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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204532

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204532

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204532
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantOCTIES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés le 8 novembre 2022, le 25 janvier 2024 et le 13 mars 2024, M. B D et Mme C A, représentés par la SELARL Octies Avocats, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2011 à 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D et Mme A soutiennent que :

- ayant, le 22 décembre 2020, interjeté appel du jugement du tribunal correctionnel d'Evreux du 15 décembre 2020, les omissions ou insuffisances d'impositions ne pouvaient pas faire l'objet d'une reprise par l'administration fiscale au titre de l'année 2011, en application de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales dès lors que l'année 2021 n'est pas l'année qui suit celle de la décision qui a clos la procédure judiciaire ;

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors, d'une part, qu'ils auraient dû recevoir, chacun, une proposition de rectification individuelle relative aux redressements de leurs bénéfices non commerciaux, en sus de la proposition de rectification commune adressée au foyer fiscal et tirant les conséquences de ces redressements en matière d'impôt sur le revenu et, d'autre part, qu'ils auraient dû faire l'objet d'une vérification de comptabilité afin d'établir les redressements afférents à chacune de leurs activités respectives ;

- l'administration ne leur a pas communiqué l'intégralité des documents obtenus de tiers sur lesquels elle a fondé les redressements en litige, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mars 2023 et le 28 février 2024, le directeur régional des finances publiques de Normandie conclut au rejet de la requête.

Le directeur soutient que les moyens soulevés par M. D et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Fonlupt, représentant M. D et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme A, unis par un pacte civil de solidarité et membre du même foyer fiscal, ont été déclarés coupables, s'agissant du partenaire, d'abus de confiance au préjudice d'associations faisant appel au public pour collecte de fonds, d'entraide humanitaire ou sociale, de faux, d'usage de faux en écriture et d'abus de confiance et, s'agissant de sa partenaire, de recel de bien obtenu à l'aide d'un abus de confiance, par un jugement du tribunal correctionnel d'Evreux du 15 décembre 2020. Les faits et agissements se sont produits, de janvier 2011 à février 2017, période durant laquelle M. D était salarié de l'association Espace des 2 Rives à Pîtres, en qualité de directeur financier, ainsi que de l'association Fondation de l'Armée du Salut au Havre, en qualité de chef de service administratif. Au début de l'année 2021, l'administration fiscale a été informée des éléments de cette procédure judiciaire en application des dispositions des articles L. 82 C et L. 101 du livre des procédures fiscales. Considérant que les éléments ainsi obtenus permettaient d'établir que M. D s'était livré à des détournements de fonds au préjudice des deux associations qui l'employaient, l'administration a évalué d'office les recettes tirées de cette activité occulte, qu'elle a, en vertu des dispositions notamment de l'article 92 du code général des impôts, réintégré dans son revenu imposable au titre des années 2011 à 2016, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Les redressements correspondant en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, mis à la charge du foyer fiscal selon la procédure de taxation d'office et assortis de la majoration de 80 % prévue par le c) du 1 de l'article 1728 du code général des impôts en cas de découverte d'une activité occulte, ont été notifiés à M. D et Mme A par courrier du 15 décembre 2021. Leur réclamation préalable du 15 juillet 2022 ayant été rejetée le 7 septembre 2022, les contribuables demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires au titre des années 2011 et 2016 ou, subsidiairement, au seul titre de l'année 2011.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. "

3. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.

4. Les requérants soutiennent qu'ils ne se sont pas vus communiquer l'ensemble des documents sur lesquels l'administration a fondé le redressement en litige dès lors que les pièces qui leur ont été communiquées, issues de la procédure judiciaire les concernant, sont numérotées D3 à D18, ce qui implique que les pièces numérotées D1 et D2 n'ont pas été portées à leur connaissance. L'administration fiscale se borne en défense, sans contredire l'affirmation des requérants selon laquelle il existe dans les fichiers de la procédure judiciaire des pièces cotées D1 et D2, à affirmer que les fichiers numérotés D3 à D18 contiennent l'ensemble des éléments sur lesquels elle s'est fondée pour déterminer les rehaussements notifiés. Toutefois, l'administration est seule en mesure de détenir les éléments de preuve de nature à établir soit qu'aucun fichier coté D1 ou D2 ne lui a été communiqué par l'autorité judiciaire, soit, le cas échéant, que les éléments contenus dans ces fichiers, dont la numérotation des autres pièces communiquées permet de présumer l'existence, n'ont pas fondé les rehaussements en litige. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'administration fiscale a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, entachant d'irrégularité la procédure d'imposition.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D et Mme A sont fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2011 à 2016.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. D et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D et Mme A sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2011 à 2016 et des pénalités correspondantes.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme C A et au directeur régional des finances publiques de Normandie.

Copie en sera adressée, pour information, à la chambre régionale des comptes Normandie.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

A. LE VAILLANT

Le président,

P. MINNE

Le greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au directeur régional des finances publiques de Normandie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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