vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202431 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
| Avocat requérant | BONIFACE DAKIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juin 2022, et un mémoire, enregistré le 2 février 2023, Mme A, représentée par la SCP " Garraud Ogel Laribi Haussetete ", demande au tribunal :
1°) d'annuler la demande de recouvrement par voie de contrainte émise le 20 janvier 2022 à son encontre par le directeur de la Caisse des dépôts pour un montant de 26 331,92 euros correspondant à un indu de versement de pension de réversion sur la période allant du 29 mai 2008 au 30 juin 2013 ;
2°) à titre subsidiaire et dans l'hypothèse où le tribunal estimerait l'action recevable, de lui accorder des délais de paiement dans la limite du maximum légal ;
3°) de mettre à la charge de la caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la créance litigieuse est prescrite en application de la prescription quinquennale prévue à l'article 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la créance est prescrite en application de l'article 2224 du code civil ;
- la CNRACL se devait de s'informer chaque année sur sa situation, dès lors l'absence d'actualisation des informations relatives à sa situation résulte exclusivement de sa carence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Me De L'Aigle, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir, d'une part, que la requête est irrecevable dès lors que la décision litigieuse n'est pas une contrainte mais une notification d'indu contrairement à ce que soutient la requérante, et d'autre part, que les moyens soulevés au soutien de la requête ne sont pas fondés.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, par courrier du 10 juillet 2024, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par Mme A tendant à l'étalement du remboursement de sa dette, dès lors que de telles conclusions ne relèvent pas de la compétence du juge administratif.
Un mémoire en réponse au moyen soulevé d'office a été produit pour Mme A, enregistré le 11 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 65-773 du 9 septembre 1965 ;
- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le décret n° 2007-173 du 7 février 2007 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier :
- le rapport de Mme Van Muylder,
- et les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite du décès de son époux le 13 juin 1988, lequel était agent public, Mme B A a bénéficié, du chef de son époux, du versement d'une pension de réversion par la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales. Le 3 juin 2013, la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) a toutefois été informée par une déclaration sur l'honneur de Mme A qu'elle était en concubinage notoire depuis 1998. Par une première décision du 6 janvier 2014, le directeur de la CNRACL a informé la requérante qu'à la suite de sa déclaration, la pension qui lui était servie était annulée et qu'elle était redevable des sommes indûment perçues au titre des arrérages de la pension de réversion entre le 29 mai 2008 et le 30 juin 2013, sur la période allant du jour des vingt et un ans de son plus jeune enfant et jusqu'à interruption du versement de la pension litigieuse en juillet 2013. Mme A demande au tribunal d'annuler la demande de recouvrement par voie de contrainte émise le 20 janvier 2022 à son encontre par le directeur de la Caisse des dépôts pour un montant de 26 331,92 euros correspondant à un indu de versement de pension de réversion sur la période allant du 29 mai 2008 au 30 juin 2013.
2. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pension, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.
Sur le bien-fondé de la décision du 20 janvier 2022 :
3. En premier lieu, si, en principe, le droit à pension de réversion est régi par les dispositions en vigueur à la date du décès de l'ayant cause, la restitution des sommes payées indûment au titre d'une pension est soumise, en l'absence de disposition contraire, aux dispositions en vigueur à la date à laquelle l'autorité compétente décide de procéder à la répétition des sommes indûment versées.
4. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux fonctionnaires mentionnés à l'article 2 du décret n° 2007-173 du 7 février 2007 relatif à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales et à leurs ayants cause ". L'article 2 du décret du 7 février 2007 relatif à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales dispose que : " Sont obligatoirement affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales les fonctionnaires soumis aux dispositions de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 () ". Aux termes de l'article 47 du décret du 26 décembre 2003 précité, qui reprennent les dispositions de l'article 43 du décret du 9 septembre 1965 portant règlement d'administration publique relatif au régime de retraite des tributaires de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Le conjoint survivant ou divorcé qui contracte un nouveau mariage ou vit en état de concubinage notoire perd son droit à pension () ".
5. L'article 59 du décret du 26 décembre 2003 précité dispose que : " () La restitution des sommes payées indûment au titre des pensions, de leurs accessoires, d'avances provisoires sur pensions, attribués en application des dispositions du présent décret est réglée conformément aux dispositions de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite () ". Aux termes de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Sauf le cas de fraude, omission, déclaration inexacte ou de mauvaise foi de la part du bénéficiaire, la restitution des sommes payées indûment au titre des pensions, de leurs accessoires ou d'avances provisoires sur pensions, attribués en application des dispositions du présent code, ne peut être exigée que pour celles de ces sommes correspondant aux arrérages afférents à l'année au cours de laquelle le trop-perçu a été constaté et aux trois années antérieures ".
6. L'omission, par le bénéficiaire d'une pension, de déclarer un changement de situation ayant pour conséquence la perte de son droit à pension fait obstacle, alors même qu'elle ne révèle aucune intention frauduleuse ou mauvaise foi, à l'application de la prescription prévue par l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires.
7. L'ouverture, la restriction ou la suppression des droits qui s'attachent à la qualité de pensionné dépendent d'événements personnels que le bénéficiaire est seul habilité à divulguer. Il appartient, dès lors, à celui-ci de prendre l'initiative d'informer le service débiteur de sa pension des changements de situation ayant une incidence sur ses droits. La perception par Mme A de sa pension de réversion malgré son concubinage notoire a pour origine une absence de déclaration auprès de l'administration compétente de son changement de situation. Par suite, alors même que la requérante n'aurait poursuivi aucune intention frauduleuse ni n'aurait été de mauvaise foi, le moyen tiré de ce que les sommes dont le recouvrement est poursuivi sont prescrites par application de la prescription triennale prévue à l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite doit être écarté.
8. En deuxième lieu, Mme A soutient que la Caisse des dépôts et consignations aurait méconnu les règles de prescription du code civil.
9. Toutefois, d'une part, si l'article 2277 du code civil, dans sa rédaction applicable avant l'entrée en vigueur de la loi du 17 juin 2008, instituait une prescription par cinq ans des actions relatives aux créances périodiques, sans qu'il y ait lieu de distinguer selon qu'il s'agissait d'une action en paiement ou en restitution de ce paiement, cette prescription ne courait pas lorsque la créance, même périodique, dépendait d'éléments qui n'étaient pas connus du créancier et devaient résulter de déclarations que le débiteur était tenu de faire.
10. En deuxième lieu, en vertu de l'article 2224 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008, les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. La prescription quinquennale ainsi prévue ne porte que sur le délai pour exercer l'action, non sur la détermination de la créance elle-même. Ainsi, dès lors que l'action est introduite dans le délai de cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer, la seule limite à l'exercice de ce droit résulte de l'article 2232 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008, aux termes duquel " le report du point de départ, la suspension ou l'interruption de la prescription ne peut avoir pour effet de porter le délai de la prescription extinctive au-delà de vingt ans à compter du jour de la naissance du droit ". Cependant, en application des dispositions du II de son article 26, les dispositions de la loi du 17 juin 2008 qui réduisent la durée d'une prescription s'appliquent à compter du jour de l'entrée en vigueur de la loi, sans que la durée totale puisse excéder la durée prévue par la loi antérieure. Il en résulte que lorsque l'exercice d'une action n'était enserré, avant l'intervention de la loi du 17 juin 2008, que par la prescription trentenaire, cette prescription continue à s'appliquer. Enfin, de l'article 2241 du code civil dispose que " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. Il en est de même lorsqu'elle est portée devant une juridiction incompétente ou lorsque l'acte de saisine de la juridiction est annulé par l'effet d'un vice de procédure. ".
11. Si la Caisse des Dépôts et Consignations a eu connaissance du concubinage notoire le 3 juin 2013, il est constant que, la CNRACL a notifié le montant de sa créance à Mme A dès le 26 février 2015 et que la caisse des dépôts lui a demandé de procéder au remboursement de cette somme le 26 février 2015, interrompant la prescription. Par un courrier du 10 avril 2015, Mme A a contesté cet indu et demandé une remise gracieuse auprès de la caisse des dépôts, puis par un courrier notifié le 21 mai 2015 à la CNRACL, la requérante a contesté de nouveau la demande de reversement de cet indu. Par un courrier du 4 mai 2015, la caisse des dépôts lui a opposé un rejet de son recours gracieux, et par un courrier du 10 juillet 2015, la CNRACL a confirmé sa décision du 6 janvier 2014. Après plusieurs mises en demeure de la caisse des dépôts et des consignations, Mme A a informé par un courrier en date du 25 janvier 2016 ne pas pouvoir rembourser la somme réclamée. Par un courrier du 1er mars 2016, Mme A, par le biais de son conseil, a formé un recours en contestation du bien-fondé de la créance auprès de la CNRACL, qui a été rejeté par lettre du 31 mars 2016, confirmant les précédentes décisions. Les 7 avril et 6 juin 2016, la caisse des dépôts et consignations a adressé deux lettres de relance à Mme A. La caisse des dépôts et consignations a alors assigné Mme A devant le juge judicaire en paiement par acte d'huissier le 28 mai 2018. Par un jugement en date du 15 décembre 2021, le tribunal judicaire de Dieppe s'est déclaré incompétent. Il résulte de l'ensemble de ces circonstances que le délai de prescription quinquennal de droit commun n'avait pas expiré le 20 janvier 2022 lorsque la caisse des dépôts a émis une contrainte à l'encontre de Mme A pour le recouvrement de l'indu pour un montant de 26 331,92 euros.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 janvier 2022.
Sur les conclusions sur les délais de paiement :
13. Il n'appartient pas au juge administratif de prononcer l'étalement du remboursement d'une créance due à l'administration. Il appartient seulement à Mme A, si elle s'y croit fondée, de saisir l'administration d'une demande d'étalement du règlement des sommes en cause.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CNRACL, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée par Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme au titre des frais exposés par la CNRACL et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la CNRACL au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales, et à la caisse des dépôts et consignations.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé : C. VAN MUYLDER
Le greffier,
Signé : J-B. MIALON
La République mande et ordonne au ministre du travail et de l'insertion professionnelle, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026