vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202486 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | HORRIE & ASSOCIES SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 juin 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Conseil Assurance Patrimoine Finances (Capfinances), représentée par la SELARL Horrie et Associés, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2014 et 2015, ainsi que des pénalités afférentes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SASU Capfinances soutient que :
- les rehaussements de 45 641 euros au titre de l'exercice 2014 et de 106 939 euros au titre de l'exercice 2015 sont injustifiés dès lors que les charges passées en frais généraux correspondent à des dépenses de cadeaux faites aux mandataires d'intermédiaires d'assurance (MIA) pour un montant de 9 435 euros et de 28 252 euros au titre de chacun de ces exercices qui obéissent aux conditions de corrélation et de proportionnalité entre ces dépenses, indispensables, et son intérêt propre ;
- les dépenses de sponsoring pour un montant de 26 400 euros au titre de l'exercice 2014 et de 26 990 euros au titre de l'exercice 2015 remplissent également les conditions de déductibilité conformément aux dispositions du 7° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ;
- les dépenses de parrainage pour un montant de 35 000 euros au titre de l'exercice 2015 ainsi que des dépenses de cadeaux à des tiers pour un montant de 1 468 euros au titre de l'exercice clos en 2014 et de 4 494 euros au titre de l'exercice 2015 ont été exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation ;
- les montants de 5 466,45 euros en 2014 et de 8 278,07 euros en 2015 résultent d'erreurs de comptabilisation suffisamment expliquées ;
- la dépense de 2 300 euros correspond à un gain spécifique remporté par un MIA à la suite d'un concours distinct et n'est pas un doublon comptable ;
- les rappels de CVAE au titre des exercices 2014 et 2015 doivent être déchargés par voie de conséquence ;
- les intérêts de retard doivent être déchargés par voie de conséquence ;
- la majoration appliquée au titre du a) de l'article 1729 du code général des impôts est injustifiée dès lors que l'intégralité des rehaussements et rappels d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2014 et 2015 n'est pas fondée dès lors qu'aucune intention d'éluder l'impôt n'a été démontrée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2022, la directrice de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
La directrice soutient que :
- les conclusions tendant à la décharge des majorations prévues par l'article 1763 du code général des impôts ne sont pas recevables en l'absence de tout moyen soulevé dans le délai de recours ;
- aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,
- et les observations de Me Horrie, pour la SASU Capfinances.
Considérant ce qui suit :
1. La SASU Capfinances exerce une activité de courtier en gestion de patrimoine indépendant. A l'issue d'une vérification de comptabilité, l'administration fiscale a, notamment, remis en cause la déductibilité de diverses charges au titre des exercices clos en 2014 et 2015.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () 7° Les dépenses engagées dans le cadre de manifestations de caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif () lorsqu'elles sont exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation ; () 5. Sont également déductibles les dépenses suivantes : () e) Les cadeaux de toute nature, à l'exception des objets de faible valeur conçus spécialement pour la publicité ; () Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent également être réintégrées dans les bénéfices imposables dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n'a pas été apportée qu'elles ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise. () "
3. Sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
En ce qui concerne les cadeaux aux mandataires d'intermédiaires d'assurance :
4. Il résulte des dispositions précitées du 1° du 1 et du 5 de l'article 39 du code général des impôts que les dépenses de cadeaux sont en principe déductibles. Il en va cependant autrement si l'entreprise ne justifie pas de l'intérêt direct que présente, pour son activité présente ou future, l'entretien de bonnes relations avec les bénéficiaires des cadeaux ou si l'administration établit que le montant d'une dépense est excessif au regard de l'intérêt que le bénéficiaire du cadeau présente pour l'entreprise.
5. La société requérante a recours à des courtiers d'assurance dénommés mandataires d'intermédiaires d'assurance (MIA). Ces collaborateurs présentent, proposent ou aident à la conclusion des opérations de souscription de contrats d'assurance effectuées par des courtiers. Les MIA ne sont pas propriétaires des clients apportés au courtier. La société requérante soutient, en se prévalant d'ailleurs de l'avis favorable à l'abandon des redressements émis par la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires à l'issue de sa séance du 1er octobre 2020, que les cadeaux aux MIA s'inscrivaient dans un contexte d'émulation créé par des concours et que la progression du volume d'affaires apportées au cours de la période vérifiée témoigne du succès d'une stratégie de développement reposant sur la motivation de ces collaborateurs. Cette stratégie se traduisait en particulier par l'organisation de concours collectifs ou individuels donnant lieu à la remise de cadeaux dont la valeur, ne peut, selon l'entreprise vérifiée, être considéré comme disproportionnée eu égard à la progression du chiffre d'affaires engendrée par ces épreuves.
6. En premier lieu, concernant un stylo et un portefeuille offerts pour les montants respectifs de 255 et 340 euros, la SASU Capfinances n'apporte pas de justificatifs attestant des résultats des participants à un concours ni aucun document établissant la participation des bénéficiaires des cadeaux à l'évolution du chiffre d'affaires. L'existence et la valeur d'une contrepartie n'est pas davantage démontrée s'agissant d'un casque audio, pour un montant de 189,96 euros, en l'absence de justificatif du nom du bénéficiaire et du motif de ce présent. Concernant les cartes cadeau pour des montants de 1 100 et 1 200 euros, la société requérante n'apporte pas la preuve d'une participation directe de leur bénéficiaire au chiffre d'affaires dès lors qu'il s'agissait d'un concours dit technique d'évaluation des compétences. Dans ces conditions, la SASU Capfinances ne peut être regardée comme apportant des éléments suffisamment précis quant à la nature des charges en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'elle en a retirée à la clôture de l'exercice 2014.
7. En deuxième lieu, s'agissant de cadeaux offerts sous forme de bons de voyage, l'administration fait valoir qu'il s'agit de dépenses exposées à l'occasion de concours individuels, selon elle non déductibles par comparaison avec les cadeaux remis à l'issue de concours collectifs, tels que des voyages de stimulation, dont la valeur est en principe déductible. Contrairement à cette affirmation de principe, la circonstance qu'une épreuve soit individuelle n'est pas de nature à rendre impossible la démonstration de son intérêt pour l'entreprise dès lors qu'une contrepartie, fût-elle indirecte, peut résulter de ce qui s'apparente en réalité à autant de défis susceptibles d'inciter les MIA à apporter des clients afin d'obtenir une récompense. La stimulation découlant de la remise d'un cadeau, si un objectif quantifié de contrats à faire souscrire par des clients est assigné au MIA, doit toutefois être démontrée par des preuves suffisantes. En l'espèce, si la société requérante produit une fiche de résultats pour chacun des trois bénéficiaires désignés, aucun autre document comptable attestant de la réalité de ces chiffres n'est apporté. De plus, aucune facture régulière attestant de la réalité du cadeau, ni de la réalité de la remise au bénéficiaire n'est versée aux débats. Dans ces conditions, l'administration était en droit de remettre en cause la déduction de ces dépenses pour les montants de 2 300 euros, 1 350 euros et 2 700 euros au titre de l'exercice 2014.
8. En troisième lieu, au titre de l'exercice clos en 2015, l'administration fiscale a refusé la déduction des dépenses de cadeaux aux MIA exposées par la société Capfinances pour un montant de 28 252 euros. Concernant trois voyages offerts, d'un montant de 4 613 euros pour deux d'entre eux et de 15 446 euros pour le dernier, la société requérante n'apporte pas la preuve des faits à l'origine de ces cadeaux alors que l'administration, en soulignant que la question de savoir si les bénéficiaires avaient été gratifiés en qualité de salarié ou d'apporteur d'affaires n'avait pas été éclaircie, le conteste sérieusement. A supposer que ces voyages trouvent leur origine dans une mise en relation effectuée par un MIA, cet avantage en nature non prévu par les contrats, lesquels ne prévoient que des commissions de rémunération, ne relève pas d'une gestion normale.
9. En dernier lieu, concernant les deux dépenses de stylo pour des montants de 220 euros et 270 euros en récompense de concours dits individuels, l'entreprise vérifiée ne démontre pas, par les pièces qu'elle produit, le résultat des participants, ni la date de ces défis, ni le nom des bénéficiaires sur les factures. La société requérante n'apporte donc pas la preuve d'une contribution réelle des deux bénéficiaires à son chiffre d'affaires à l'occasion de ces concours. Concernant, enfin, le cadeau ayant pris la forme d'une carte Cadhoc de 3 090 euros, aucun justificatif du nom du bénéficiaire n'est apporté, ni de la raison de ce cadeau qui, selon l'explication de la SASU Capfinances, serait la récompense offerte au gagnant d'un concours dont elle ne justifie pas de l'existence.
En ce qui concerne les dépenses de sponsoring :
10. Sont comprises dans les dépenses dites de sponsoring celles destinées à promouvoir l'image de marque de l'entreprise dans un but commercial et font l'objet d'une contrepartie suffisante. La participation financière du sponsor est regardée comme la rémunération de la prestation de publicité rendue par le sponsorisé. Pour être déductibles, ces dépenses doivent satisfaire aux conditions générales de déductibilité des charges dont celle tenant à ce qu'elles soient exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation. Cette condition est réputée acquise lorsque l'identification de l'entreprise qui entend promouvoir son image de marque dans le cadre du sponsoring est assurée, peu importe à cet égard la nature du support qui permet cette identification, pourvu que les dépenses engagées soient en rapport avec l'avantage attendu par l'entreprise.
11. En premier lieu, eu égard aux éléments de faits apportés par la SASU Capfinances, les dépenses litigieuses, alors même qu'elles ont pris la forme de cadeaux remis à des tiers, peuvent être qualifiées de frais de sponsoring dès lors que le financement des récompenses et remises des cadeaux lors des éditions 2014 et 2015 de la manifestation à caractère sportif dénommé Plug Foot Game 2014 a été engagé en contrepartie d'une recherche de visibilité pour l'entreprise, dont la presse locale s'est d'ailleurs fait écho. Cette qualification n'est au demeurant pas contestée dans son principe par l'administration. Toutefois, aucun justificatif précis de l'attribution des cadeaux à des joueurs présents, ni des conditions d'attribution de ces cadeaux, n'est apporté par la SASU Capfinances. Aucune facture ni aucun autre élément n'est non plus apporté de nature à établir le montant de ces dépenses ayant consisté, au titre de l'exercice 2014, en une carte cadeau d'une valeur de 5 000 euros ainsi qu'en deux voyages au Club Med de 6 400 euros et 15 000 euros et, au titre de l'exercice 2015, en l'attribution d'une carte cadeau de 10 000 euros, d'une montre de marque Breitling d'une valeur de 14 960 euros au gagnant d'une tombola et d'un voyage d'une valeur de 1 000 euros. Dans ces conditions, la circonstance que le chiffre d'affaires aurait augmenté de 116 %, de 5 959 700 euros à 12 869 100 euros, au titre de la période couvrant trois exercices sociaux contemporains de la période sous contrôle ne suffit pas à établir le caractère déductible de ces dépenses. Si la société vérifiée produit 59 feuilles de renseignements comportant les coordonnées de personnes qu'elle présente comme autant de clients potentiels, il n'est pas établi que ces données, dépourvues de date et de lieu d'enregistrement, auraient été recueillies à l'occasion des manifestations sportives sponsorisées en 2014 et 2015. Aucune preuve d'une corrélation entre les dépenses énumérées ci-dessus et la souscription de contrats avec, a minima, des joueurs professionnels s'étant produits lors de ces manifestations n'est, enfin, apportée.
12. En second lieu, les dépenses de 300 euros et 730 euros engagées à l'occasion d'une compétition de golf ne sont accompagnées d'aucune preuve de leur nature, date et destinataire. Faute de revêtir le caractère de frais de sponsoring que leur attribue la société requérante, ces montants ne présentaient pas un caractère déductible, ainsi que l'a estimé sans erreur d'appréciation le service.
En ce qui concerne les dépenses de parrainage :
13. Au titre du seul exercice clos en 2015, la SASU Capfinances a comptabilisé une dépense totale de 35 000 euros correspondant à des chèques cadeaux remis en contrepartie de parrainages réalisés par des clients. Si la société requérante se prévaut d'une augmentation de 42 % du nombre de contrats signés, de 24 % du chiffre d'affaires et de 17 % du volume de versements de l'épargne collectée et que l'investissement de 35 000 euros s'est révélé des plus limité au regard de la somme de 915 000 euros de commissions sur les ventes de produits d'assurances réalisées, elle n'apporte aucun document mentionnant les bénéficiaires des chèques cadeaux, ni aucun document signé par les éventuels clients parrains et clients parrainés. Dans ces conditions, les seules affirmations de l'entreprise ne suffisent pas à justifier de l'existence d'une contrepartie à ces cadeaux de parrainage et la déduction des dépenses en cause pouvait être remise en cause.
En ce qui concerne les cadeaux aux tiers :
14. En premier lieu, des cartes cadeau d'une valeur de 369 euros et de 540 euros ont été offertes en 2014 par la société requérante à un de ses agents commerciaux et à un de ses MIA. Ces avantages constitueraient la gratification de la présentation, par les bénéficiaires des cartes cadeau, de nouveaux MIA ayant accepté de travailler pour l'entreprise. Toutefois, aucun contrat rémunérant ce type de prestation, ni d'ailleurs aucune justification d'un recrutement effectif n'est produit. Ces dépenses, qui ne constituent d'ailleurs pas des cadeaux offerts dans un objectif de stimulation pour rechercher des clients mais présentent la nature d'une rémunération d'un service en dehors d'un cadre contractuel ne relèvent pas d'une gestion commerciale normale.
15. En deuxième lieu, la SASU Capfinances ne produit aucun billet, ni lettre de mission, ni document d'étude préalable, ni rapport relatif à un voyage d'affaires qu'aurait effectué un MIA au cours de l'année 2014 en Guadeloupe afin d'y implanter une agence. A supposer que ce voyage aurait permis de faire souscrire deux contrats d'assurance vie par deux personnes résidant dans ce département d'outre-mer, la production des deux contrats en cause, au demeurant signés six mois après le voyage, ne suffit pas à conférer à la prise en charge du voyage la nature d'un cadeau offert à son bénéficiaire, qui n'est pas un client en ayant parrainé d'autres mais un professionnel rémunéré à la commission pour chaque contrat souscrit. Par suite, la valeur du cadeau dénommé Opodo de 557,93 euros ne pouvait être portée en déduction des résultats de l'exercice 2014.
16. En troisième lieu, pour le motif énoncé au point 14, le chèque cadeau d'une valeur de 1 000 euros remis à une personne ayant présenté un MIA à la société requérante constitue la rémunération d'un service intervenue anormalement en dehors de tout cadre contractuel et non pas une récompense consécutive à un concours ou aux bons résultats accomplis par son bénéficiaire en qualité de collaborateur. Cette somme pouvait donc, à bon droit, être réintégrée aux résultats de l'exercice clos en 2015.
17. En dernier lieu, trois cadeaux de voyage de la valeur unitaire de 916,4 euros et un cadeau de 745,2 euros constitueraient la contrepartie du rôle de client joué par les bénéficiaires de ces sommes lors d'une session de formation commerciale ainsi que de l'animation assurée par eux lors d'une journée de formation. Aucune convention relative à ces prestations de service n'a été produite. Aucune justification de la réalité même de ces formations n'est apportée par la société requérante. La déduction des quatre sommes en question pouvait donc être refusée par le vérificateur au titre de l'exercice clos en 2015.
En ce qui concerne les erreurs de comptabilisation :
18. La société requérante soutient que, au cours des opérations de vérification, elle s'est aperçue que certaines charges passées en comptabilité en tant que cadeaux à la clientèle constituaient en réalité des achats de biens pour son propre compte. Ces dépenses maladroitement comptabilisées concernent l'achat de petits matériels et outillages, à l'exception d'un cadeau à un client. Le caractère involontaire de cette erreur comptable n'est pas contesté par l'administration. Toutefois, cette dernière estime que ces acquisitions ne présentent pas, en raison de la valeur des éléments achetés, le caractère de charges immédiatement déductibles mais celui de dépenses d'immobilisation accroissant l'actif de l'entreprise. Les parties conviennent de se placer sur le terrain d'une interprétation administrative de la loi fiscale qui admet que les dépenses de mobiliers, matériels et outillages d'une valeur unitaire n'excédant pas 500 euros hors taxes puissent être intégralement déduites au titre de l'année de leur acquisition.
19. En premier lieu, toutes les dépenses d'achat de consoles de jeux vidéo, d'ordinateurs et de tablettes retenues dans la catégorie des erreurs de comptabilisation autres qu'un cadeau à un client, ont une valeur supérieure à 500 euros hors taxes. Par voie de conséquence, les sommes de 879,80 euros, 985,60 euros, 1 099,90 euros et 1 951,17 euros déduites lors de l'exercice 2014 ainsi que celles de 609,80 euros, 1 099,99 euros, 1 461,80 euros, 1 877,89 euros, 2 128,60 euros et de 1 099,99 euros portées en déduction des résultats au titre de l'exercice 2015 pouvaient être réintégrées dans les résultats.
20. En second lieu, invitée à désigner le bénéficiaire d'une console de jeux vidéo d'une valeur de 549,98 euros enregistrée en comptabilité de l'exercice 2014 sous la rubrique des cadeaux à la clientèle, la société vérifiée, qui invoque l'erreur de comptabilisation, affirme que cet appareil était en réalité destiné aux clients patientant dans une salle d'attente. Cette allégation, qui n'est justifiée par aucune preuve, n'est pas de nature, compte tenu de la valeur du bien, à entrainer la correction comptable de l'erreur d'enregistrement initiale et son classement dans les charges immédiatement déductibles de l'exercice 2014.
En ce qui concerne les autres dépenses :
21. La SASU Capfinances ne donne aucune justification quant à la nature d'un cadeau d'une valeur de 2 300 euros, vraisemblablement offert à un MIA sous la forme d'un voyage au cours de l'année 2014. Contrairement à ce que soutient la société requérante, la circonstance qu'une dépense de cadeau de la même valeur attribué au même gagnant d'un concours individuel organisé en 2013 avait été admise en déduction au cours de la procédure administrative ne la dispense pas de justifier de la réalité, de l'objet et des modalités du défi ayant conduit au gain restant en litige au titre d'un exercice distinct. Faute d'apporter cette justification, et en dépit de l'avis émis par la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires, c'est à bon droit que l'administration fiscale en a remis en cause le caractère déductible.
Sur les pénalités :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à la décharge ou à la réduction des rappels de cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de CVAE ne peuvent être accueillies. Les intérêts de retard n'étant contestés que dans la seule mesure où ils se rapportent à des rappels de droit allégués comme infondés, les conclusions tenant à la décharge de ces pénalités prévues par l'article 1727 du code général des impôts doivent être rejetées par voie de conséquence. Il en va de même pour les majorations spécifiques appliquées sur le fondement de l'article 1763 du code général des impôts.
23. En second lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a) 40 % en cas de manquement délibéré. () "
24. La société requérante ne conteste pas l'usage, à titre privé, d'un de ses véhicules mis à disposition de ses dirigeants. Il en va de même d'un voyage d'agrément privé à Punta Cana (République dominicaine) d'un dirigeant dont les dépenses afférentes ont été passées en comptabilité de l'entreprise en tant que frais généraux au titre de l'exercice 2015. Compte tenu de la nature même de ces frais, l'administration apporte la preuve qui lui incombe en faisant valoir, sans être démentie, que les codirigeants ne pouvaient raisonnablement ignorer qu'en ayant inscrit les dépenses de véhicules de 35 940 et 36 060 euros au titre des deux exercices en cause et la dépense de voyage 6 625 euros au titre de 2015 dans les rubriques " frais généraux " et " cadeaux aux agents " de la comptabilité sociale, l'entreprise témoignait de son intention délibérée de minorer l'assiette de l'impôt sur les sociétés.
25. Mais, pour le surplus, la seule circonstance que les charges irrégulièrement déduites des résultats de l'entreprise représente une fraction sensible des bénéfices réalisés, de l'ordre de 18 % et de 12 % au titre de chacun des deux exercices en cause, ne suffit pas à caractériser l'intention délibérée de la société requérante de se soustraire à ses obligations comptables et fiscales. Dans ces conditions, compte tenu des seuls motifs qu'elle invoque, l'administration n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'existence de manquements délibérés au sens des dispositions précitées du a) de l'article 1729 du code général des impôts.
26. Il résulte de tout ce qui précède que la SASU Capfinances est seulement fondée à demander que la décharge des majorations de mauvaise foi dont ont été assortis les droits supplémentaires d'impôt sur les sociétés calculés sur les bases de 45 069 euros au titre de l'exercice 2014 et de 104 004 euros au titre de l'exercice 2015.
Sur les frais liés au litige :
27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par la SASU Capfinances et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La SASU Capfinances est déchargée des majorations de mauvaise foi afférentes aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercice 2014 et 2015 dans les conditions prévues au point 26 du présent jugement.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Conseil assurance patrimoine finances et à la directrice de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
Signé :
P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,
Signé :
H. JEANMOUGIN
Le greffier,
Signé :
N. BOULAY
La République mande et ordonne à la directrice de contrôle fiscal Nord en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202486
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026