mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204106 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 octobre 2022, le 20 octobre 2022, le 1er décembre 2023, le 13 février 2024 et le 11 avril 2024, M. A B et Mme C B demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le produit des souscriptions qu'ils ont effectuées au capital des sociétés civiles immobilières (SCI) Filaos LS, Fromager LS et Caïmite LS le 31 décembre 2014 a été intégralement investi avant le 30 juin 2016, et qu'ils étaient donc éligibles au dispositif prévu par les dispositions de l'article 199 undecies C du code général des impôts ;
- cet investissement a été constitué par la conclusion entre les SCI et la société par acions simplifiées (SAS) Procodom, le 2 septembre 2015, de contrats de maîtrise d'ouvrage déléguée et mandat de recherche et d'acquisition de terrain et par le versement à cette société, par les SCI, de plus 95 % du montant de leurs souscriptions dès la conclusion de ces contrats ;
- dans ces conditions, est sans incidence la circonstance que les travaux de construction et l'acquisition des logements construits sont intervenus au-delà du délai de dix-huit mois à compter de la clôture de la souscription ;
- le droit de reprise de l'administration était prescrit à la date de la mise en recouvrement des impositions supplémentaires litigieuses et la proposition de rectification qui leur a été adressée en 2019 n'a pas prorogé le délai de prescription, dès l'année 2015, au cours de laquelle ont été conclues les conventions de maîtrise d'ouvrage déléguée dont l'administration a remis en cause le caractère d'investissement, ou dès l'année 2014, dès lors qu'ils savaient dès les souscriptions au capital des SCI que leurs investissements seraient effectués par l'intermédiaire d'un contrat de maîtrise d'ouvrage déléguée ;
- la condition posée par l'article 199 undecies C du code général des impôts tenant à l'achèvement des fondations de l'immeuble et à la réalisation des constructions, dans certains délais, n'était applicable qu'à compter du 1er janvier 2015.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 janvier 2023, le 26 janvier 2024, le 5 avril 2024 et le 30 avril 2024, le directeur régional des finances publiques de Normandie conclut au rejet de la requête.
Le directeur soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 12 avril 2024 fixant la clôture de l'instruction au 3 mai 2024 à 12 h 00 ;
- les autres pièces du dossier.
Un mémoire en réplique de M. et Mme B, enregistré le 20 mai 2024, n'a pas été communiqué.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B ont souscrit, au cours de l'année 2014, au capital des SCI Filaos LS, Fromager LS et Caïmite LS, dont l'objet social est, notamment, l'acquisition, la construction et la location de logements sociaux en outre-mer. La clôture de ces souscriptions est intervenue le 31 décembre 2014. Les contribuables ont bénéficié, au titre de cette année, de la réduction d'impôt prévue par l'article 199 undecies C du code général des impôts. Le 2 septembre 2015, les SCI Filaos LS, Fromager LS et Caïmite LS ont conclu chacune conclu avec la SAS Procodom un " contrat de maîtrise d'ouvrage déléguée et mandat de recherche et d'acquisition de terrain ". Ce n'est toutefois que le 29 décembre 2017 que ces SCI ont conclu, avec plusieurs sociétés civiles de construction-vente (SCCV), des contrats de vente à terme portant sur des immeubles à construire. Considérant à l'issue d'un contrôle sur pièces que M. et Mme B n'avaient pas respecté la condition, posée par le dernier alinéa du IV de l'article 199 undecies C du code général des impôts, tenant à l'investissement par les SCI de l'intégralité du produit de leurs souscriptions dans le délai de dix-huit mois suivant la clôture de celles-ci, l'administration fiscale a repris la réduction d'impôt au titre de l'année 2016, ce dont elle les a informés par une proposition de rectification du 4 décembre 2019, les assujettissant à une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de cette année, assortie des intérêts de retard. Leur dernière réclamation, du 11 avril 2022, ayant été rejetée le 18 août 2022, M. et Mme B demandent la décharge, en droits et pénalités, de cette imposition supplémentaire.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes de l'article 199 undecies C du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison de l'acquisition ou de la construction de logements neufs dans les départements d'outre-mer () / IV. - La réduction d'impôt est également acquise au titre des investissements réalisés par () toute autre société mentionnée à l'article 8 du présent code, à l'exclusion des sociétés en participation, dont les parts ou les actions sont détenues, directement ou par l'intermédiaire d'une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, par des contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B, dont la quote-part du revenu de la société est soumise en leur nom à l'impôt sur le revenu, sous réserve des parts détenues par les sociétés d'économie mixte de construction et de gestion de logements sociaux visées à l'article L. 481-1 du code de la construction et de l'habitation, conformément à l'article L. 472-1-9 du code de la construction et de l'habitation, par les sociétés d'habitations à loyer modéré. Dans ce cas, la réduction d'impôt est pratiquée par les associés ou membres dans une proportion correspondant à leurs droits dans la société au titre de l'année au cours de laquelle les parts ou actions sont souscrites. Lorsque l'investissement revêt la forme de la construction d'un immeuble ou de l'acquisition d'un immeuble à construire, la réduction d'impôt ne s'applique que si la société qui réalise l'investissement s'engage à achever les fondations de l'immeuble dans les deux ans qui suivent la clôture de la souscription et à achever l'immeuble dans les deux ans qui suivent la date d'achèvement des fondations. / () / La réduction d'impôt, qui n'est pas applicable aux parts ou actions dont le droit de propriété est démembré, est subordonnée à la condition que 95 % de la souscription serve exclusivement à financer un investissement pour lequel les conditions d'application du présent article sont réunies. L'associé doit s'engager à conserver la totalité de ses parts ou actions jusqu'au terme de la location prévue au 1° du I. Le produit de la souscription doit être intégralement investi dans les dix-huit mois qui suivent la clôture de celle-ci. / V. - La réduction d'impôt fait l'objet d'une reprise au titre de l'année au cours de laquelle : / 1° Les conditions mentionnées au I ou, le cas échéant, au IV ne sont pas respectées () "
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () " Aux termes de l'article L. 189 du même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () "
4. Les requérants soutiennent que l'année au titre de laquelle l'imposition en litige était due, eu égard à la reprise par l'administration fiscale au titre de l'année au cours de laquelle la condition relative à l'investissement du produit de leurs souscriptions dans le délai de dix-huit mois n'avait pas été remplie, devait être l'année 2015, au cours de laquelle ont été conclus les contrats avec la SAS Procodom, voire l'année 2014 dès lors que le projet était envisagé de la sorte dès la souscription des parts sociales. Il résulte toutefois des dispositions des IV et V de l'article 199 undecies C du code général des impôts que l'année au titre de laquelle la condition de réalisation de l'investissement dans le délai de dix-huit mois à compter de la clôture de la souscription ne peut être que celle au cours de laquelle ce délai expire. Par suite, dès lors que ce délai expirait le 30 juin 2016, le droit de reprise de l'administration fiscale n'était pas prescrit à la date de la proposition de rectification qui leur a été adressée, qui a valablement prorogé ce délai de prescription.
5. En second lieu, il résulte des dispositions législatives citées au point 2, lesquelles, compte tenu de leur caractère dérogatoire, doivent recevoir une interprétation stricte, que la réduction d'impôt sur le revenu qu'elles prévoient porte sur l'acquisition ou la construction de logements neufs dans les départements d'outre-mer. Cette réduction d'impôt peut être acquise, en particulier, au titre des investissements réalisés par une société mentionnée à l'article 8 du code général des impôts, dont le contribuable a acquis des titres en pleine propriété. Dans ce cas, le produit de la souscription de ces titres doit être intégralement investi dans les dix-huit mois qui suivent la clôture de celle-ci. Dans tous les cas, l'investissement ne peut revêtir la forme que d'une construction ou d'une acquisition d'un immeuble d'habitation.
6. M. et Mme B soutiennent que la condition relative à la réalisation d'un investissement dans le délai de dix-huit mois suivant la clôture de leurs souscriptions est satisfaite dès lors que les SCI Filaos LS, Fromager LS, et Caïmite LS ont, chacune, conclu le 2 septembre 2015 avec la SAS Procodom un contrat intitulé " convention de maîtrise d'ouvrage déléguée et mandat de recherche et d'acquisition de terrain ". Ils font valoir que, par ces contrats, aux stipulations identiques, ces SCI ont donné à la SAS Procodom, maître d'ouvrage délégué, " mandat ferme et irrévocable () de faire procéder pour le compte du maître de l'ouvrage et aux délais et prix convenus, à la recherche d'un terrain, à son acquisition et à la réalisation sur ce dernier des travaux " consistant en la création d'un logement de type F4 dont les caractéristiques sont définies par les " plans et descriptifs annexés " à ces conventions et qu'en contrepartie, les SCI se sont engagées à verser à la société Procodom un prix " global, forfaitaire, ferme et définitif " de 250 000 euros selon un échéancier défini par l'article VIII des contrats et, au plus tard, à la livraison des travaux. Les requérants se prévalent également d'un extrait du journal des ventes de la SAS Procodom sur lequel figure le versement par chaque SCI de la somme de 90 000 euros, au cours du mois de septembre 2015.
7. Cependant, d'une part, en dépit des termes précis de ces contrats quant à la détermination du projet immobilier envisagé par les maîtres d'ouvrage, ceux-ci avaient seulement pour objet de donner mandat au maître d'ouvrage délégué en vue de trouver et d'acquérir le terrain d'assiette des immeubles et de conclure au nom et pour le compte du maître de l'ouvrage les actes juridiques nécessaires à la réalisation d'une opération immobilière ou de travaux de construction nommément définis, sans avoir eux-mêmes le caractère de tels actes. Ainsi, la conclusion de ces contrats ne saurait être regardée à elle seule comme constituant l'investissement exigé par les dispositions du IV de l'article 199 undecies C du code général des impôts. En outre, le transfert de fonds ferme et définitif au profit de la SAS Procodom, qui ne constituait que la condition matérielle nécessaire à l'exécution des actes précités, ne saurait être regardé comme un tel investissement. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que la SAS Procodom, agissant en qualité de mandataire des SCI, ou celles-ci, agissant en leur nom propre, aient conclu, dans le délai de dix-huit mois fixé par le dernier alinéa du IV de l'article 199 undecies C, des actes juridiques ayant pour objet soit la réalisation directe, par leur cocontractant, d'une opération immobilière ou de travaux de construction soit l'acquisition, avec effet immédiat ou à terme, d'un bien immobilier. Par suite, c'est à bon droit que l'administration, considérant que la condition relative à l'investissement du produit de la souscription n'avait pas été satisfaite à l'issue du délai de dix-huit mois suivant la clôture de la souscription au capital des SCI, a remis en cause, au titre de l'année 2016, le bénéfice de la réduction d'impôt dont avaient bénéficié les requérants.
8. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B et au directeur régional des finances publiques de Normandie.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au directeur régional des finances publiques de Normandie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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