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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204391

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204391

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204391
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 novembre 2022 et le 24 novembre 2023, Mme D C , représentée par Me Robert, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler ou à tout le moins de juger infondée la décision du centre hospitalier du Rouvray du 31 août 2021 " prononçant la rupture de son contrat à durée déterminée à effet du 31 août 2021 " ;

2°) de condamner le centre hospitalier du Rouvray à lui verser les sommes suivantes :

- 5 487,57 euros au titre des rémunérations dues pour la période du 1er septembre 2021 au 30 novembre 2021 ;

- 548,75 euros au titre de l'indemnité de fin de contrat ;

- 603,63 euros au titre de l'indemnité compensatrice de congés payés ;

- 5 000 euros en réparation du " préjudice pour perte de chance " ;

- 2 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Rouvray la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative, auquel cas elle renoncera au bénéfice de la décision d'aide juridictionnelle totale dont elle bénéficie.

Elle soutient que :

- la rupture de son contrat de travail est manifestement abusive car le fait d'être en arrêt de travail ne l'empêchait de venir signer son nouveau contrat, car l'absence de signature ne faisait pas difficulté, car il était prévu que son contrat soit renouvelé, car la rupture des relations contractuelles est intervenue le 2 septembre 2021, car l'établissement n'a pas respecté le délai de prévenance ;

- la responsabilité de l'établissement est engagée pour non respect de sa promesse de renouveler le contrat ;

- elle bénéficiait de son nouveau contrat à durée déterminée depuis le 1er septembre 2021 et l'établissement y a mis fin le 2 septembre 2021 ;

- elle demande au tribunal de considérer que son contrat de travail est devenu à durée indéterminée à compter du 1er septembre 2021 faute de renouvellement écrit du contrat à durée déterminée qui était prêt ;

- elle demande le versement des sommes qu'elle aurait perçues pour la période du 1er septembre 2021 au 30 novembre 2021, soit 5 487,57 euros ;

- elle demande 548,75 euros au titre de l'indemnité de fin de contrat ;

- elle demande 603,63 euros à titre d'indemnité compensatrice de congés payés ;

- elle demande une indemnité de 5 000 euros pour préjudice pour perte de chance ;

- elle demande 2 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 janvier 2023 et le 12 décembre 2023, le centre hospitalier du Rouvray conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il a procédé à la réintégration de Mme C du 1er au 30 septembre 2021 afin de l'indemniser du délai de prévenance et il lui a versé fin janvier son traitement, une indemnité compensatrice de congés payés pour les congés générés en septembre et une réévaluation de son indemnité de fin de contrat ;

- il n'était pas tenu de renouveler le contrat ;

- le fait que le nouveau contrat ait été conclu pour une durée substantiellement inférieure est fondé sur l'intérêt du service.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2022.

Les parties ont été informées, en application de l'article R 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de :

- Non lieu à statuer sur les conclusions aux fins de versement de l'indemnité de fin de contrat et de l'indemnité compensatrice de congés payés : ont été perçues ;

- Irrecevabilité du surplus des conclusions indemnitaires en l'absence de liaison du contentieux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n°91- 155 du 6 février 1991 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaillard,

- les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public,

- et les observations de Me Robert, pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1.Il résulte des pièces du dossier que Mme C a été recrutée par le centre hospitalier (CH) du Rouvray, afin d'assurer un remplacement, par quatre contrats à durée déterminée successifs couvrant les périodes du 4 novembre 2020 au 31 janvier 2021, du 1er février 2021 au 31 mars 2021, du 1er avril 2021 au 31 mai 2021, du 1er juin 2021 au 31 août 2021. Par SMS du 30 août 2021, Mme C, alors en congés annuels, a été informée que son nouveau contrat était prêt et a indiqué à sa hiérarchie, par SMS du même jour, que son médecin lui avait prescrit un arrêt de travail jusqu'au 15 septembre 2021. Par décision du 31 août 2021 postée le 2 septembre 2021, le CH du Rouvray a informé Mme C que son contrat prenait fin " à la date initialement prévue, soit le 31 août 2021 " au motif que celle-ci, en arrêt maladie, était dans l'impossibilité de venir signer son nouveau contrat. Par décision du 5 janvier 2023, le CH du Rouvray a réintégré juridiquement Mme C dans ses effectifs pour la période du 1er au 30 septembre 2021 et lui a versé certaines sommes.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 31 août 2021 :

2. Aux termes de l'article 9-1 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors en vigueur: " I. - Les établissements peuvent recruter des agents contractuels pour assurer le remplacement momentané de fonctionnaires ou d'agents contractuels ()./ Le contrat est conclu pour une durée déterminée. Il est renouvelable, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence de l'agent à remplacer ".

3. Le contrat conclu entre Mme C et le CH du Rouvray à partir du 1er juin 2021, sur le fondement des dispositions citées au point 2, prévoyait qu'il prenait fin le 31 août 2021 et pourrait faire l'objet d'un renouvellement par voie d'avenant. Ainsi, il ne comportait aucune clause de tacite reconduction et, au demeurant, les fonctions de Mme C au CH ne se sont pas poursuivies au-delà du 31 août 2021. Par suite, et alors même que la décision du 31 août 2021 contestée , expédiée le 2 septembre 2021 à l'adresse de Mme C, lui est nécessairement parvenue après cette date soit postérieurement à la date à laquelle son précédent contrat avait pris fin, et alors même que le CH du Rouvray avait initialement l'intention de conclure un nouveau contrat avec Mme C, l'intéressée n'est fondée à soutenir ni qu'elle bénéficiait depuis le 1er septembre 2021 d'un nouveau contrat à durée déterminée, ni qu'elle doit être regardée comme titulaire d'un contrat à durée indéterminée et la décision critiquée s'analyse en une décision de refus de renouvellement de contrat et non en une décision de licenciement.

4. La décision en litige est fondée, comme dit au point 1, sur la circonstance que Mme C, en arrêt maladie, était dans l'impossibilité de venir signer son nouveau contrat. Or, il ressort de l'avis d'arrêté de travail de Mme C que celle-ci était autorisée à sortir sauf pendant quelques heures dans la journée. Elle n'était donc pas dans l'impossibilité de venir signer son nouveau contrat, de sorte que la décision en litige repose sur un motif erroné et doit donc être annulée, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur les autres moyens dirigés contre elle.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

5. En premier lieu, Mme C a perçu, ainsi qu'il résulte de ses bulletins de paie d'octobre 2021 et de janvier 2023, la somme totale nette de 3 449,35 euros au titre notamment de l'indemnité de fin de contrat et de l'indemnité compensatrice de congés payés. Ses conclusions indemnitaires dirigées contre le CH du Rouvray sont donc sans objet à hauteur de ce montant.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées.

7. Mme C a été expressément invitée par courrier du greffier du 28 décembre 2023 à produire sous quinze jours, à peine d'irrecevabilité, copie de la décision du CH du Rouvray refusant le versement des sommes sollicitées ou, en cas d'absence de décision expresse, copie de la pièce justifiant que l'établissement a bien été saisi d'une telle demande, et n'a donné aucune suite à cette sollicitation. Il ne résulte donc pas de l'instruction que le CH du Rouvray ait pris une décision expresse ou implicite rejetant la demande de Mme C tendant à être indemnisée à raison de l'illégalité de la décision du 31 août 2021. Par suite, les conclusions indemnitaires de l'intéressée doivent être rejetées comme irrecevables en tant qu'elles excèdent la somme de 3 449,35 euros.

Sur les frais de justice :

8. D'une part, Mme C n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, l'avocat de Mme C n'a pas demandé que lui soit versée par le CH du Rouvray la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à sa cliente si cette dernière n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du centre hospitalier du Rouvray du 31 août 2021 est annulée.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires de Mme C à hauteur de la somme de 3 449,35 euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Patrick Robert et au centre hospitalier du Rouvray.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente-rapporteure,

MM B et A, premiers conseillers

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La présidente- rapporteure,

A. GAILLARD

L'assesseur le plus ancien,,

C. B

Le greffier,

H TOSTIVINT

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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