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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204255

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204255

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204255
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantRICHER ET ASSOCIES DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022, la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération, représentée par Richer et associés droit public, avocats, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum les sociétés SERPEV, représentée par son mandataire ad hoc, la SELARL ML Conseils et Cochery Ile de France à lui verser à titre de provision le montant déclaré par l'expert au titre des travaux propres à remédier aux désordres constatés, soit la somme de 68 920,24 euros HT ;

2°) de condamner in solidum les sociétés SERPEV, représentée par son mandataire ad hoc, la SELARL ML Conseils et Cochery Ile de France à lui verser à titre de provision le montant des frais d'expertise soit 23 246,80 euros TTC ;

3°) de mettre à la charge in solidum de la société SERPEV, représentée par son mandataire ad hoc, la SELARL ML Conseils et de Cochery Ile de France à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération soutient que sa créance est incontestable :

- dans son principe :

o elle est fondée sur la garantie décennale de la société SERPEV représentée par son mandataire la SELARL ML Conseil, les conditions en étant réunies ;

o elle est également fondée sur la responsabilité quasi-délictuelle de l'entreprise Cochery Ile de France, sous-traitant de la société SERPEV radiée du registre du commerce et des sociétés, laquelle a méconnu des règles de l'art et a commis des non-conformités règlementaires ;

- dans son montant : sa créance s'établit selon les dires de l'expert au montant total des travaux de réparation estimé à 62 920,24 euros HT auxquels il convient d'ajouter 6 000 euros HT, pour l'intervention nécessaire, d'un Maître d'œuvre, soit un total de 68 920,24 euros HT ;

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, la SAS Cochery Ile de France, représentée par Me Scolan, conclut au rejet de la requête et à sa mise hors de cause et à titre subsidiaire à la réduction du montant aux préjudices réellement éprouvés, au rejet de la demande relative aux frais d'expertise et à la condamnation de la société SRPEV à la garantir de toutes condamnations prononcées à son encontre en principal, intérêts frais et accessoires et en toute hypothèse de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération la somme de 5000 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La créance est sérieusement contestable dans son principe ;

- en l'absence de toute relation contractuelle avec Cochery Ile de France, la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération ne peut rechercher la responsabilité de Cochery Ile de France sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle, en se prévalant de fautes résultant de la seule inexécution par le sous-traitant de ses propres obligations contractuelles ;

- il ne peut lui être reproché ni manquement aux règles de l'art ni des non-conformités règlementaire ;

- le rapport d'expertise ne caractérise pas l'impropriété de l'ouvrage à sa destination, ni par conséquent le caractère décennal des désordres apparus après réception au plus tôt en 2017 ;

- n'ont été prise en considération dans la survenance des désordres ni la circonstance que le terrain est en zone inondable sur une commune classée à trois reprises en catastrophe naturelle depuis la réalisation des enrobés, ni les aléas climatiques enregistrés par la commune ni les conditions d'entretien du terrain ;

Elle est sérieusement contestable dans son montant dès lors que l'évaluation ne tient pas compte de l'abattement de vétusté, l'ouvrage étant utilisé normalement depuis plusieurs années ; la demande relative aux frais d'expertise ne relève pas du juge des référés.

Le président du tribunal a désigné Mme Boyer, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- l'ordonnance de désignation d'expert en référé n° 2002492 du 30 novembre 2020 ;

- le rapport d'expertise remis au greffe le 12 janvier 2022 ;

- l'ordonnance du président taxant et liquidant les honoraires du 24 février 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1.Il résulte de l'instruction que pour la réalisation de terrains de tennis en résine au stade de Vernonnet, a` Vernon la communauté´´´´ d'agglomération Seine Normandie Agglomération, a conclu avec la société´´´´ SERPEV, deux marchés, un premier marché, n° 2012-030, dont le lot n° 2 ayant pour objet la restructuration d'un terrain de tennis extérieur (Padv n° 3) et un second marché, n° 2014/007, ayant pour objet la création d'un court de tennis en résine. La demande de provision présentée dans la présente instance ne porte que sur le second marché qui a fait l'objet d'une réception avec réserves le 5 septembre 2014 lesquelles ont été levées le 20 octobre 2014. Dès 2018, des fissures et des cloques sont apparues sur le terrain. Par une ordonnance du 30 novembre 2020, le tribunal a désigné M. B A en qualité d'expert, lequel a déposé son rapport le 12 janvier 2022. Par ordonnance du 4 février 2021, la SELARL ML Conseil a été désignée par le président du tribunal de commerce de Versailles en qualité de mandataire de la société SERPEV pour représenter cette société dans le cadre de l'expertise sollicitée par la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération et dans les instances qui s'en suivront aux fins de voir engager sa responsabilité. Par la présente requête, la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner in solidum la société SERPEV, représentée par son mandataire ad hoc, la SELARL ML Conseils et l'entreprise Cochery Ile de France à lui verser à titre de provision le montant déclaré par l'expert au titre des travaux propres à remédier aux désordres constatés, soit la somme de 68 920,24 euros HT et le montant des frais d'expertise soit 23 246,80 euros TTC sur le fondement de la garantie décennale de la société SERPEV représentée par son liquidateur judiciaire la SELARL ML Conseil et de la responsabilité quasi-délictuelle de l'entreprise Cochery Ile de France en réparation des désordres ayant affecté le terrain de tennis.

Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :

2.Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

Sur le caractère non sérieusement contestable de l'obligation :

En ce qui concerne la mise en œuvre de la garantie décennale des constructeurs :

3.Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la responsabilité décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs ;

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les désordres constatés lors des différentes réunions d'expertises, affectent la zone de jeu ouest dans la partie centrale du terrain et la zone est dans sa partie nord, que l'état de surface au droit d'un désordre peut affecter la trajectoire de la balle lors du rebond. L'expert conclut que l'ouvrage n'étant plus homologué pour l'utilisation lors des tournois et les conditions de jeu étant affectées, il doit être considéré comme impropre à sa destination et ajoute que la solidité de l'ouvrage est affectée et sa durée de vie réduite dès lors que la nature des désordres ne permet pas d'engager des travaux de rénovation de la couche de surface pour accroître la durée de vie de l'ouvrage. La circonstance alléguée en défense et reconnue par la communauté de communes que le terrain de tennis n'a jamais cessé d'être utilisé n'est pas de nature à contredire les dires de l'experts lequel a au demeurant pris en considération cet élément. Si la société Cochery Ile de France qui a réalisé ces travaux soutient que les désordres seraient dus à la poussée des nappes phréatiques ou à leur submersion, l'expert a expressément écarté ces hypothèses. Si la société produit également des arrêtés de catastrophe naturelle désignant la commune de Vernon, elle n'établit pas que le terrain litigieux aurait été inondés ni que d'éventuelles inondations auraient été à l'origine des dommages. Par suite, les désordres constatés doivent être regardés comme étant de nature décennale.

5. Il résulte de l'instruction que la réalisation du terrain de tennis litigieux a été confiée à la société SERPEV au terme du marché n° 2014/007. Par suite, la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération est fondée à demander la mise en jeu de la garantie décennale de la société SERPEV représentée par son liquidateur la SELARL ML Conseil.

En ce qui concerne la mise en œuvre de la responsabilité quasi-délictuelle de la société Cochery Ile de France.

6. Il appartient, en principe, au maître d'ouvrage qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le ou les constructeurs avec lesquels il a conclu un contrat de louage d'ouvrage. Il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité du ou des cocontractants ne pourrait pas être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs. S'il peut, à ce titre, invoquer, notamment, la violation des règles de l'art ou la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires, il ne saurait, toutefois, se prévaloir de fautes résultant de la seule inexécution, par les personnes intéressées, de leurs propres obligations contractuelles. En outre, alors même qu'il entend se placer sur le terrain quasi-délictuel, le maître d'ouvrage ne saurait rechercher la responsabilité de participants à l'opération de construction pour des désordres apparus après la réception de l'ouvrage et qui ne sont pas de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination.

7.Il résulte des motifs retenus aux points 3 à 5 que la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération qui n'établit ni même n'allègue une possible insolvabilité de la société SERPEV, peut utilement rechercher la responsabilité de la société SERPEV représentée par son liquidateur la SELARL ML Conseil, au titre de sa responsabilité décennale. Elle n'est dès lors pas fondée à rechercher la responsabilité de la société Cochery Ile de France, avec qui elle n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle.

En ce qui concerne le montant de la provision :

8. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que le coût des travaux de réfection du terrain a été évalué à 62 920,64 euros HT auxquels doivent être ajoutée une somme de 6000 euros HT correspondant à la prestation de maîtrise d'œuvre nécessaire à la réalisation des travaux. Il résulte en outre de l'instruction que l'expert a rejeté toute application d'un abattement de vétusté malgré l'utilisation continue du terrain aux motifs que les travaux envisagés sont strictement nécessaires à la réparation des désordres et d'un montant bien inférieur à la dépense engagée en 2014 pour la réalisation de l'ouvrage, que l'expertise démontre un bon entretien du terrain et surtout que les désordres sont exclusivement structurels. Par suite il y a lieu de retenir qu'à hauteur de la somme de 68 920,64 euros HT demandée par la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération, la créance n'est pas sérieusement contestable.

9.Il résulte de tout ce qui précède que la créance dont se prévaut la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération à l'encontre de la société SERPEV représentée par son liquidateur la SELARL ML Conseil n'est pas sérieusement contestable. Par conséquent, il y a lieu de condamner la société SERPEV représentée par son liquidateur la SELARL ML Conseil à payer à la communauté de communes de Seine Normandie Agglomération, à titre de provision, la somme globale de 68 920,64 euros HT.

Sur l'appel en garantie de la Cocherie Ile de France :

10.Aucune condamnation n'ayant été prononcée à l'encontre la société Cocherie Ile de France, les demandes d'appel en garantie qu'elle présente doivent être rejetées.

Sur les dépens :

11. Les frais et honoraires d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme totale de 27 162,80 euros par une ordonnance du 24 février 2022 du président du tribunal de Rouen et mis à la charge de la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération. Il y a lieu de mettre ces frais à la charge de la société SERPEV représentée par son liquidateur la SELARL ML Conseil la somme de 23 246,80 euros TTC dont la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération demande le remboursement au titre de ces frais.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS Cochery Ile de France la somme que la communauté d'agglomération Seine Normandie demande sur leur fondement. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société SERPEV représentée par son liquidateur la SELARL ML Conseil, partie perdante dans la présente instance, le versement à la communauté d'agglomération Seine Normandie la somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a en revanche pas lieu de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Seine Normandie, la somme que la SAS Cocherie Ile de France demande sur le même fondement.

DECIDE :

Article 1er : La société SERPEV représentée par son liquidateur la SELARL ML Conseil est condamnée à verser à la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération une provision de 68 920,64 euros HT.

Article 2 : Les frais d'expertise sont mis à la charge de la société SERPEV représentée par son liquidateur la SELARL ML Conseil à hauteur de 23 246,80 euros TTC.

Article 3 : La société SERPEV représentée par son liquidateur la SELARL ML Conseil versera à la communauté d'agglomération Seine Normandie la somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la SAS Cochery Ile de France sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté d'agglomération Seine Normandie, à Richer et associés droit public, avocats, à la société SERPEV représentée par son liquidateur la SELARL ML Conseil, à la SAS Cochery Ile de France et à Me Scolan.

Fait à Rouen, le 27 mars 2023.

La juge des référés,

Signé : C. Boyer

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204255

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