lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202746 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | INTER-BARREAUX EMO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2022 et un mémoire enregistré le 15 septembre 2022, sous le numéro 2202746, M. C B, représenté par Me Renoult, avocat, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune du Havre, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser une provision de 15 000 euros en réparation du préjudice physique résultant de l'accident de service survenu le 2 octobre 2019, et de la rechute de l'accident de service du 4 septembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la commune du Havre la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- en application de la décision d'assemblée du Conseil d'Etat du 4 juillet 2003, numéro
211106 dite Moya-Caville, il est en droit d'obtenir l'indemnisation, même sans faute de l'employeur public, des préjudices résultant de son accident de service ;
- en l'espèce, la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident de travail doit conduire à reconnaître la responsabilité sans faute de l'Etat ;
- il est dès lors fondé à demander réparation de ses préjudices, lesquels s'établissent comme suit :
- 2 476 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
- 4 000 euros au titre des souffrances endurées avant consolidation ;
- 7 028 euros au titre de l'assistance par tierce personne avant consolidation ;
- 24 300 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- 4 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
- dans ces conditions, son droit à une provision de 15 000 euros ne présente pas le caractère d'une obligation sérieusement contestable ;
- il est également fondé à demander le remboursement de la somme de 1 500 euros correspondant aux frais et honoraires d'expertise qu'il a dû régler au Dr A.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2022, la commune du Havre, représenté par Me Gillet du cabinet Emo avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le caractère définitif de la décision implicite de rejet de la première demande
indemnitaire préalable de Monsieur B et le caractère purement confirmatif du rejet
opposé à sa seconde demande indemnitaire préalable font obstacle à l'allocation d'une
quelconque provision ;
- le requérant étant irrecevable à former un recours indemnitaire à l'encontre de la commune, l'obligation d'indemnisation dont il se prévaut est sérieusement contestable ;
- le litige ne donne lieu à aucun dépens et les conclusions tendant à l'octroi d'une provision au titre des frais d'expertise seraient irrecevables.
Le président du tribunal a désigné Mme Boyer, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- l'ordonnance de désignation d'expert en référé n°2104150 du 9 février 2022 ;
- le rapport d'expertise du Dr D A remis au greffe le 23 mai 2022 ;
- l'ordonnance n°2104150 du 31 mai 2022 du président taxant et liquidant les honoraires du Dr A ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, agent titulaire de la fonction publique, exerçait ses fonctions de bibliothécaire pour le compte de la ville du Havre. Le 2 octobre 2019, M. B a été victime d'un accident alors qu'il manipulait de lourdes charges en prévision d'un déménagement. Sa blessure a consisté en une lombosciatique droite. L'accident a été reconnu comme imputable au service par décision du 25 août 2020. Le 4 septembre 2020, une rechute de son accident de service a été déclarée, et reconnue comme imputable au service par une décision du 24 février 2021. La date de consolidation de l'accident a été fixée au 8 juin 2021 avec une incapacité permanente partielle de travail (IPP) de 15%. Par une ordonnance du 9 février 2022, le Dr A a été désigné en qualité d'expert. Au vu de son rapport, déposé le 23 mai 2022, M. B demande, au juge des référés, le versement d'un montant provisionnel de 15 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des
référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
Sur le caractère non sérieusement contestable de l'obligation :
2. Les dispositions et principes généraux relatifs à l'obligation qui incombe aux employeurs publics de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions ne font obstacle ni à ce que l'agent public qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de son employeur, même en l'absence de faute de celui-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre l'employeur, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
3. En premier, lieu, il résulte de l'instruction que l'accident de M. B a été reconnu imputable au service par les décisions des 25 août 2020 et 24 février 2021. Dès lors, quand bien même aucune faute ne peut être reprochée à la commune du Havre, sa responsabilité à l'égard de M. B se trouve engagée en application du principe exposé au point 3. En conséquence, le requérant dispose d'une créance non sérieusement contestable à l'encontre de la commune du Havre pour l'indemnisation des préjudices qu'il a subis.
4. En second lieu, s'il est constant que M. B a effectué une demande indemnitaire préalable le 8 novembre 2022, et que la décision de rejet implicite née le 9 janvier 2022 n'a pas fait l'objet d'une contestation devant le juge du plein contentieux dans le délai de recours de deux mois, celui-ci est quand même fondé à se prévaloir devant le juge du référé provision de ce que la responsabilité sans faute de son employeur lui a occasionné un préjudice, dont l'indemnisation constitue le fondement de la créance en cause. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'accident de travail de M. B a été reconnu comme imputable au service ; que, par suite, et pour ce seul motif, M. B est fondé à soutenir qu'il n'est pas sérieusement contestable qu'il a subi de ce chef un préjudice lui ouvrant droit à réparation.
Sur les préjudices :
6. En premier lieu, le rapport d'expertise relève que l'état de santé de M. B nécessitait l'intervention d'une tierce personne pendant la période de déficit fonctionnel temporaire de classe II, à savoir 20%, du 2 octobre 2019 au 7 juin 2021, soit 615 jours à raison de quatre heures par semaine. Par conséquent, sur la base d'un tarif horaire de 13 euros correspondant au coût d'une aide non médicalisée, le coût de l'assistance par une tierce personne peut être évalué à hauteur de 4 568,6 euros.
7. En deuxième lieu, l'expertise a relevé que M. B a souffert, d'une part, d'un déficit fonctionnel temporaire total le 2 octobre 2019, soit une journée. D'autre part, il a subi un déficit fonctionnel partiel évalué à 20% entre le 3 octobre 2019 et 7 juin 2021, veille de la date de consolidation de son état de santé. Sur la base d'un tarif journalier de 20 euros, ce poste de préjudice peut être évalué à hauteur de 2 476 euros.
8. En troisième lieu, les souffrances éprouvées par M. B ont été estimées par le rapport d'expertise à 2 sur une échelle de 0 à 7. Il sera fait une juste évaluation de ce chef de préjudice en allouant la somme de 1 500 euros.
9. En quatrième lieu, il résulte des rapports d'expertise que M. B est atteint d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 10%. L'intéressé était âgé de 45 ans à la date de la consolidation de son état de santé, le 8 juin 2021. Compte tenu de son âge à la date de la consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en évaluant la somme à 11 000 euros.
10. En cinquième lieu, il résulte du rapport d'expertise que M. B souffre d'une gêne pour les activités de cyclisme, et qu'il existe une incompatibilité entre son état de santé et les activités de course à pied et de marathon. Toutefois, la seule circonstance que le rapport d'expert indique que le préjudice d'agrément est défini, ne permet pas d'en établir la réalité alors que le requérant n'apporte pas le moindre élément de nature à justifier les demandes qu'il présente à ce titre.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B serait fondé à réclamer la somme de 19 544,3 euros. Par suite, la créance de 15 000 euros dont il s'estime titulaire doit être regardée comme n'étant pas sérieusement contestable.
Sur les dépens :
12. L'ordonnance par laquelle le président du tribunal administratif liquide et taxe les frais et honoraires d'expertise, qui revêt un caractère administratif, peut faire l'objet, en vertu des dispositions des articles R. 621-13 et R. 761-5 du code de justice administrative, d'un recours de plein contentieux par lequel le juge détermine les droits à rémunération de l'expert ainsi que les parties devant supporter la charge de cette rémunération. En vertu de l'avant-dernier alinéa de ce même article R. 621-13, ce n'est que lorsque les frais d'expertise sont compris dans les dépens d'une instance principale que la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que ces frais seront mis définitivement à la charge d'une partie autre que celle qui est désignée par l'ordonnance de taxation ou le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance. Dès lors que la partie désignée par l'ordonnance de taxation comme devant supporter les frais d'expertise dispose d'une voie de droit spéciale pour contester cette désignation et que le juge du référé provision n'est pas saisi de l'instance principale, cette partie n'est pas recevable à demander à ce juge l'octroi d'une provision au titre de ces frais. Par suite, les conclusions présentées par M. B à fin que lui soit allouer une provision au titre des frais d'expertise ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La commune du Havre est condamnée à verser à M. B une provision de 15 000 euros.
Article 2 : La commune du Havre versera la somme de 500 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, Me Renoult, et à la commune du Havre.
Fait à Rouen, le 19 septembre 2022.
La juge des référés,
C. Boyer
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026