mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202257 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | BONIFACE DAKIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er juin et 24 juillet 2022, le 6 janvier et le 27 mars 2023, la Métropole Rouen Normandie et la société MS Amlin Insurance SE, représentées par Me Sobol, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner la société Travaux Publics Rouennais à verser à la Métropole Rouen Normandie la somme de 5 000 euros et à la société MS Amlin Insurance SE la somme de 88 124,19 euros en réparation des préjudices subis ;
2°) d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête et de la capitalisation de ces intérêts ;
3°) de mettre à la charge de la société Travaux Publics Rouennais, outre les dépens, une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la juridiction administrative est compétente pour statuer sur les demandes de l'assureur MS Amlin Insurance SE, subrogé dans les droits de la Métropole Rouen Normandie ;
- la responsabilité de la société TPR doit être engagée sur le fondement de l'article 1231-1 du code civil, cette dernière ayant procédé au percement d'une canalisation d'alimentation en eau potable des réservoirs de la commune de Rouen, alors que lui avait été fournis, dans le cadre de la déclaration d'intention de commencement de travaux (DICT), des plans mentionnant les réseaux d'adduction d'eau concernés, la société TPR ayant, semble-t-il, supposé qu'il s'agissait d'une canalisation d'évacuation des eaux ;
- le préjudice subi s'élève à la somme de 93 124,19 euros correspondant aux frais engagés au titre de mesures conservatoires exposées pour faire cesser la fuite pour un montant de 6 881,60 euros, aux frais de réparation de la canalisation pour un montant de 84 237,10 euros et la somme de 2 005,49 euros au titre des frais de perte d'eau ;
- la société MS Amlin Insurance SE, assureur de la Métropole Rouen Normandie, a indemnisé cette dernière à hauteur de 88 124,19 euros et est dès lors subrogée dans les droits de son assuré sur le fondement de l'article L. 121-12 du code des assurances ;
- la Métropole Rouen Normandie a conservé à sa charge 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, la société Travaux Publics Rouennais (TPR), représentée par Me Hummel-Desanglois, conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens ainsi qu'une somme de 1 000 euros soient mis à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour avoir à connaître de la réclamation indemnitaire formulée par la société MS Amlin Insurance, société privée de droit belge ;
- la présence d'une canalisation d'eau potable ne lui avait pas été notifiée par les concessionnaires concernés ;
- la Métropole Rouen Normandie a assumé la direction des investigations de sorte qu'elle ne peut pas être regardée comme responsable du percement ;
- en tout état de cause, les préjudices invoqués par la métropole ne sont établis ni dans leur principe ni dans leur quantum ; l'accident de chantier n'imposait pas de changer 25 mètres de canalisation ;
- subsidiairement, faute de responsabilité et de justification du préjudice subi, la réclamation de l'assureur devra être rejetée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des assurances ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme B.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La Métropole Rouen Normandie a confié à la société TPR la réalisation de travaux consistant en l'installation d'un plateau ralentisseur à l'intersection de la rue Georges Clémenceau et de la rue Victor Schœlcher à Petit-Couronne et en la mise en place et au raccordement de bouches d'évacuation des eaux pluviales. Le 4 juin 2018, à l'occasion des travaux, une canalisation d'alimentation d'eau potable située rue Georges Clémenceau a été perforée par une tronçonneuse thermique. La compagnie MS Amlin Insurance SE, assureur de la Métropole Rouen Normandie, a indemnisé cette dernière à hauteur de 88 124,19 euros au titre du sinistre survenu le 4 juin 2018. Par la requête susvisée, la Métropole Rouen Normandie et la société MS Amlin Insurance SE demandent la condamnation de la société TPR à leur verser, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, la somme de 93 124,19 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur ".
3. L'action de l'assureur, subrogé dans les droits de son assuré, contre les auteurs du dommage subi par ce dernier, est distincte de l'action directe de la victime contre l'assureur de l'auteur du dommage et ne tend pas à l'exécution des obligations nées du contrat d'assurances mais à la mise en jeu de la responsabilité des auteurs du dommage. Le juge administratif est compétent pour connaître de la responsabilité d'un constructeur à l'égard d'un maître d'ouvrage public avec lequel il est lié par un marché qui a le caractère d'un contrat administratif.
4. L'action de la société MS Amlin Insurance SE, se présentant comme subrogée dans les droits de la Métropole Rouen Normandie à hauteur de l'indemnité qu'elle lui a versée, tend à mettre en jeu la responsabilité contractuelle de la société TPR dans le cadre de l'exécution d'un marché public de travaux. Par suite, les conclusions présentées par cette compagnie d'assurances relèvent de la compétence de la juridiction administrative.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
5. Il résulte de l'instruction qu'en réponse à la déclaration d'intention de commencement des travaux adressée par la société TPR, la Métropole Rouen Normandie lui a transmis, le 12 avril 2018, le récépissé de déclaration, auquel étaient annexés les plans du réseau d'alimentation en eau, caractérisés de " sensibles ", révélant l'existence de la canalisation d'eau qui a été percée sur l'emprise des travaux, ainsi que des recommandations techniques précisant la nécessité d'organiser une visite conjointe du chantier avant le début des travaux si une conduite d'adduction sensible d'eau potable est située sur l'emprise afin de repérer l'emplacement de l'ouvrage sur le sol. Contrairement à ce que la société TPR soutient, l'ensemble de ces éléments lui ont été transmis ainsi qu'en atteste l'accusé de réception généré par la plateforme dématérialisée d'échanges de documents de chantier. En outre, elle n'établit ni même n'allègue, en dépit de sa qualité de professionnel, qu'elle aurait sollicité préalablement à son intervention la communication des éléments techniques, et notamment de repérage des réseaux, nécessaires à la réalisation de sa mission. Par ailleurs, si la société TPR soutient que la Métropole lui avait donné son accord pour qu'elle procède aux investigations supplémentaires une fois l'ouvrage mis à nu, elle n'apporte aucun élément de nature à corroborer de telles allégations contestées en défense. Dans ces conditions, en procédant au sondage de la canalisation d'adduction d'eau, dont la présence était pourtant signalée sur les plans transmis, avec une tronçonneuse thermique à l'origine du percement, la société TPR a commis une faute de nature à engager sa responsabilité contractuelle à l'égard de la Métropole Rouen Normandie.
En ce qui concerne les préjudices :
6. En premier lieu, la Métropole fait valoir avoir exposé la somme de 5 826,08 euros TTC au titre des travaux conservatoires effectués dans l'urgence par ses propres services. La Métropole justifie des coûts de personnel qu'elle a exposés à hauteur de 3 549,08 euros TTC en l'absence d'externalisation, en produisant un tableau établi par ses soins, dont le principe et le montant ne sont pas sérieusement contestés par la société TPR. En revanche, alors que ce même tableau mentionne en outre la somme de 2 777 euros TTC au titre de la fourniture par la société Bonna d'un manchon de réparation provisoire, en l'absence de facture produite permettant d'attester de la réalité de cette dépense, il n'y a pas lieu de retenir cette part du préjudice comme établi. Par suite, le montant du préjudice subi au titre des travaux conservatoires doit être fixé à la somme de 3 549,08 euros TTC.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment de la note technique des services de la Métropole Rouen Normandie ainsi que de la documentation technique du fabricant de la canalisation, que le percement de la canalisation en cause imposait nécessairement son remplacement, eu égard à son débit et à sa composition, sa réparation par la pose d'un manchon ne constituant pas une solution pérenne de nature à garantir des conditions d'utilisation fiables de la canalisation. À l'appui de ses conclusions indemnitaires visant au remboursement des travaux effectués pour remettre en état la canalisation endommagée, la Métropole produit une facture détaillée ainsi qu'un tableau répertoriant le détail des travaux réalisés. Ainsi, la Métropole Rouen Normandie justifie suffisamment des coûts exposés, qui ne sont au demeurant pas sérieusement contestés par la société TPR, au titre des travaux de renouvellement et de pose d'une canalisation du même type pour un montant total de 82 706,95 euros TTC. Toutefois, si la Métropole soutient avoir dû exposer des frais de main d'œuvre, elle n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ce préjudice. Il y a dès lors lieu de faire une exacte appréciation du préjudice matériel résultant de l'exécution des travaux de réparation à la somme de 82 706,95 euros TTC.
8. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que la Métropole Rouen Normandie a subi des pertes d'eau à la suite du percement accidentel de la canalisation, dont le préjudice doit être chiffré à la somme de 1 055, 52 euros TTC au titre de la vidange partielle de la canalisation en vue d'opérer les travaux conservatoires et à la somme de 2 005,49 euros TTC au titre de la vidange totale de la canalisation en vue d'opérer les travaux de réparation. La méthode de calcul du préjudice invoquée par la Métropole, dont le chiffrage est établi sur la base d'un coût de 0,8796 euros HT par mètre cube fixé par délibération du conseil du 18 décembre 2017, n'est pas sérieusement remise en cause par la société TPR. Dans ces conditions, il y a lieu de chiffrer le préjudice allégué au titre de la perte d'eau à la somme de 3 060,49 euros TTC.
9. Il résulte de ce qui précède que la société TPR doit être condamnée à hauteur de la somme de 89 316,52 euros TTC au titre de la responsabilité contractuelle.
En ce qui concerne l'action subrogatoire de la société MS Amlin Insurance SE :
10. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 121-12 du code des assurances que l'assureur qui a indemnisé son assuré est subrogé dans les droits de celui-ci pour obtenir du tiers responsable du dommage le remboursement de ce qu'il a payé à son assuré en réparation de son préjudice, sans pouvoir excéder le montant de la somme qu'il a payée à son assuré, ni celui de la réparation devant effectivement être supportée par le tiers. L'action en justice engagée par la victime, qui a pour objet de déterminer les responsabilités et le montant de la réparation du préjudice, ne fait pas obstacle à l'action subrogatoire de l'assureur contre le tiers responsable.
11. Il résulte de la quittance subrogatoire produite à l'instance que l'assureur a indemnisé la Métropole Rouen Normandie à hauteur la somme de 88 124,19 euros au titre du sinistre survenu le 4 juin 2018. La société MS Amlin Insurance SE, subrogée dans les droits de son assuré à due concurrence de cette somme, est dès lors fondée à être indemnisée par la société TRP à hauteur de cette même somme. Le surplus de la condamnation de la société TPR s'élevant à la somme de 1 192,33 euros devra être versée à la Métropole Rouen Normandie.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
12. La société MS Amlin Insurance SE a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 88 124,19 euros à compter du 1er juin 2022, date d'enregistrement de sa requête.
13. La Métropole Rouen Normandie a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 1 192,33 euros à compter du 1er juin 2022, date d'enregistrement de sa requête.
14. En revanche, la capitalisation des intérêts a été demandée le 1er juin 2022. A la date du présent jugement, il n'était pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter cette demande.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société TPR la somme globale de 1 500 euros à verser à la société MS Amlin Insurance SE et à la Métropole Rouen Normandie en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soient mises à la charge de ces dernières les sommes demandées par la société TPR au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La société TPR est condamnée à verser les sommes, assorties des intérêts au taux légal à compter du 1er juin 2022, de 88 124,19 euros TTC à la société MS Amlin Insurance et de 1 192,33 euros TTC à la Métropole Rouen Normandie.
Article 2 : La société TPR versera la somme globale de 1 500 euros à la Métropole Rouen Normandie et la société MS Amlin Insurance SE au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la Métropole Rouen Normandie, à la société MS Amlin Insurance SE et à la société Travaux Publics Rouennais.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- Mme Boucetta, conseillère,
- Mme Favre, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La rapporteure,
H. A
La présidente,
C. BOYER Le greffier,
J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026