lundi 5 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204627 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DERBALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de Mme C qui se maintient indûment au centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par Coallia, 4 rue Stéphane Hessel à Oissel.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sollicitée sont remplies, dès lors que la présence de Mme C dans le centre d'hébergement compromet le fonctionnement normal de l'organisme effectuant l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile ;
- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la demande d'asile de l'intéressée a été définitivement rejetée, qu'elle avait été informée du caractère temporaire de sa prise en charge et que la mise en demeure de quitter les lieux qui lui a été adressée par un courrier du 19 avril 2022 est restée infructueuse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Hussein, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu les observations de Me Derbali, représentant Mme B qui conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que la demande du préfet se heurte à une contestation sérieuse en raison de l'existence de circonstances particulières, tenant à sa situation particulière, dès lors que sa demande de réexamen est toujours en cours devant la cour nationale du droit d'asile et qu'elle est mère de deux jeunes enfants.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
2. Aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". En outre, aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité. Il résulte également de l'économie générale et des termes mêmes des dispositions précitées que le législateur a entendu ne pas maintenir le bénéfice de l'accueil des lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux demandeurs d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, à compter de la date à laquelle ce rejet est devenu définitif, même s'ils ont formé après ce rejet une demande de réexamen.
4. Mme C, ressortissante rwandaise, a sollicité le statut de réfugié et a bénéficié d'un hébergement en cette qualité au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par Coallia, situé 4 rue Stéphane Hessel à Oissel à compter du 19 novembre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile par décision, lue en audience publique le 17 novembre 2021. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a, compte tenu de ces décisions, notifié à l'intéressée le 7 décembre 2021 une décision de sortie du lieu d'hébergement datée du 1er décembre précédent, l'informant de l'autorisation de se maintenir dans les lieux jusqu'au 31 décembre 2021. L'intéressée s'étant maintenue dans les lieux malgré cette décision, le préfet de la Seine-Maritime l'a mise en demeure de quitter les lieux le 19 avril 2022. Il est constant, par ailleurs, que par décision du 28 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a obligé l'intéressée à quitter le territoire français.
5. Dans ces conditions, et alors même que Mme C est hébergée avec deux jeunes enfants et que l'intéressée a formé une demande de réexamen de sa demande d'asile, pour laquelle elle avait été convoquée le 21 novembre 2022 devant la Cour nationale du droit d'asile, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. Les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée apparaissent comme remplies eu égard à la situation de saturation du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile dans le département. Ainsi, l'expulsion demandée vise à assurer le bon fonctionnement du centre d'accueil des demandeurs d'asile afin de permettre l'accueil des personnes durant la période d'instruction de leur demande d'asile afin qu'elles puissent bénéficier de l'accompagnement social et administratif auquel elles peuvent prétendre et rendu possible par cet hébergement.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme C de quitter, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe irrégulièrement au centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par Coallia, 4 rue Stéphane Hessel à Oissel. Le préfet de la Seine-Maritime est autorisé à recourir au concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de Mme C si elle n'a pas libéré les lieux spontanément dans ce délai.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme C de libérer dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'elle occupe au centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par Coallia, 4 rue Stéphane Hessel à Oissel.
Article 2 : Le préfet de la Seine-Maritime est autorisé à recourir au concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de Mme C si elle n'a pas libéré les lieux spontanément dans le délai prévu à l'article 1er de la présente ordonnance.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme C.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime
Fait à Rouen, le 5 décembre 2022.
La juge des référés,
Signé
P. ALa greffière,
Signé
A. Hussein
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026