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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203083

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203083

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203083
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantGRATIEN SIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juillet 2022 et 23 février 2023, l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses, représentée par Me Brière de la Hosseraye, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 26 janvier 2022 par le maire de Veules-les-Roses ayant pour objet le recouvrement de la somme de 10 000 euros, correspondant à la rétrocession de l'aide lui ayant été accordée par la fédération française de tennis du même montant, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux formé le 5 mars 2022 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Veules-les-Roses la somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le titre exécutoire est irrégulier dès lors que :

o il n'identifie pas les bases de liquidation de la créance ;

o le bordereau récapitulant les titres de recettes n'est pas signé ;

- la créance dont se prévaut la commune est dépourvue de tout fondement légal, réglementaire ou contractuel en l'absence de versement préalable de l'aide par la fédération française de tennis dont la commune demande la rétrocession.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, la commune de Veules-les-Roses, représentée par Me Gratien, conclut à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et à condamner l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses à lui payer la somme de 10 000 euros, en tout état de cause à ce qu'il soit mis à sa charge la somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable au regard de sa tardiveté ;

- la responsabilité contractuelle de l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses est engagée à hauteur de 10 000 euros ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par courrier du 18 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la demande reconventionnelle présentée par la commune de Veules-les-Roses dès lors que celle-ci a émis le titre exécutoire contesté sur le fondement du contrat conclu avec l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses le 22 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre,

- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,

- et les observations de Me Brière de la Hosseraye, représentant l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses.

La commune de Veules-les-Roses n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses a bénéficié de la mise à disposition d'équipements de tennis et de locaux communaux par la commune de Veules-les-Roses, par convention conclue à compter du 1er janvier 2021 pour une durée d'un an et qui, par décision du 27 janvier 2022, n'a pas été renouvelée par la collectivité. Une convention de rétrocession de subvention a été signée le 22 décembre 2021 par la commune de Veules-les-Roses et l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses afin que l'association reverse à la collectivité l'aide de 10 000 euros accordée par la fédération française de tennis le 2 juillet 2021. Le 26 janvier 2022, le maire de Veules-les-Roses a émis un titre exécutoire ayant pour objet le recouvrement de la somme de 10 000 euros, correspondant au montant de cette aide. Le 5 mars 2022, l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses a contesté le titre exécutoire émis par un recours gracieux formé auprès du maire de Veules-les-Roses, lequel a été rejeté par décision implicite puis par décision expresse le 20 janvier 2022. L'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses demande dans la présente instance l'annulation du titre exécutoire et de la décision de rejet de son recours gracieux, ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme mise en recouvrement.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la commune :

2.Un recours administratif, qu'il soit gracieux ou hiérarchique, s'il est introduit dans le délai du recours contentieux, interrompt ce délai de forclusion. Les délais de recours contre une telle décision ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, soit dans sa notification si la décision est expresse, soit dans l'accusé de réception de la demande l'ayant fait naître si elle est implicite. Il en va ainsi, y compris lorsque la décision, prise à la suite de l'exercice d'un recours hiérarchique ou gracieux qui n'est pas un préalable obligatoire au recours contentieux, ne se substitue pas à la décision qui a fait l'objet de ce recours.

3. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.

4. En l'espèce, le 5 mars 2022, l'association requérante a adressé au maire de Veules-les-Roses un courriel, dont la réception n'est pas sérieusement contestée, devant être regardé comme un recours gracieux à l'encontre du titre exécutoire émis le 26 janvier 2022. Ce recours gracieux n'a pas fait l'objet, avant l'expiration du délai au terme duquel est susceptible de naître une décision implicite, d'un accusé de réception en application des dispositions de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration. En l'absence de décision expresse de rejet, l'association disposait pour introduire son recours contentieux d'un délai raisonnable d'un an à compter du jour où elle a eu connaissance de la décision implicite de rejet de son recours administratif. Par la suite, une décision expresse de rejet de ce recours gracieux est intervenue le 20 juin 2022, laquelle ne mentionne pas les voies et délais de recours contrairement aux dispositions de l'article R.421-5 du code de justice administrative. Dès lors, la requête de l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses, enregistrée le 22 juillet 2022 au greffe du tribunal, a été introduite avant l'expiration d'un délai raisonnable d'un an à compter du 20 juin 2022, date du rejet expresse de son recours gracieux. Dans ces conditions, la commune de Veules-les-Roses n'est pas fondée à se prévaloir de la tardiveté de la requête. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions :

5. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.

6. Aux termes de l'article 3 de la convention de rétrocession de subvention conclue le 22 décembre 2021 entre la mairie de Veules-les-Roses et l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses : " Compte-tenu de l'investissement supporté par la commune de Veules-les-Roses, il est expressément convenu que le SC Veules reversera la totalité de l'aide (10 000 euros) à la commune de Veules-les-Roses. / Afin que le SC Veules obtienne le versement effectif de l'aide fédérale par virement bancaire, la commune de Veules-les-Roses s'engage à fournir au SC Veules dans les meilleurs délais, les pièces suivantes : / - le certificat de qualification Qualisport de l'entreprise en charge du sol sportif, l'attestation d'assurance décennale et l'attestation du respect de la norme, / - l'attestation de mise en œuvre de l'isolant (), une attestation de prise de possession. / Considérant que la FFT effectuera le virement à l'ordre du SC Veules-les-Roses à réception des pièces justificatives, le SC Veules s'engage à procéder à la rétrocession de la somme ci-dessus sans délai. ". Aux termes de l'article 4 de la convention précitée : " la convention est d'une durée d'un an à compter du 1er janvier 2021 ".

7. L'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses a bénéficié de la mise à disposition d'équipements de tennis et de locaux communaux par la commune de Veules-les-Roses, au travers d'une convention conclue à compter du 1er janvier 2021 pour une durée d'un an. Par courrier du 2 juillet 2021, la fédération française de tennis a indiqué à l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses, en réponse à sa demande du 11 avril 2021, qu'une aide financière en vue de la transformation de deux gazons synthétiques et d'un béton poreux en terre artificielle ainsi que le remplacement des clôtures de trois courts lui était accordée pour un montant de 10 000 euros, sous réserve de la réalisation des travaux avant le 22 juin 2022. Dans le cadre de la rénovation des courts de tennis dont la commune assure la maîtrise d'ouvrage, la mairie de Veules-les-Roses et l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses ont conclu le 22 décembre 2021 une convention de rétrocession de la subvention afin que l'association reverse à la collectivité l'aide fédérale accordée. Toutefois, par courriel du 24 février 2022, la fédération française de tennis a demandé à l'association de lui transmettre une convention d'utilisation des courts de tennis d'une durée minimum de quatre ans afin de procéder au versement de la subvention. La collectivité n'ayant pas renouvelé la convention de mise à disposition d'équipements de tennis et de locaux communaux à l'association par décision du 27 janvier 2022, la fédération française de tennis a indiqué, par courrier du 15 juin 2022 adressé au maire de la commune, qu'elle ne pouvait apporter une réponse favorable à la demande d'aide. Ainsi, conformément à l'objet de la convention de rétrocession ainsi qu'à ses termes non équivoques, l'absence de versement effectif de l'aide faisait obstacle à l'émission du titre exécutoire contesté, correspondant au montant de l'aide promise et non versée par la fédération française de tennis à l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses. L'association n'a, au demeurant et contrairement à ce que soutient la collectivité, pas manqué de diligence dans sa demande de versement de l'aide, dès lors que le délai d'attribution de celle-ci expirait le 22 juin 2022. Par suite, l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses est fondée à soutenir que le maire de Veules-les-Roses ne pouvait émettre le titre exécutoire litigieux.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses est fondée à demander l'annulation du titre exécutoire émis le 26 janvier 2022 par le maire de Veules-les-Roses et des décisions de rejet de son recours gracieux formé le 5 mars 2022 ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme de 10 000 euros.

Sur les conclusions reconventionnelles de la commune de Veules-les-Roses :

9. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre ".

10. Il résulte de l'instruction que le maire de Veules-les-Roses a émis le 26 janvier 2022 à l'encontre de l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses un titre exécutoire en vue de recouvrer la somme de 10 000 euros qu'il estimait due au regard de la convention de la rétrocession de l'aide fédérale pour la rénovation des courts de tennis. L'émission par la commune d'un titre exécutoire sur le fondement de la responsabilité contractuelle fait obstacle à ce que sa demande reconventionnelle, ayant le même fondement et les mêmes effets, puisse être présentée devant le juge. Ces conclusions doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Veules-les-Roses la somme de 1 500 euros à verser à l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Veules-les-Roses sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire émis le 26 janvier 2022 par le maire de Veules-les-Roses à l'encontre de l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses, d'un montant de 10 000 euros ainsi que les décisions de rejet de son recours gracieux formé le 5 mars 2022, sont annulés.

Article 2 : L'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses est déchargée de l'obligation de payer la somme de 10 000 euros.

Article 3 : La commune de Veules-les-Roses versera à l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Veules-les-Roses à titre reconventionnel et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Tennis sporting club de Veules-les-Roses et à la commune de Veules-les-Roses.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder présidente,

- M. Armand, premier conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La rapporteure,

Signé :

L.FAVRE

La présidente,

Signé :

C.VAN MUYLDER Le greffier,

Signé :

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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