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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204593

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204593

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204593
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantCABINET COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi, le président de la section du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Rouen, en application de l'article R. 312-5 du code de justice administrative, la requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Rennes le 12 septembre 2022, présentée par Mme B A.

Par cette requête, enregistrée le 12 septembre 2022, Mme A, représentée par la SELARL " Cabinet Coudray ", demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2022 par laquelle le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a refusé de lui accorder le bénéfice de la garantie prévue à l'article L. 30 du code des pensions civiles et militaires en attendant de nouvelles expertises ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale de prendre une nouvelle décision de concession de pension octroyant une pension en application de l'article L. 30 du code des pensions civiles et militaires d'invalidité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure, en raison de :

o l'absence des spécialistes de ses pathologies dans la composition de la commission de réforme ;

o l'absence d'information au regard de l'article 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le ministre est mal fondé à demander une nouvelle expertise afin de pouvoir répondre à sa demande de pension à hauteur d'un minimum de 50% de son traitement, dès lors que le fait de soumettre la pension à de nouvelles expertises est illégal, et que les expertises déjà effectuées lui permettait de se prononcer ;

- la décision litigieuse est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'en application du barème annexé au décret n° 68-756 du 13 août 1968 à l'issu des expertises et de la décision de la commission de réforme, elle bénéficiait d'un taux supérieur à 60%.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2023, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraites ;

- le décret n° 68-756 du 13 août 1968 pris en application de l'article L. 28 (3e alinéa) de la loi n° 64-1339 du 26 décembre 1964 portant réforme du code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier :

- le rapport de Mme Van Muylder,

- et les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est professeure des écoles depuis 1994. A la suite de différents problèmes de santé, elle a successivement été placée en congé maladie ordinaire à compter du 30 août 2018 puis en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 28 février 2020. Le 19 mars 2020, Mme A a demandé sa mise à la retraire pour invalidité. Dans le cadre de cette demande, plusieurs expertises ont été réalisées, et la commission de réforme a examiné son dossier et rendu son avis le 8 octobre 2020. Mme A été admise à la retraire pour invalidité à compter du 29 février 2020 par arrêté en date du 26 août 2021. Une pension civile d'invalidité lui a été accordée au titre de l'article L. 29 du code de pensions civiles et militaires, le pourcentage de pension rémunérant ses services d'élevant à 44,910%. La requérante a contesté ce pourcentage auprès du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, et a demandé à bénéficier des dispositions de l'article L. 30 du même code. Par une décision du 7 juillet 2022, dont Mme A demande l'annulation, le ministre a refusé de statuer sur son taux d'invalidité global, lui indiquant que de nouvelles expertises étaient nécessaires afin de statuer au vu des divergences entre les différents taux fixés par les experts et la commission de réforme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, alors en vigueur : " Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission de réforme, si elle le juge utile, peut faire comparaître le fonctionnaire intéressé. Celui-ci peut se faire accompagner d'une personne de son choix ou demander qu'une personne de son choix soit entendue par la commission de réforme. / () / Le secrétariat de la commission de réforme informe le fonctionnaire : / - de la date à laquelle la commission de réforme examinera son dossier ; / - de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de se faire entendre par la commission de réforme, de même que de faire entendre le médecin et la personne de son choix ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas des écritures en défense que Mme A ait été invitée à prendre connaissance de son dossier ni à présenter ses observations écrites et fournir des certificats médicaux. La requérante a, dès lors, été privée d'une garantie. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être accueilli.

4. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 juillet 2022 du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au moyen retenu tenant au vice de procédure entachant la décision et en l'absence de moyen de légalité interne fondé, le présent jugement implique seulement que le ministre réexamine la demande de Mme A présentée au titre de l'article L. 30 du code des pensions civiles et militaires de retraite.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de Mme A présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 juillet 2022 du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé : C. VAN MUYLDER

Le greffier,

Signé : J-B. MIALON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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