jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202420 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | GARRAUD-OGEL-LARIBI |
Vu :
- l'ordonnance n°1903483 du 26 juin 2020 de la présidente du tribunal administratif de Rouen portant taxation et liquidation des frais de l'expertise du Dr B ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, alors âgée de 30 ans, a été admise, le 9 août 2018, à 9 heures 30 au Centre hospitalier de Fécamp, pour y accoucher de son second enfant, dans le cadre d'un déclenchement programmé en raison d'une suspicion de macrosomie fœtale mise en évidence à 36 semaines d'aménorrhée, le 16 juillet 2018. A 20 heures 50, devant la stagnation de la dilatation et l'apparition d'anomalies du rythme cardio-fœtal, le maïeuticien a décidé d'une césarienne en code orange. L'hystérotomie s'est doublée d'une lésion du pédicule utérin vasculaire gauche, à l'origine d'une importante hémorragie interne nécessitant l'intervention de trois praticiens et la section de la trompe ovarienne gauche pour parvenir à réaliser les sutures d'hémostase. Quoique son extraction se soit révélée difficile, l'enfant Léopold est né à 21 heures 10 avec un excellent score d'Apgar. Mme D a été transférée en unité de réanimation, pour une journée, puis en service de maternité, où elle est demeurée hospitalisée 14 jours.
2. Le 7 octobre 2019, Mme D a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Rouen d'une demande d'expertise portant sur les conditions de sa prise en charge médicale. Désigné par une ordonnance de référé du 5 décembre 2019, le Dr B, gynécologue-obstétricien, a déposé son rapport le 23 mars 2020, concluant à l'absence de manquements imputables au CH de Fécamp. Le 6 novembre 2020, la patiente a saisi la Commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) de Normandie aux fins d'indemnisation des conséquences dommageables de sa césarienne. Le Dr A, expert désigné par la CCI a déposé son rapport le 15 avril 2021, concluant à l'absence de faute à l'origine des dommages, imputable à l'établissement. Au vu des conclusions de ce rapport, la CCI a émis un avis défavorable à toute indemnisation, le 24 novembre 2021. Mme D a adressé, le 29 avril 2022, une demande indemnitaire préalable à l'ONIAM. Par un courrier du 9 mai 2022, l'office a fait savoir à la victime et à ses proches qu'il ne pouvait procéder à une indemnisation que dans l'hypothèse d'un avis de la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) l'y invitant ou dans l'hypothèse d'une condamnation contentieuse. Par la présente instance, Mme D demande la condamnation de l'ONIAM à l'indemniser des conséquences dommageables de l'accident médical non fautif qu'elle a subi.
Sur l'engagement de la solidarité nationale :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire () " Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L 1142-1 est fixé à 24 % . /Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. "
4. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement.
5. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
6. Une probabilité de survenance du dommage qui n'est pas inférieure ou égale à 5 % ne présente pas le caractère d'une probabilité faible, de nature à justifier la mise en œuvre de la solidarité nationale.
7. Il résulte de l'instruction, en particulier des rapports d'expertise des Drs B et A, que la grossesse de Mme D s'est compliquée d'une macrosomie fœtale sans diabète gestationnel objectivée au huitième mois, rendant nécessaire un déclenchement contrôlé de l'accouchement. Les deux experts s'accordent pour retenir l'absence de tout manquement imputable au CH de Fécamp dans la prise en charge obstétricale, à l'origine des dommages. En outre, le poids de l'enfant étant inférieur à 5 kilogrammes, il n'y avait pas d'indication à pratiquer d'emblée une césarienne, selon les règles posées par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). L'apparition, à partir de 15 heures 20, et, surtout, à 20 heures 30, d'anomalies du rythme cardio-fœtal, conjuguées à une stagnation, à compter de 15 heures, de la dilatation du col de l'utérus, a conduit l'équipe médicale à décider d'une césarienne en urgence (code orange) aux fins d'extraction de l'enfant, afin d'éviter tout risque d'acidose. Les deux experts valident cette décision opératoire, conforme aux règles de l'art.
8. Il ressort des conclusions expertales que, devant le tableau clinique précédemment décrit, " le risque vital était en jeu ", selon les termes du Dr B, tant pour la mère que pour l'enfant. En outre, la réalisation d'une césarienne en urgence majore de 4,6% les risques de complications pour la mère, 27% des parturientes ayant accouché par césarienne rencontrent ainsi des complications, qui s'avèrent sévères dans 10% des cas. Au cas d'espèce, le tableau clinique présentait des facteurs de risques supplémentaires tenant, d'une part, à la position de la tête de l'enfant, en configuration occipito-sacrée, rentrante dans le bassin maternel, qui complique la sortie de la tête au travers de l'hystérotomie, et, d'autre part, à la circonstance que la césarienne intervenait en fin de travail obstétrical, soit à dilation presque complète du col, générant un risque majoré d'extension de l'hystérotomie, avec ou sans atteinte des pédicules vasculaires utérins, complication bien connue de la littérature médicale. Le Dr B indique, à cet égard, que le risque d'hystérotomie jusqu'aux pédicules vasculaires utérins, est rapporté " dans tous les ouvrages d'obstétrique ". L'incidence d'un tel risque est relevée, selon les études, à 1 à 2%, 21,8%, 27,7%, 6,4%, 68,6% et 6,6%. Cet expert retient également que " les facteurs de risque de l'extension d'une hystérotomie sont tous présents dans le cas de la prise en charge de Mme D ". Ces risques qui, eu égard aux taux d'occurrence précédemment mentionnés, et aux conditions dans lesquelles l'acte chirurgical de césarienne a été mené, ne présentaient pas une faible probabilité de survenance, se sont réalisés, en l'espèce : Mme D a subi une déchirure de l'hystérotomie, à gauche, filant jusque sous la vessie et infligeant des lésions aux pédicules vasculaires utérins, à l'origine d'une importante hémorragie interne, rendant impérative la réalisation d'une hémostase par suture. Cette opération s'est elle-même avérée particulièrement difficile compte tenu de la localisation du foyer hémorragique dont la visualisation, et l'accès, ont successivement nécessité, le décollement de la vessie, l'extériorisation de l'utérus hors de la cavité pelvienne et, enfin, la section de la trompe ovarienne gauche. Dans ces conditions, les dommages dont Mme D a été victime, à l'origine d'un déficit fonctionnel permanent de 10%, ne peuvent être regardés comme présentant un caractère anormal au sens des principes énoncés aux points n°4, 5 et 6.
9. De plus, il ne résulte pas de l'instruction que Mme D aurait subi pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. Si la requérante se prévaut de ce qu'elle ne présentait pas, a priori, un terrain clinique propice à la survenance d'une telle lésion, cette circonstance, à la supposer même établie, est sans incidence sur la qualification du dommage. Il en va de même, enfin, de la circonstance, invoquée par Mme D, tenant à ce qu'elle a été reconnue définitivement inapte à l'exercice de son emploi, le 15 juillet 2021, par le médecin du travail. Il doit, au demeurant, être souligné, sur ce dernier point, que l'impossibilité d'exercer son métier de vendeuse en parapharmacie, résulte de douleurs pelviennes et abdominales chroniques rendant impossible la station debout prolongée et le port de charges lourdes, ainsi que des troubles digestifs et de la miction dont la requérante est atteinte. Toutefois, cette symptomatologie trouve son origine exclusive dans l'endométriose profonde dont est affectée Mme D, selon le Dr A, pathologie sans rapport avec la complication hémorragique subie au décours de sa césarienne, aux termes des conclusions des deux experts précités. Il s'ensuit que l'inaptitude définitive à exercer son emploi ne peut être retenue comme imputable à l'accident médical non fautif dont la patiente a été victime. Il s'ensuit, en tout état de cause, que les dommages subis par la requérante ne satisfont pas aux critères de gravité posés par les dispositions de l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit utile d'ordonner une nouvelle expertise, que les conditions d'un engagement de la solidarité nationale ne sont pas réunies. Mme D n'est, par suite, pas fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'ONIAM. Ses conclusions formées à cette fin et dirigées contre l'Office ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les dépens :
11. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens. ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de Mme D les frais et honoraires du Dr B, liquidés et taxés à la somme de 700 euros par l'ordonnance susvisée du 26 juin 2020.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Les frais et honoraires du Dr B liquidés et taxés à la somme de 700 euros, sont laissés à la charge de Mme D.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à la caisse primaire d'assurance maladie du Havre, au centre hospitalier de Fécamp et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller.
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
C. BOUVET
La présidente,
signé
A. GAILLARD
Le greffier,
signé
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne à la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
S. Combes
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026