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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202430

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202430

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202430
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantSAGON LOEVENBRUCK LESIEUR LEJEUNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2022, M. D B, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise à son encontre le 19 mai 2022, par la directrice de production de Pôle emploi Normandie pour le recouvrement d'une somme de 8 853,07 euros correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique constitué pour la période allant du 1er septembre 2016 au 31 octobre 2019 ;

2°) d'enjoindre à Pôle emploi Normandie de lui accorder une remise gracieuse de la somme de 8 853,07 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser directement à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administratif.

Il soutient que :

- le remboursement de l'allocation est prescrit ;

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, Pôle emploi Normandie, représenté par Me Lesieur-Guinault conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Pôle emploi Normandie fait valoir que :

- le recours est irrecevable dès lors que le requérant n'a pas formé de recours administratif préalable obligatoire, en application de l'article L. 5426-8-2 du code du travail ;

- la contrainte émise à l'encontre du requérant est fondée dès lors que M. B n'a pas respecté le principe de sincérité imposé au déclarant en ne déclarant pas son activité induisant ainsi un cumul de revenus non déclaré ;

- Pôle emploi fondé à obtenir la réparation de l'indu créé à son préjudice par le demandeur d'emploi, dès lors les allocations versées sans cause donnent lieu à répétition ;

- Pôle emploi est fondé à obtenir la réparation de l'indu dès lors que le requérant a procédé à une fraude ;

- l'action en répétition des allocations n'est pas prescrite, dès lors, d'une part, que les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans au titre de l'article 2224 du code civil, et d'autre part, le délai de prescription a été interrompu par la reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait en versant des sommes à titre de remboursement de l'indu ;

- les moyens de légalité soulevés à l'appui des conclusions du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judicaire en date du 7 septembre 2022.

Vu :

- le code civil ;

- le code du travail ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Van Muylder a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 mai 2022, Pôle emploi Normandie a émis une contrainte à l'encontre de M. B aux fins de recouvrement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique (ASS) d'un montant de 8 853,07 euros sur la période du 1er septembre 2016 au 31 octobre 2019, au motif d'un cumul de revenus par une activité non déclarée. M. B fait opposition à cette contrainte.

Sur l'opposition à la contrainte émise le 21 novembre 2022 :

En ce qui concerne la régularité de la contrainte :

2. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 5426-20 du même code : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6. / Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ou la date de la pénalité administrative ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. / Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2. ". Enfin, aux termes de l'article R. 5426-21 du même code : " La contrainte est notifiée au débiteur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la lettre recommandée mentionne : 1° La référence de la contrainte ; 2° Le montant des sommes réclamées et la nature des allocations, aides et autres prestations en cause ou la date de la pénalité administrative ; 3° Le délai dans lequel l'opposition doit être formée ; 4° L'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. () ". En application de ces dispositions, Pôle emploi peut délivrer une contrainte pour le remboursement d'une prestation indûment versée, après avoir adressé au débiteur, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte, notamment, le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées et la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, et restée sans effet après un mois.

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-32 du 29 avril 2022, régulièrement publié au bulletin officiel de Pôle emploi, la directrice régionale de Pôle emploi Normandie a donné délégation à Mme C A, directrice de production, au sein de la direction régionale, pour signer les décisions portant contrainte pour le recouvrement des indus d'allocation de solidarité spécifique. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit dès lors être écarté.

4. En second lieu, il résulte de l'examen de la contrainte du 19 mai 2022 notifiée le 27 mai suivant qu'elle fait mention des articles L. 5426-8-2, R. 5426-20, R. 5426-21 et R. 5426-22 du code du travail et de la référence de ladite contrainte. Par ailleurs, elle indique avoir pour objet le recouvrement de l'allocation de solidarité spécifique indument versée après la mise en demeure restée sans effet du 13 janvier 2022 ainsi que le montant de l'indu notifié, soit 8 853,07 euros, frais compris, pour la période concernée du 1er septembre 2016 au 31 octobre 2019. Elle précise enfin le tribunal administratif compétent, Rouen, ainsi que son adresse, le délai et les formes requises pour le saisir. Cette contrainte comporte en conséquence l'ensemble des mentions requises par l'article R. 5426-21 du code du travail rappelé au point 2. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne l'exception de prescription :

5. L'article L. 5422-5 du code du travail dispose que : " L'action en remboursement de l'allocation d'assurance indûment versée se prescrit par trois ans. En cas de fraude ou de fausse déclaration, elle se prescrit par dix ans. Ces délais courent à compter du jour de versement de ces sommes. ". Il résulte de ces dispositions que le délai spécial de prescription prévu par l'article L. 5422-5 du code du travail pour l'action en répétition de l'allocation d'assurance indûment versée n'est pas applicable à l'allocation de solidarité spécifique. A défaut de dispositions particulières et dérogatoires figurant dans le code du travail, la créance dont il s'agit est soumise à la prescription de droit commun édictée à l'article 2224 du code civil aux termes duquel : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits permettant de l'exercer. ".

6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'action en recouvrement d'une créance d'allocation spécifique de solidarité se prescrit par cinq ans. Il résulte de l'instruction que la dette mise à la charge de M. B résulte d'un indu d'allocation spécifique de solidarité versée pour la période courant de septembre 2016 à octobre 2019. Il est constant que Pôle emploi a notifié à l'intéressé le trop-perçu par courrier du 18 mars 2021, lui a proposé un échéancier le 26 mars 2021 et que M. B a commencé à payer cet échéancier dès le 12 avril 2021, interrompant ainsi le délai de prescription de droit commun de cinq ans. Dès lors l'action contre ce trop-perçu n'était donc pas prescrite à la date d'émission de la contrainte le 19 mai 2022. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu d'ASS :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 5426-2 du code du travail : " Le revenu de remplacement est supprimé ou réduit par l'autorité administrative dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 5412-1 et à l'article L. 5412-2. / Il est également supprimé en cas de fraude ou de fausse déclaration. Les sommes indûment perçues donnent lieu à remboursement. ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées () le directeur général de l'institution prévue à l'article L. 5312-1 [Pôle emploi] ou la personne qu'il désigne en son sein peut () après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". En application de ces dispositions précisées par l'article R. 5426-20 du même code, Pôle emploi peut délivrer une contrainte pour le remboursement d'une prestation indûment versée, après avoir adressé au débiteur, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception restée sans effet après un mois, une mise en demeure qui comporte, notamment, le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées et la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement.

9. Il résulte de l'instruction que M. B a omis de déclarer l'activité qu'il a exercé au cours d'une période allant du 1er septembre 2016 au 31 octobre 2019. Il en a résulté un trop-perçu d'ASS sur cette période d'un montant de 9 403,03 euros. Compte tenu des remboursements et des prélèvements déjà effectués d'un montant total de 560 euros, et des frais de contrainte pour un montant de 10,04 euros, Pôle emploi devenu France Travail, qui n'a pas entachée sa décision ni d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation, est fondé à émettre à l'encontre de M. B une contrainte pour un montant de 8 853,07 euros.

Sur la demande de remise gracieuse :

10. Aux termes de l'article L. 5426-8-3 du code du travail : " Pôle emploi est autorisé à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées pour son propre compte, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.

11. M. B n'invoque ni sa situation de précarité ni sa bonne foi, alors au demeurant que l'indu d'ASS résulte de l'absence de déclaration de ses activités salariées. Le requérant n'est dès lors, en tout état de cause, pas fondé à demander une remise de dette gracieuse.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Pôle emploi devenu France Travail, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme demandée par M B sur leur fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de France Travail présentées à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de France Travail Normandie présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à France Travail Normandie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La magistrate désignée,

C. VAN MUYLDER

Le greffier,

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au ministre du travail et de l'insertion professionnelle, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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