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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202250

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202250

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202250
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBOURDON VINCENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 31 mai 2022, 26 mai 2023 et 20 mars 2024, M. A E et Mme C E, représentés par Me Erdogan, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1) de condamner solidairement le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et la société Relyens, son assureur, à leur verser les sommes respectives de 43 744,72 et 10 000 euros en réparation des préjudices qu'ils imputent à la prise en charge fautive de M. E par cet établissement ;

2) de condamner l'établissement aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'établissement a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- ils justifient de leurs préjudices et du lien entre ceux-ci et le fait générateur.

Par un mémoire enregistré le 5 décembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure, représentée par Me Bourdon, demande au tribunal :

1) de condamner le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et la société Relyens à lui verser la somme de 24 475,61 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de son mémoire et de la capitalisation des intérêts, au titre des débours exposés au profit de M. E, son assuré ;

2°) de condamner le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et la société Relyens à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion au taux maximum, aux dépens et de mettre à leur charge la somme de 1 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'établissement a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- elle justifie de ses débours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2023, le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et la société Relyens, représentés par la SCP Emo Avocats, concluent à ce que le tribunal ne retienne qu'une perte de chance d'échapper à la survenance du dommage et ramène les prétentions indemnitaires à de plus justes proportions.

Ils font valoir que :

- il convient de ne retenir qu'une perte de chance d'échapper au dommage ;

- les préjudices sont exagérément évalués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des assurances ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 26 février 2020 fixant le barème forfaitaire permettant l'évaluation des frais de déplacement relatifs à l'utilisation d'un véhicule par les bénéficiaires de traitements et salaires optant pour le régime des frais réels déductibles ;

- l'arrêté du 1er février 2022 fixant le barème forfaitaire permettant l'évaluation des frais de déplacement relatifs à l'utilisation d'un véhicule par les bénéficiaires de traitements et salaires optant pour le régime des frais réels déductibles ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public ;

- les observations de M. E ;

- et les observations de Me Noblet, avocat du centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et de la société Relyens.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que M. A E, né en 1999, a présenté au cours du mois de novembre 2017 des douleurs inguinales droite irradiant dans la jambe. Les examens ont permis de mettre en évidence une hernie inguinale volumineuse. Une intervention chirurgicale de traitement a été organisée le 18 janvier 2018. Les suites de l'opération étant marquées par des douleurs à la miction, M. E est resté hospitalisé dans l'établissement. Le lendemain, est apparu un placard inflammatoire douloureux au niveau du flanc droit ; un scanner abdomino-pelvien a été réalisé et M. E a été transféré le soir même à l'hôpital Américain de Paris (Hauts-de-Seine), où une insuffisance rénale et une infiltration rétro-péritonéale en rapport avec une plaie de la vessie ont été mises en exergue. M. E a regagné son domicile quelques jours plus tard, le 23 janvier 2018 son état s'étant amélioré à la suite des traitements entrepris. Toutefois, plus de dix-huit mois plus tard, une colique néphrétique gauche a conduit à la nécessité d'un nouveau scanner réalisé le 4 octobre 2019 qui a conduit à un diagnostic d'éventration et à la conclusion de la nécessité d'une opération chirurgicale de reprise, réalisée à l'hôpital américain le 14 octobre 2020.

2. Soucieux d'être éclairé sur les conditions de sa prise en charge, M. E a saisi la juge des référés du tribunal administratif qui, par une ordonnance du 20 juillet 2021, a désigné le Dr D, professeure des universités - praticienne hospitalière en qualité d'experte. Sur la base des conclusions du rapport, remis le 15 janvier 2022, M. A E et Mme C E, sa mère, demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et la société Relyens son assureur à les indemniser de leurs préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe et l'étendue de la responsabilité :

3. Aux termes des dispositions du premier alinéa du I l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, " les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que lors de l'intervention chirurgicale du 18 janvier 2018, la chirurgienne ayant opéré M. E ne s'est pas assurée de l'absence de plaie vésicale et n'a pas décidé de la mise en place d'une sonde vésicale, alors qu'il existait une suspicion de plaie, consécutive à une lésion accidentelle non fautive imprévisible. L'experte retient sans être contestée que les recommandations et bonnes pratiques professionnelles imposent en cas de lésion accidentelle de procéder au contrôle systématique de l'étanchéité de la vessie, notamment par des contrôles visuels et par l'utilisation d'un produit colorant tel que le chlorure de méthylthioninium. Ce manquement constitue une première faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier intercommunal Eure - Seine.

5. En outre, il résulte également du rapport d'expertise que le suivi post-opératoire exercé par la chirurgienne a été défaillant, l'experte retenant, là encore sans contestation, que les symptômes présentés par le patient dans les heures suivant l'opération (douleurs importantes à la miction, hyperleucocytose, insuffisance rénale aigüe) nécessitaient la mise en place urgente d'une sonde vésicale. Ce second manquement constitue lui aussi une faute de nature à engager sa responsabilité.

6. Le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et son assureur, qui ne contestent pas les fautes relevées ci-dessous, font en revanche valoir que ces manquements ne sont à l'origine, en ce qui concerne la seule récidive, que d'une perte de chance d'éviter celle-ci, dans la mesure où un risque existe en tout état de cause.

7. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu ; la réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

8. Toutefois, le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et la société Relyens se bornent sur ce point à une allégation péremptoire qui n'est étayée par aucun commencement de démonstration ni de littérature médicale, alors que l'experte a indiqué que la récidive dont a souffert la victime était imputable à une distension du matériel prothétique, dont la pose aurait du être différée lors de l'intervention initiale, de sorte que les conséquences des fautes ci-dessus doivent être, y compris en ce qui concerne la récidive de hernie, être intégralement réparées par le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine.

En ce qui concerne les préjudices de M. E :

9. L'experte a fixé la date de consolidation de l'état de santé de M. E au 13 février 2021, date qui en l'absence de toute contestation peut être retenue, dès lors qu'elle résulte suffisamment de l'instruction.

Quant aux dépenses de santé actuelles :

10. M. E sollicite le remboursement de quarante-six séances de psychothérapie rendues selon lui nécessaires par l'intervention. Toutefois, l'intéressé ne justifie devant le tribunal que du suivi de sept séances les 3 juin, 10 juin, 17 juin, 24 juin, 8 juillet, 9 septembre 2020 puis 12 février 2021, pour un montant unitaire de 60 euros, la seule production d'un devis pour quarante-six séances ne justifiant pas de l'étendue du besoin, qui n'a pas été expressément reconnu par l'experte dans cette ampleur. Ainsi, il est seulement fondé à demander la condamnation du centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et de son assureur à lui verser la somme de 420 euros.

Quant aux frais de transport :

11. S'agissant des séances de psychothérapie, il ressort de l'avis de paiement du 23 septembre 2020 que deux séances se sont déroulées au téléphone et une a été annulée, M. E ne s'étant pas déplacé. Ainsi, M. E ne justifie de frais que pour cinq séances. Un trajet aller-retour de son domicile au cabinet de la praticienne nécessitant le parcours de 176 kilomètres, sur la base d'une puissance administrative de 6 CV et d'un taux kilométrique de 0,574 euros fixé par référence à l'arrêté du 26 février 2020 visé ci-dessus, M. E est fondé à demander le remboursement de la somme de 505,12 euros.

12. S'agissant des consultations et hospitalisations à l'Hôpital américain, M. E justifie s'être rendu à l'établissement francilien à neuf reprises ; un aller simple nécessitant le parcours de 73 km, il est fondé à demander, sur les mêmes bases que celles exposées précédemment, le remboursement de la somme de 754,24 euros.

13. M. E sollicite ensuite le remboursement d'un trajet aller-retour au cabinet du Dr B, radiologue exerçant à Gisors, le 22 novembre 2021, veille de la réunion d'expertise. Toutefois, il ne fournit aucune explication sur les actes pratiqués ni leur lien avec la pathologie en cause ni surtout avec les fautes retenues contre le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine. Par suite, en l'absence de lien de causalité qui résulterait de l'instruction, la demande de M. E présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.

14. Le requérant sollicite ensuite le remboursement des frais pour se rendre à une consultation auprès d'un médecin-conseil, à Paris.

15. Lorsque les frais de médecin-conseil exposés lors de la procédure de règlement amiable sont utiles, ce qu'il appartient aux juges du fond d'apprécier souverainement, le lien entre la faute commise et ces dépenses doit être regardé comme direct.

16. A cet égard, M. E se borne à produire une facture du Dr F du 6 décembre 2020 faisant état de la rédaction, d'une " note technique médico-juridique ", qui n'a été produite que devant l'experte mais pas devant le tribunal, et dont le rapport d'expertise ne fait aucune mention, de sorte que l'utilité de ces frais ne résulte pas suffisamment de l'instruction. La demande présentée à ce titre par le requérant doit, par suite, être rejetée.

17. En revanche, M. E justifie s'être rendu à la réunion d'expertise organisée le 23 novembre 2021 à Lille (Nord), et avoir ainsi effectué un trajet de 530 kilomètres aller et retour, en utilisant un autre véhicule, d'une puissance fiscale de 16 CV. Sur la base de ces éléments et par référence au barème fixé par l'arrêté du 1er février 2022 susvisé, M. E est fondé à demander le remboursement de la somme de 350,33 euros.

18. Il résulte de ce qui précède que le préjudice indemnisable de M. E au titre des frais de transports s'élève à la somme totale de 1 609,69 euros.

Quant aux autres frais divers :

19. M. E sollicite enfin le remboursement de frais d'avocat, d'expertise et de médecins-conseils exposés durant la phase amiable.

20. En ce qui concerne les frais d'avocat, les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé avait qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause.

21. La seule facture d'honoraires produite à l'instance émanant du conseil du requérant correspond explicitement à l'instance de référé-expertise introduite par l'intéressé. Par suite, alors que la juge des référés a statué sur la demande de M. E présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le préjudice correspondant est réputé intégralement réparé par cette décision. Par suite, M. E n'est pas fondé à demander la condamnation des défendeurs à ce titre.

22. En ce qui concerne ensuite les frais d'expertise, ceux-ci constituant un dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y sera statué ci-dessous.

23. Enfin, en ce qui concerne les frais de médecin-conseil, la demande ne peut qu'être rejetée pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 14 à 16 du présent jugement.

Quant aux frais d'assistance par une tierce personne :

24. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'experte que les fautes commises par le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine ont été à l'origine pour la victime de la nécessité d'être assistée par une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, pour une quotité imputable aux fautes retenues de deux heures par jour du 24 janvier 2018 au 5 février 2018, soit treize jours, et une heure par jour du 15 octobre au 25 octobre 2020, soit onze jours. Sur la base d'un taux horaire de dix-huit euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des dimanches et jours fériés, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. E en condamnant le centre hospitalier à lui verser la somme de 752 euros, à ce titre.

Quant aux préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

25. Au titre du déficit fonctionnel temporaire, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que M. E a subi des périodes de déficit fonctionnel temporaire, total du 19 janvier 2018 (le 18 janvier étant, en tout état de cause, imputable à la pathologie initiale) au 23 janvier 2018 puis le 14 octobre 2020, date de l'opération de traitement de la récidive, soit un total de six jours. M. E a également souffert compte-tenu du port temporaire d'une sonde vésicale puis de la persistance de douleurs et de l'existence alléguée d'un syndrome anxieux d'un DFT à 15 % du 30 janvier 2018 au 13 octobre 2020 (988 jours), à 25 % du 15 octobre 2020 au 10 novembre 2020 (27 jours), puis de 10 % du 11 novembre 2020 au 12 février 2021, veille de la consolidation (94 jours). Compte-tenu des périodes et taux retenus ci-dessus, indemnisés sur une base journalière de 20 euros pour un déficit fonctionnel temporaire total, il sera fait une juste appréciation du préjudice de M. E en condamnant le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine à lui verser la somme de 3 407 euros, à ce titre.

26. S'agissant des souffrances endurées, cotées à 3,5 sur 7 par l'experte, il résulte des termes mêmes du rapport d'expertise que les suites normales de l'opération auraient été en tout état de cause marquées par des douleurs pouvant être cotées à 2 sur 7, de sorte que seule la part excédant cette cotation est imputable au centre hospitalier. Il sera fait une juste appréciation de la part du préjudice de M. E dont la réparation incombe au centre hospitalier intercommunal Eure - Seine en condamnant celui-ci à verser au requérant la somme de 4 000 euros.

27. S'agissant du préjudice esthétique temporaire, coté à 2,5 sur 7 par l'experte en raison du port d'une sonde vésicale durant cinq jours, il y a lieu de tenir compte de la très faible durée durant laquelle il a été subi ; il sera fait une juste appréciation du préjudice de M. E en condamnant le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine à verser au requérant la somme de 500 euros.

Quant aux préjudices extrapatrimoniaux permanents :

28. S'agissant du déficit fonctionnel permanent, il résulte de l'instruction et notamment des énonciations non contestées de l'experte que le déficit fonctionnel dont demeure affecté M. E résulte exclusivement des fautes commises par le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine dans sa prise en charge et qu'il peut être fixé à 5 %. Ainsi, en faisant usage du référentiel de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, pour un jeune homme âgé de vingt-deux ans à la date de la consolidation, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par la victime en condamnant le centre hospitalier à lui verser la somme de 6 000 euros.

29. S'agissant du préjudice esthétique permanent, constitué non par la cicatrice située sur le siège de l'intervention initiale, qui résulte uniquement de la pathologie de la victime, mais selon les propres termes de l'experte de trois cicatrices de coelio-chirurgie correspondant à la seconde intervention chirurgicale, coté à 0,5 sur 7 par l'experte, il en sera fait une juste appréciation en condamnant le centre hospitalier à verser à M. E une somme de 400 euros, à ce titre.

30. Il résulte de ce qui précède que M. E est fondé à demander la condamnation solidaire du centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et de son assureur, sur le fondement de l'article L. 124-3 du code des assurances, à lui verser une somme totale de 17 088,45 euros en réparation de son préjudice.

En ce qui concerne les préjudices de Mme E :

31. Il résulte de l'instruction que M. E vit avec sa mère, Mme E, qui a subi un préjudice moral du fait de l'état de santé de son fils imputable au centre hospitalier intercommunal Eure - Seine ; il sera fait une juste appréciation dudit préjudice en condamnant le défendeur à verser à Mme E la somme de 2 000 euros.

En ce qui concerne les débours de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure :

32. Il résulte de l'instruction qu'en raison des fautes commises par le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure a exposé des débours constitués de frais hospitaliers, médicaux et pharmaceutiques, dont ceux abandonnés par la victime en cours d'instance dès lors qu'ils ont été pris en charge par l'organisme de sécurité sociale. Le lien entre ces dépenses et les fautes retenues résulte suffisamment de l'instruction et notamment de l'attestation d'imputabilité ; par suite, le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine sera condamné à rembourser à la caisse primaire d'assurance maladie la totalité des débours exposés, soit la somme de 24 475,61 euros.

Sur les conclusions accessoires :

33. En premier lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure a droit aux intérêts de la somme de 24 475,61 euros à compter de la date d'enregistrement de son mémoire au greffe du tribunal, le 5 décembre 2022. En outre, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée dans le même mémoire. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 5 décembre 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts.

34. En deuxième lieu, en application du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure a droit à l'indemnité forfaitaire de gestion au taux maximum, fixé à 1 191 euros par l'arrêté du 18 décembre 2023 visé ci-dessus.

35. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

36. Les dépens, constitués par les seuls frais d'expertise, qui ont été taxés et liquidés à la somme de 1 200 euros par une ordonnance du président du tribunal administratif du 1er février 2022, doivent être en l'absence de circonstances particulières mis à la charge du centre hospitalier intercommunal Eure - Seine, partie perdante.

37. En dernier lieu, le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et son assureur étant les parties tenues aux dépens dans la présente instance, il y a lieu de mettre à leur charge solidaire le versement à M. et Mme E de la somme de 1 500 euros, d'une part, et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure de la somme de 900 euros, d'autre part.

D E C I D E :

Article 1er: Le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et la société Relyens sont condamnés à verser solidairement 17 088,45 euros à M. A E et 2 000 euros à Mme C E.

Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et la société Relyens sont condamnés à verser solidairement la somme de 24 475,61 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure, avec intérêts au taux légal à compter du 5 décembre 2022. Les intérêts échus à la date du 5 décembre 2023 seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et la société Relyens sont condamnés à verser solidairement à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les frais de l'expertise sont mis à la charge solidaire du centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et de la société Relyens.

Article 5 : Le centre hospitalier intercommunal Eure - Seine et la société Relyens verseront solidairement, d'une part, la somme de 1 500 euros à M. et Mme E et, d'autre part, la somme de 900 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, premier requérant dénommé, en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure, à harmonie mutuelle et au centre hospitalier intercommunal Eure - Seine, premier défendeur dénommé, en application des mêmes dispositions.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

Robin Mulot

La présidente,

Anne Gaillard

Le greffier,

Henry Tostivint

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202250

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