vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202938 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | DUBREUIL-MEKKAOUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juillet 2022 et le 15 mars 2023, Mme D A, représentée par Me Cherrier, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner la commune de Darnétal à lui verser la somme totale de 24 232,10 euros au titre des préjudices subis du fait de l'accident de service dont elle a été victime ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Darnétal, outre les dépens de l'instance, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de la commune est engagée en raison de l'accident de service dont elle a été victime ;
- sur la base d'un coût horaire de 20 euros, les frais d'assistance par une tierce personne s'élèvent à la somme de 1 680 euros ;
- l'expert relève qu'elle a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel évalué à 20 % pendant 266 jours, 30% pendant 21 jours et 20% pendant 166 jours soit, en retenant une base journalière de 23 euros, un préjudice total de 2 132,10 euros ;
- son préjudice esthétique temporaire s'élève à 2 500 euros ;
- le déficit fonctionnel permanent évalué à 7 % par l'expert doit être indemnisé, compte tenu de son âge, à hauteur de 10 920 euros ;
- elle sollicite la somme de 7 000 euros au titre des souffrances endurées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, la commune de Darnétal, représentée par Me Mekkaoui, conclut au rejet de la requête ou, subsidiairement, à ce que la condamnation prononcée à son encontre soit ramenée à de plus justes proportions, et à ce qu'une somme de 1 000 euros ainsi que les dépens soit mis à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- il appartient à la requérante de prouver la réalité et le quantum des préjudices invoqués, ainsi que leur lien de causalité avec l'accident de service dont elle a été victime le 28 août 2017 ;
- Mme A n'établit pas avoir eu recours à une tierce personne, dès lors sa demande doit être écartée ;
- la requérante ne justifie pas du barème qu'elle invoque au titre du déficit fonctionnel temporaire ; en tout état de cause, il conviendra de ramener la somme demandée à de plus justes proportions ;
- eu égard à la courte durée durant laquelle Mme A a subi un préjudice esthétique, il ne saurait donner lieu à indemnisation ; à titre subsidiaire, à supposer qu'il soit définitif, il ne pourra excéder la somme de 1 500 euros ;
- la requérante ne justifie du barème qu'elle invoque au titre du déficit fonctionnel permanent ; en tout état de cause, il conviendra de ramener la somme demandée à de plus justes proportions ;
- à supposer qu'elle soit fondée à obtenir une indemnisation au titre des souffrances endurées, son préjudice ne pourra être indemnisé qu'à hauteur de 3 500 euros.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Normandie qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- l'ordonnance du 24 janvier 2022 par laquelle les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros, ont été mis à la charge de Mme A ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boucetta,
- les conclusions de Mme C,
- et les observations de Me Maleysson, représentant Mme A, et de Me Mekkaoui, représentant la commune de Darnétal.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, adjointe technique territoriale principale de 2ème classe, a été victime d'un accident le 28 août 2017 reconnu imputable au service, par un arrêté du 5 septembre 2017. Par une ordonnance du 25 octobre 2021, le juge des référés a, sur la demande de l'agent, désigné un expert afin, notamment, de procéder à son examen médical, décrire son état de santé en lien avec son accident de service, déterminer, le cas échéant, la date de consolidation de son état de santé et évaluer ses préjudices. L'expert a déposé son rapport le 7 janvier 2022. Par une demande indemnitaire du 29 avril 2022, rejetée implicitement par la commune de Darnétal, Mme A a sollicité l'indemnisation des préjudices subis. Par la requête susvisée, Mme A demande au tribunal de condamner la commune de Darnétal à lui verser la somme totale de 20 137,10 euros.
Sur la responsabilité de la commune :
2. Compte tenu des conditions posées à son octroi et de son mode de calcul, l'allocation temporaire d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent cette prestation déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
3. Ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, l'accident de service dont a été victime Mme A a été reconnu imputable au service par arrêté du 5 septembre 2017. La requérante peut, dès lors, solliciter de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ses préjudices personnels et ses préjudices patrimoniaux d'une nature autre que ceux réparés par l'allocation temporaire d'invalidité.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les frais d'assistance par une tierce personne :
4. Lorsque le juge administratif indemnise la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier.
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire, que Mme A a été assistée par une tierce personne à hauteur de quatre heures par semaine pour une période allant du 23 mai 2018 au 13 juin 2018, soit durant vingt-et-un jours. L'aide nécessaire se limitant à accompagner les gestes de la vie quotidienne, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en l'indemnisant sur la base d'un taux horaire de 14 euros en tenant compte du coût moyen de l'aide non médicalisée, majoré pour tenir compte des congés payés et du travail les jours fériés et le dimanche, soit sur une base annuelle de 412 jours. Dans ces conditions, il y a lieu d'évaluer ce préjudice à la somme de 1 327 euros qu'il y a lieu d'allouer à Mme B.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :
6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel temporaire subi par Mme A en conséquence de son accident de travail a été fixé à 20% du 29 août 2017 au 22 mai 2018 (266 jours), à 30 % du 23 mai au 13 juin 2018 (21 jours) et 20% du 14 juin au 27 novembre 2018 (166 jours). Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre en l'évaluant à la somme de 800 euros.
En ce qui concerne le préjudice esthétique temporaire :
7. L'expert a admis l'existence d'un préjudice esthétique temporaire qualifié de léger, en raison du port d'un corset pendant trois semaines, préjudice qu'il a évalué à 2 sur une échelle allant jusqu'à 7. En outre, contrairement à ce que soutient la commune, la circonstance que ce préjudice ne soit pas définitif ne fait pas obstacle à son indemnisation. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice esthétique temporaire en l'évaluant à la somme de 1 800 euros.
En ce qui concerne les souffrances endurées :
8. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de son accident, Mme A a souffert d'un lumbago aigu et, à ce titre, a subi deux infiltrations, une immobilisation par corset durant trois semaines et s'est vu prescrire un traitement antalgique. Les souffrances éprouvées par Mme A ont été qualifiées par l'expert de modérées et estimées à 3 sur échelle allant jusqu'à 7. Dans ces conditions, le préjudice au titre des souffrances endurées de la requérante doit être évalué à la somme de 3 600 euros.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent :
9. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces médicales versées au dossier et du rapport d'expertise que Mme A, qui souffrait d'une scoliose évoluée antérieurement à son accident de travail, est désormais atteinte d'un syndrome rachidien important. L'expert évalue, depuis la date de consolidation de son état de santé fixée au 28 novembre 2018, acquise alors que Mme A était âgée de cinquante-huit ans, le déficit fonctionnel permanent de Mme A exclusivement imputable à son accident de service à 7 %. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice en lui allouant la somme de 7 000 euros.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la condamnation de la commune de Darnétal à lui verser la somme totale de 14 527 euros en réparation des préjudices subis du fait de son accident de service.
Sur les dépens :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive de la commune de Darnétal les dépens de l'instance, constitués des frais et honoraires de l'expertise prescrite par ordonnance du 25 octobre 2021 du tribunal, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros TTC par ordonnance du 24 janvier 2022.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Darnétal la somme de 1 500 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soient mises à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Darnétal à ce même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Darnétal est condamnée à verser à Mme A une somme de 14 527 euros.
Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 500 euros, sont mis à la charge définitive de la commune de Darnétal.
Article 3 : La commune de Darnétal versera la somme de 1 500 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Darnétal tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à la commune de Darnétal.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé : H. BOUCETTA
La présidente,
Signé : C. BOYERLe greffier,
Signé : J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026