notifié au foyer fiscal les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu correspondantes, assorties de la majoration de 40 % prévue par l'article 1729 du code général des impôts en cas de manquement délibéré. L'administration ayant, en dernier lieu le 7 mars 2022, rejeté leur réclamation, M. et Mme C demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des pénalités correspondantes.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. D'une part, aux termes de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : () II. Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : () pensions alimentaires répondant aux conditions fixées par les articles 205 à 211, 367 et 767 du code civil () " D'autre part, aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin. " Aux termes du premier alinéa de l'article 208 du même code : " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit. "
3. Il résulte de ces dispositions que, si les contribuables sont autorisés à déduire du montant total de leurs revenus, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu, les versements qu'ils font à leur ascendant en état de besoin, il leur incombe de justifier, de quelque manière que ce soit, de la matérialité des versements dont ils demandent la déduction de leur revenu.
4. En premier lieu, M. et Mme C ont indiqué à l'administration fiscale que des sommes de 7 230,67 euros en 2015 et de 6 939,96 euros en 2016, portées en déduction de leur revenu imposable au titre de pensions alimentaires versées à des ascendants, correspondent à des retraits effectués, au Liban, par le père de M. C, à l'aide d'une carte bancaire liée à un compte ouvert, en France, au nom de ce dernier. Il est constant que les requérants n'étaient pas présents en Liban aux moments où ces retraits ont été effectués. Ils allèguent de difficultés pour effectuer des virements bancaires entre la France et le Liban et se prévalent de la circonstance, s'agissant de l'année 2015, que la somme mise à disposition des parents de M. C se limiterait, en l'absence de ces retraits d'espèces, à 5 000 euros, soit une somme très inférieure au minimum vieillesse. Toutefois, ils n'apportent aucune justification des rejets bancaires qu'ils soutiennent avoir essuyés et cette affirmation se trouve en contradiction avec la circonstance qu'ils ont, l'un comme l'autre, effectué des virements et transferts internationaux à destination du Liban, pour des montants considérablement plus élevés que les sommes prétendument retirées en espèces, au cours des années en litige. Dans ces conditions, M. et Mme C n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, de la réalité des versements en litige dans la présente instance. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de ces sommes au titre des années 2015 et 2016.
5. En second lieu, M. et Mme C ont porté en déduction de leur revenu imposable, au titre d'une pension alimentaire versée au père de M. C en 2016, une somme de 16 720 euros qui correspondrait à la prise en charge de dépenses de travaux d'entretien du plafond de l'habitation principale des parents de M. C. Ils produisent à cet effet une facture établie le 3 août 2016 par l'entreprise Alhossam Construction, adressée au père de M. C, au 3, rue G K Gibran à Bazourié (Liban sud). Ils produisent également des photographies d'une habitation vide dont les plafonds sont en partie détruits, une attestation des parents de M. C quant à la réalisation et à la prise en charge du coût de ces travaux par leur fils et, afin de justifier de leur adresse, des factures d'électricité. Cependant, d'une part, la facture du 3 août 2016, dont il n'est au demeurant pas rapporté la preuve de son règlement par M. C, ne comporte aucune précision sur l'objet des travaux. D'autre part, en dépit de l'attestation des parents du contribuable, qui ne comporte au demeurant aucune indication de leur adresse, ni les photographies ni les factures d'électricité produites, lesquelles ne font figurer aucune adresse précise, ne permettent d'établir que les travaux en cause ont été réalisés au sein de l'habitation principale des créanciers d'aliments. Dans ces conditions, M. et Mme C n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, tant de la réalité de cette prestation en nature que de l'identité précise de son bénéficiaire. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause sa déductibilité au titre de l'année 2016.
Sur les pénalités :
6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a) 40 % en cas de manquement délibéré () "
7. L'administration fiscale fait valoir que M. et Mme C ont délibérément continué de déduire les sommes portées au débit du compte bancaire de M. C correspondant à des retraits d'espèce au Liban, alors même que le foyer fiscal avait déjà été informé de ce que des retraits de cette nature, faute de justificatifs suffisant, n'étaient pas déductibles au titre de pensions alimentaires. Si la non-déductibilité ne ressortait pas clairement de l'arrêt n° 09DA00590 de la Cour administrative d'appel de Douai du 4 novembre 2010, les contribuables en ont été informés par un courrier du pôle de contrôle et d'expertise de Vernon du 18 novembre 2011 qu'ils ne contestent pas sérieusement avoir reçus et qui indique sans ambiguïté l'absence de déductibilité de ces sommes. Par conséquent, en se prévalant de la réitération volontaire de ce manquement, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée des contribuables, s'agissant du redressement portant sur la remise en cause de la déductibilité de ces sommes, à hauteur, en base, de 7 230 euros en 2015 et 6 940 euros en 2016. S'agissant, en revanche, du redressement portant sur la remise en cause de la déductibilité des dépenses de travaux qui auraient été réglées par les contribuables pour le compte des parents de M. C, à hauteur de 16 720 euros en base, l'administration n'apporte aucun élément de nature à établir l'intention délibérée des contribuables d'éluder l'impôt. Par suite, M. et Mme C sont fondés à demander la réduction de la majoration pour manquement délibéré, à proportion de la part de cette majoration appliquée aux impositions supplémentaires résultant de ce second chef de redressement.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C sont seulement fondés à demander la réduction de la majoration de 40 % afférente à la fraction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise en recouvrement au titre de l'année 2016 résultant de la remise en cause de la déduction d'une somme de 16 720 euros.
Sur les frais liés au litige :
9. D'une part, la présente instance n'ayant engendré aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, la demande tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat est sans objet. D'autre part, la demande formée par M. et Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, non chiffrée, est irrecevable.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme C sont déchargés de la majoration de 40 % appliquée à la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu auxquels ils ont été assujettis, au titre de l'année 2016, dans la mesure où cette cotisation résulte de la remise en cause de la déduction de la somme de 16 720 euros.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et A C et au directeur régional des finances publiques de Normandie.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, de la relance et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026