jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204385 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 novembre 2022 et un mémoire enregistré le 5 février 2023, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision, portée à sa connaissance par courrier du 16 septembre 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, par laquelle une remise gracieuse partielle de son indu de revenu de solidarité active INL 001 de 749,04 euros lui a été accordée, à hauteur de la seule somme de 149,81 euros ;
2°) de lui accorder la remise totale de sa dette.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi dès lors qu'elle a toujours déclaré correctement ses salaires ;
- sa situation financière est précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2023, le département de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R.222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport.
A l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis 2016, doit être regardée comme demandant au tribunal, d'une part, d'annuler la décision, portée à sa connaissance par courrier du 16 septembre 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime ne lui a accordé la remise gracieuse de son indu de revenu de solidarité active INL 001 qu'à hauteur de la somme de 149,81 euros et, d'autre part, de lui accorder la remise totale de sa dette.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement survenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ".
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention, qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
5. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui a un enfant majeur à charge, a bénéficié, le 16 septembre 2022 d'une remise de dette de 149,81 euros et que le paiement de la somme restant due, de 599,23 euros, a été laissé à sa charge.
6. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction qu'en omettant de déclarer une partie de ses salaires sur les mois d'octobre à décembre 2021, Mme B aurait fait preuve d'une volonté manifeste de dissimulation faisant obstacle à ce qu'une remise de dette lui soit octroyée.
7. D'autre part, si le quotient familial de Mme B, qui vit désormais seule, était au jour de la décision contestée de 519,94 euros, il était de 156 euros en janvier 2023. Il résulte de l'instruction que Mme B a perdu très récemment son emploi. Dans ces conditions, la précarité de Mme B justifie que lui soit accordée une remise supplémentaire de 200 euros et de la décharger de l'obligation de payer cette somme.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est déchargée du paiement de la somme de 200 euros au titre de l'indu de revenu de solidarité active INL 001 d'un montant restant dû de 599,23 euros.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 ; Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département de la Seine-Maritime.
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La magistrate désignée,
signé
H. CLe greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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