mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202073 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | LOGOS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 16 mai et 21 décembre 2022 et le 12 juin 2023, la SAS Bonaud, représentée par la SCP Bali Courquin Jolly Picard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Mont-Saint-Aignan à lui verser une somme de 7 044,84 euros TTC, assortie des intérêts de droit ;
2°) de rejeter l'ensemble des demandes de la commune de Mont-Saint-Aignan ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Mont-Saint-Aignan une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la pénalité de 750 euros en raison du manquement aux obligations de nettoyage est infondée dès lors que cette prestation incombait à la société Léon Grosse ;
- la pénalité de 200 euros du fait du démontage non autorisé d'une partie de la clôture est irrégulière en l'absence de notification ou de mise en demeure en ce sens et de caractère probant des photographies produites ;
- la pénalité de 9 300 euros pour absences aux réunions de chantier est infondée dès lors que, en raison de leur nombre, de leur utilité douteuse et de l'allongement de la durée du chantier, elle ne pouvait y maintenir sa présence et qu'aucune pénalité en ce sens n'a été infligée en cours de chantier ;
- la pénalité de 8 750 euros au titre du retard dans la remise des documents de préparation et d'exécution ne pouvait lui être appliquée dès lors qu'elle avait remis lesdits documents dès le 22 mars 2013 ;
- la pénalité de 13 900 euros pour retard d'exécution est infondée dès lors que les délais d'exécution n'étaient pas contractuels faute de notification du calendrier d'exécution et de suivi dans l'avancement des tâches des différents corps d'état ;
- les pénalités appliquées ne pouvaient être grevées de la taxe sur la valeur ajoutée ;
- la somme de 3 750,39 euros pour exécution aux frais et risques ne pouvait être appliquée faute de mise en demeure et de respect des stipulations contractuelles ;
- le solde du marché s'élève à 7 044,84 euros TTC à son crédit, que la commune de Mont-Saint-Aignan doit être condamnée à lui verser.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 14 novembre 2022 et 27 juin 2024, la commune de Mont-Saint-Aignan, représentée par la SCP Emo Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter la requête de la société Bonaud ;
2°) à titre subsidiaire de condamner in solidum Mme D E, la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, M. A B et l'EURL Peytavin Yvan, en leur qualité de membre du groupement de maîtrise d'œuvre, ainsi que la société TPF Ingénierie à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la société Bonaud, ou à défaut, les appelés en garantie, une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle est fondée à avoir appliqué les pénalités litigieuses à la société Bonaud et à mettre à sa charge une somme pour exécution à ses frais et risques en l'absence d'achèvement des travaux prévus ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander à être garantie par Mme D E, mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre, et par la société TPF Ingénierie en raison des fautes dans l'exécution de leurs missions respectives ayant conduit à un allongement de la durée du chantier.
Par trois mémoires enregistrés les 14 avril et 20 juin 2023, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, assureur de la SAS ID+ Ingénierie, devenue SAS Pax Ingénierie, et de M. A B, représentée par la SELARL Gray et Scolan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre, en sa qualité d'assureur de la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, et de M. A B, comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
2°) à titre subsidiaire, de l'ensemble des demandes formées à son encontre ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner Mme D E, la Mutuelle des architectes, son assureur, la société TPF Ingénierie, la société Allianz IARD, son assureur, la société Axa France IARD SA, assureur de la société Grand Ouest Construction, la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, et la commune de Mont-Saint-Aignan à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
4°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la commune de Mont-Saint-Aignan ou tout succombant une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle n'est pas concernée par les demandes présentées par la société Bonaud à l'égard de la commune de Mont-Saint-Aignan ;
- à titre subsidiaire, les conclusions à fin d'appel en garantie dirigées contre elle doivent être rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
- à titre infiniment subsidiaire, sa responsabilité ne pourra pas être retenue dès lors que les demandes de la société Bonaud ne sont pas garanties par le contrat la liant à la société Pax Ingénierie, son assuré, et à défaut, la responsabilité de cette dernière doit être exclue compte tenu de la cause prépondérante du retard du chantier, imputable aux défaillances de la société précédemment attributaire du lot n° 1 et des fautes commises par les autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre.
Par un mémoire enregistré le 15 mai 2023, la SAS Pax Ingénierie, venant aux droits de la SAS ID+ Ingénierie, représentée par Me Barrabé, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes de la commune de Mont-Saint-Aignan formées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner Mme D E et la société TPF Ingénierie à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la commune de Mont-Saint-Aignan une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle n'est pas concernée par les demandes présentées par la société Bonaud à l'égard de la commune de Mont-Saint-Aignan ;
- à titre subsidiaire, elle doit être garantie de toute condamnation à son encontre d'une part, par la commune de Mont-Saint-Aignan compte tenu des modifications programmatiques intervenues et d'autre part, par Mme D E et la société TPF Ingénierie eu égard à leurs fautes respectives dans la mission de maîtrise d'œuvre.
Par un mémoire enregistré le 16 mai 2023, Mme D E et l'EURL Peytavin Yvan, représentés par Me Caron, associé du cabinet CLL Avocats, demandent au tribunal :
1°) de rejeter la demande de la société Bonaud formée à l'encontre de la commune de Mont-Saint-Aignan ;
2°) de rejeter la demande d'appel en garantie formée par la commune de Mont-Saint-Aignan à leur encontre ;
3°) de mettre à la charge de la société Bonaud une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- à titre principal, les demandes de la société Bonaud à l'égard de la commune de Mont-Saint-Aignan ne sont pas fondées ;
- à titre subsidiaire, elles n'ont commis aucune faute de nature à justifier que soit mise à leur charge tout ou partie des pénalités et frais appliqués à la société Bonaud.
Par un mémoire enregistré le 5 juin 2023, la SA Allianz IARD, assureur de la SAS TPF Ingénierie, représentée par Souron Solassol SCP, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter les conclusions dirigées contre elle comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum Mme D E, l'EURL Peytavin Yvan, la Mutuelle des architectes, leur assureur, M. A B et la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, leur assureur, et la commune de Mont-Saint-Aignan à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la commune de Mont-Saint-Aignan ou tout succombant une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, les conclusions à fin d'appel en garantie dirigées contre elle doivent être rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
- à titre subsidiaire, les demandes de la société Bonaud ne sont pas couvertes par les garanties du contrat la liant à son assurée ;
- le retard du chantier n'est pas imputable à une faute de la société TPF Ingénierie.
Par un mémoire enregistré le 1er février 2024, la SAS TPF Ingénierie, représentée par la SCP Logos, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire :
a) de condamner solidairement ou à défaut in solidum Mme D E et l'EURL Peytavin Yvan, la Mutuelle des architectes, leur assureur, M. A B et la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, leur assureur, la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, et la société Montmirail, son assureur, à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
b) de condamner la société Allianz IARD, son assureur, à mobiliser ses garanties et à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de tout succombant une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle n'a commis aucune faute à l'origine du retard du chantier ;
- à titre subsidiaire, les demandes présentées par la société Bonaud sont étrangères à sa mission ;
- à titre infiniment subsidiaire, son assureur doit prendre en charge les condamnations prononcées à son encontre et en raison de leurs fautes respectives, Mme D E et la société Pax Ingénierie, également membres du groupement de maîtrise doivent être condamnés à la garantir de celles-ci.
La procédure a été communiquée à M. A B, qui n'a pas produit d'observations.
Par courrier du 18 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office suivants :
- incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, la société Allianz IARD et la société TPF Ingénierie à l'encontre de la Mutuelle des architectes de France, assureur de Mme D E et de l'EURL Peytavin Yvan, au titre de ses obligations de droit privé ;
- incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics à l'encontre de la société Axa France IARD SA, assureur de la société Grand Ouest Construction, au titre de ses obligations de droit privé ;
- incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la société TPF Ingénierie à l'encontre de la société Montmirail, assureur de la société Apave Infrastructures et Construction France, au titre de ses obligations de droit privé.
La société Allianz IARD a présenté des observations en réponse enregistrées le 30 septembre 2024.
Vu :
- le rapport du M. C G, expert, enregistré le 25 avril 2022 ;
- l'ordonnance du 19 mai 2022 par laquelle le président du tribunal administratif de Rouen a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 49 920,63 euros TTC, dont 8 146,45 euros au titre de la taxe sur la valeur ajoutée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gillet, représentant la commune de Mont-Saint-Aignan, de Me Leparc, représentant Mme D E et l'EURL Peytavin, et Me Barrabé, représentant la société Pax Ingénierie.
Les autres parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 6 février 2013, la commune de Mont-Saint-Aignan a confié à la SAS Bonaud le lot n° 9 " Revêtements de sol souples et durs ", d'un montant de 140 948,66 euros TTC, dans le cadre du marché public de travaux pour la construction et la réhabilitation du centre culturel Marc Sangnier. Le marché pour ce lot a fait l'objet de quatre avenants pour un montant total de 31 719,62 euros TTC. Le chantier ayant subi un retard de vingt-deux mois, l'ouvrage a été réceptionné avec réserves le 24 juin 2019. Celles-ci ont été levées, pour le lot n° 9, le 16 février 2021. La société Bonaud avait auparavant notifié à la commune de Mont-Saint-Aignan, le 30 septembre 2019, un projet de décompte final d'un montant de 183 260,60 euros TTC, avec un solde de 7 044,84 euros TTC à son crédit. Par une ordonnance n° 1901605 du 20 février 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Rouen a, sur demande de la commune de Mont-Saint-Aignan, ordonné une expertise visant notamment à déterminer les désordres ayant affecté les fondations et le gros œuvre du projet, le coût des travaux de reprise et d'identifier l'origine de l'ensemble des retards qu'a connus le chantier, leur imputabilité et les surcoûts en résultant. L'expert a remis son rapport le 25 avril 2022. La commune de Mont-Saint-Aignan avait auparavant notifié à la société Bonaud, le 11 février 2022, le projet de décompte général pour le lot n° 9, avec un solde de 36 945,21 euros TTC au débit de cette dernière. Par un courrier du 4 mars 2022, la société Bonaud a adressé à la commune un mémoire en réclamation. Par sa requête, ladite société demande au tribunal de la décharger de l'obligation de payer l'ensemble des pénalités appliquées, de la taxe sur la valeur ajoutée dont elles ont été indument grevées, ainsi que de la somme mise à sa charge pour exécution à ses frais et risques, et de condamner la commune de Mont-Saint-Aignan à lui verser une somme de 7 044,84 euros TTC au titre du solde du marché.
Sur les pénalités et l'exécution aux frais et risques :
2. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. L'ensemble des conséquences financières de l'exécution du marché sont retracées dans ce décompte même lorsqu'elles ne correspondent pas aux prévisions initiales. Il revient notamment aux parties d'y mentionner les conséquences financières de retards dans l'exécution du marché ou de manquements de son titulaire à ses obligations contractuelles.
3. Il appartient au juge du contrat, en l'absence de décompte général devenu définitif, de statuer sur les réclamations pécuniaires présentées par chacune des deux parties pour déterminer le solde de leurs obligations contractuelles respectives.
4. Aux termes de l'article 4 du cahier des clauses administratives particulières du lot n° 9 " Revêtements de sol souples et durs " : " () / 4.2.2 Par dérogation à l'article 20.1 du CCAG, les dispositions suivantes sont appliquées lot par lot, en cas de retard dans l'exécution des travaux, comparativement au calendrier détaillé d'exécution élaboré et éventuellement modifié () / 4.2.2.1 Retard sur le délai d'exécution propre au lot concerné / Il est fait application de la pénalité journalière indiquée dans le tableau ci-après () / 4.2.3 Récapitulatif des pénalités / Outre les retenues provisoires en cas de retards évoqués ci-dessus, les retenues forfaitaires provisoires décrites ci-après sont applicables dans le cadre de la réalisation de l'opération. () ". Le tableau récapitulatif figurant à l'article 4.2.3 précité prévoit notamment une pénalité, de niveau 1, pour manquement aux obligations de nettoyage, décomptée, après constat, par jour calendaire et local ou zone de 100 m² non nettoyés, ainsi que, par jour ouvré, pour retard dans la remise de documents de préparation et d'exécution ; et une pénalité de niveau 2, après constat, pour démontage non autorisé d'une partie de la clôture, pour absence aux réunions de chantier et, par jour ouvré, retard d'exécution décompté suivant le calendrier transmis par ordre de service. L'article 4.2.3 précité stipule que le montant pour une pénalité de niveau 1 est de 50 euros et celui pour une pénalité de niveau 2 de 100 euros.
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du décompte général du marché, que des pénalités ont été mises à la charge de la société Bonaud, d'un montant total de 32 900 euros, respectivement d'un montant de 750 euros pour manquement aux obligations de nettoyage, de 200 euros pour démontage non autorisé d'une partie de la clôture, de 9 300 euros pour absence aux réunions de chantier, de 8 750 euros pour retard dans la remise de documents de préparation et d'exécution et enfin de 13 900 euros pour retard d'exécution. La société requérante en demande la décharge totale ainsi que du montant de taxe sur la valeur ajoutée dont elles ont été indument grevées et de la somme mise à sa charge, à hauteur de 3 750,39 euros TTC pour exécution à ses frais et risques.
6. En premier lieu, il ne résulte pas des stipulations citées au point 4, ni d'aucune autre, que l'application de pénalités à la société Bonaud était soumise à mise en demeure préalable. Il n'en résulte pas davantage que l'absence d'application de pénalités en cours de chantier faisait obstacle à ce que le maître d'ouvrage puisse en appliquer à l'occasion de l'établissement du décompte général, sur la base des propositions du maître d'œuvre et de l'analyse des retards opérée par la société chargée de la mission OPC.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du cahier des clauses administratives particulières du marché : " () / 4.2.2.6 Déchets de chantier / En cas de non-respect concernant le nettoyage du chantier () le titulaire encourt une pénalité journalière HT fixée dans le tableau [décrit au point 4], sans mise en demeure préalable. () ". Par ailleurs, le plan général de coordination, dont il n'est pas contesté qu'il est au nombre des pièces constitutives du marché, prévoit, à son article 3.17.17, que, hors phase de préparation, " l'entreprise de gros œuvre est globalement chargée du nettoyage et du rangement du chantier pendant toute la durée du chantier. Elle organisera la gestion des déchets, et nommera un Monsieur F, responsable de cette organisation. Cependant chaque entreprise devra journellement le nettoyage et l'évacuation de ces gravois, et plus particulièrement, après le départ momentané de l'entreprise de gros œuvre ".
8. Il résulte de l'instruction, en particulier du décompte général, que la commune de Mont-Saint-Aignan a appliqué à la société Bonaud une pénalité de 750 euros pour manquement aux obligations de nettoyage. Contrairement à ce que fait valoir celle-ci, le nettoyage du chantier lui incombait en vertu des stipulations précitées. La société requérante, qui ne conteste la pénalité appliquée que dans son principe, n'est dès lors pas fondée à en demander la décharge.
9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du décompte général, que la commune de Mont-Saint-Aignan a appliqué à la société Bonaud une pénalité globale de 200 euros pour démontage non autorisé d'une partie de la clôture. Elle produit à cet égard les procès-verbaux de réunion de chantier nos C314 du 14 janvier 2019 et C136 du 4 février 2019 faisant apparaître, à deux reprises, à savoir les 14 janvier et 14 février 2019, une partie de la clôture démontée et un véhicule de la société Bonaud stationné à proximité immédiate. Celle-ci n'a pas contesté ces deux constats pendant le chantier et n'apporte à l'instance aucun élément de nature à les remettre en cause. Elle n'est dès lors pas fondée à solliciter la décharge de cette pénalité.
10. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du décompte général, que la commune de Mont-Saint-Aignan a appliqué à la société Bonaud une pénalité globale de 9 300 euros pour quatre-vingt-treize absences aux réunions de chantier. Ladite société, qui ne contredit pas le nombre d'absences retenu, se borne à faire état de l'allongement de la durée du chantier, que la présence d'un représentant à l'ensemble des réunions s'est avérée impossible et enfin de leur utilité " très douteuse ". Elle ne conteste ce faisant pas utilement la pénalité infligée dans son principe, alors en outre qu'elle n'établit pas, ni même n'allègue avoir demandé à être dispensée d'assister à une ou plusieurs de ces réunions. La société requérante n'est dès lors pas fondée à obtenir la décharge de la pénalité en cause.
11. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du décompte général, que la commune de Mont-Saint-Aignan a appliqué à la société Bonaud une pénalité globale de 13 900 euros pour retard d'exécution. D'une part, si celle-ci, en se référant aux conclusions du rapport d'expertise, fait valoir que les délais d'exécution pris en compte pour le calcul de cette pénalité ne seraient pas contractuels, il résulte des stipulations de l'article 4.2.3 citées au point 4 que le retard d'exécution s'apprécie par rapport au calendrier transmis par ordre de service. Il résulte à cet égard de l'instruction que, en dernier lieu, le 15 mai 2018, la société Bonaud a reçu par ordre de service n° 10, signé sans réserve, le calendrier d'exécution indice E du 17 avril 2018. Le délai d'exécution étant ainsi contractuellement fixé, des pénalités pouvaient être appliquées en raison de son non-respect. D'autre part, si elle soutient avoir " fait en réalité les frais d'une situation dont elle s'est trouvée victime ", en se bornant à renvoyer aux développements du rapport d'expertise, elle n'assortit pas ses allégations de précisions suffisantes, alors au demeurant qu'elle n'indique pas qu'un autre intervenant pourrait être partiellement responsable du retard d'exécution dont on lui fait grief. La société Bonaud n'est dès lors pas fondée à demander la décharge de la pénalité en cause.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 41 du cahier des clauses administratives générales, auquel il n'est pas dérogé dans le présent marché : " () / 41.6. Lorsque la réception est assortie de réserves, le titulaire doit remédier aux imperfections et malfaçons correspondantes dans le délai fixé par le représentant du pouvoir adjudicateur ou, en l'absence d'un tel délai, trois mois avant l'expiration du délai de garantie défini à l'article 44. 1. / Au cas où ces travaux ne seraient pas faits dans le délai prescrit, le maître de l'ouvrage peut les faire exécuter aux frais et risques du titulaire, après mise en demeure demeurée infructueuse. () ".
13. Contrairement à ce que soutient la société Bonaud, il résulte de l'instruction que par un courrier du 16 octobre 2019, reçu le 18 octobre, celle-ci a été mise en demeure de terminer les travaux requis par les réserves exprimées au moment des opérations de réception. Faute d'y avoir déféré, elle a reçu, le 3 mars 2020, une convocation pour une réunion tenue le 13 mars 2020, en vue de constater contradictoirement les travaux à sa charge encore non achevés. Alors qu'elle avait annoncé sa présence à ladite réunion, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier que cette réunion ait été annulée, ce que la commune a d'ailleurs contesté par deux courriers respectivement reçus les 8 juin et 22 juillet 2020. Par le premier de ces deux courriers, la commune a en outre informé la société Bonaud recourir à la société Nordec Peinture, dans le cadre des stipulations précitées, pour terminer les travaux précités, pour un montant de 4 500,47 euros TTC. La société requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que c'est à tort que la commune a mis une telle somme à sa charge dans le décompte général.
14. En dernier lieu, en revanche et d'une part, aux termes de l'article 8 du cahier des clauses administratives particulières du marché : " 8. Préparation, coordination et exécution des travaux / 8.1 Période de préparation - Programme d'exécution des travaux / () Il est procédé, au cours de cette période, aux opérations suivantes à la diligence respective des parties contractantes : () / - Par les soins des titulaires de l'ensemble des lots : / . Etablissement et remise au maître d'œuvre des plans d'exécution complémentaires (produits manufacturés, prédalles, fabrications industrielles), notes de calcul et études de détail nécessaires pour le début des travaux, des réservations, fiches navettes produit, notices techniques et PV d'agrément Liste non exhaustive. () / 8.2 Documents nécessaires à l'exécution des ouvrages / Les documents nécessaires à l'exécution des ouvrages sont établis par la maîtrise d'œuvre. / En phase préparatoire, ou en cours d'exécution des travaux, les documents établis par les entrepreneurs, et tous les plans d'exécution de produits manufacturés ou préfabriqués et tous les documents d'études présentés sur proposition par les entrepreneurs, seront soumis aux visas du maître d'œuvre. Ce dernier doit les renvoyer au titulaire avec ses observations éventuelles au plus tard 8 jours après leur réception. Dans le cadre de la loi du 4/1/78 modifiée relative à la responsabilité et à l'assurance construction, tous les plans d'exécution et notes de calcul doivent être visés par le contrôleur technique : celui-ci donnera son avis dans un délai de 8 jours. Les avis ou prescriptions du contrôleur technique doivent immédiatement être pris en compte par le titulaire dès lors qu'ils relèvent de dispositions opposables à celui-ci. / 8.3 Échantillons - Notices techniques - PV d'agrément / Le maître d'œuvre et le bureau de contrôle indiqueront aux entreprises leurs besoins. Le maître d'œuvre fixera les dates de production des échantillons, notices techniques et PV d'agrément () ".
15. Il résulte de l'instruction, en particulier du décompte général, que la commune de Mont-Saint-Aignan a appliqué à la société Bonaud une pénalité de 8 750 euros pour retard dans la remise des documents de préparation et d'exécution. La commune indique à cet égard que les procès-verbaux des réunions de chantier font mention de l'absence de remise de documents tels qu'une fiche technique produit ou encore l'ordre de service n° 2 retourné signé. Toutefois, il ne résulte pas des stipulations précitées que ce dernier document constitue, au sens de celles-ci, un document de préparation et d'exécution. De plus, la société Bonaud soutient, sans être contredite, avoir transmis les plans de réservation dès le 22 mars 2013, le dossier technique et le " PV des matériaux " le 18 juillet 2013. Elle l'a rappelé dans un courrier du 9 mars 2016, puis dans un courrier du 17 mai 2016 et enfin dans un courrier du 11 juillet 2016, mettant à cet égard en évidence l'absence de mise à jour des procès-verbaux de réunion de chantier. Au soutien de ses allégations, la société Bonaud démontre que l'acousticien a approuvé le 11 mars 2016 les documents transmis par ses soins, alors que le procès-verbal C 28 du 25 juillet 2016 indique que celui-ci n'a pas encore pu émettre son avis, faute de les avoir reçus. De la même façon, le procès-verbal C 18 du 22 juillet 2013 indiquant que la " fiche technique produit " n'a pas été remise, est postérieur à la date à laquelle la société Bonaud allègue avoir transmis le " PV des matériaux ". Par ailleurs, il ressort des conclusions de son rapport que l'expert a estimé, de façon générale, que les retards constatés par la société TPF Ingénierie ne sont pas " vérifiables faute d'avoir mentionné sans ses comptes-rendus hebdomadaires l'avancement des tâches de chaque corps d'état ". Dans ces conditions, la commune, qui ne précise pas la liste des documents manquants et n'allègue pas que ceux mentionnés par la société Bonaud dans ses trois courriers précités seraient insuffisants, ne démontre pas qu'ils étaient encore dus sur la période couverte par la pénalité appliquée, à savoir du 16 novembre 2015 au 25 juillet 2016. La société requérante est ainsi fondée à en demander la décharge, à hauteur de 8 750 euros.
16. D'autre part, ainsi que la société Bonaud le fait valoir, en se fondant sur les commentaires administratifs publiés le 25 janvier 2006 au bulletin officiel des finances publiques sous la référence 3 B-1-06, les pénalités qui lui ont été appliquées doivent être regardées, non comme la contrepartie de la livraison d'un bien ou d'un service, mais comme des indemnités destinées à sanctionner le retard dans l'exécution d'un contrat et réparer, de manière forfaitaire, le préjudice subi, et ne sont dès lors pas assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée. La société requérante est dès lors fondée à se voir déchargée de l'obligation de payer la somme correspondante, à hauteur de 6 580 euros.
17. Il résulte de l'instruction et eu égard à ce qui a été dit précédemment, en particulier aux deux points précédents, que le montant des pénalités mises à la charge de la société Bonaud devant être ramené à la somme de 24 150 euros et la somme, d'un montant de 6 580 euros, correspondant à l'application de la taxe sur la valeur ajoutée à l'ensemble des pénalités devant être déduite, que le montant du décompte général du marché de travaux doit être fixé à la somme de 159 101,31 euros TTC, révision comprise, non contestée. Eu égard aux acomptes déjà versés, révision comprise, à hauteur de 176 216,05 euros TTC, non contestés, au solde de révision des prix, pour 625,67 euros TTC, et à la retenue pour exécution à ses frais et risques, à hauteur de 4 500,47 euros TTC, le solde du marché en cause doit être arrêté à la somme de 20 989,54 euros TTC, solde de révision des prix compris, au débit de la société Bonaud.
18. Compte tenu du solde du marché ainsi déterminé au point précédent, qui demeure au débit de la société Bonaud, ses conclusions tendant à ce que la commune de Mont-Saint-Aignan soit condamnée à lui verser une somme de 7 044,84 euros TTC au titre du solde du marché ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les appels en garantie :
19. En l'absence de condamnation prononcée à l'encontre de la commune de Mont-Saint-Aignan, ses conclusions à fin d'appel en garantie ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, pour les mêmes motifs, des conclusions en ce sens présentées par Mme D E, l'EURL Peytavin Yvan, la société Pax Ingénierie, la société TPF Ingénierie, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics et la société Allianz IARD.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mont-Saint-Aignan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Bonaud demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y pas lieu de mettre une somme à la charge de cette dernière au titre des frais exposés par la commune de Mont-Saint-Aignan et non compris dans les dépens. Il n'y a enfin pas davantage lieu de faire droit, dans les circonstances de l'espèce, aux conclusions présentées par les autres parties au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Bonaud est rejetée.
Article 2 : Les conclusions à fin d'appel en garantie dirigées contre la Mutuelle des architectes de France, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, la société Allianz IARD, la société Axa France IARD SA et la société Montmirail sont rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Les frais d'expertise sont taxés et liquidés dans l'instance n° 2005078.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Bonaud, à la commune de Mont-Saint-Aignan, à Mme D E, à la SAS Pax Ingénierie, à M. A B, à l'EURL Peytavin Yvan, à la SAS TPF Ingénierie, à la SAS Apave Infrastructures et Construction France, à la Mutuelle des architectes de France, à la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, à la SA Allianz IARD, à la société Axa France IARD SA et à la SAS Montmirail.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé : J. Cotraud
La présidente,
Signé : C. Van MuylderLe greffier,
Signé : J.-B. Mialon
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026