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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204890

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204890

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204890
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantBHN CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2022, et des mémoires, enregistrés le 4 septembre 2023 et le 1er mai 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société à responsabilité limitée (SARL) Multimat, représentée par la SELAS BHN Conseil, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des rappels de cotisation foncière des entreprises (CFE) auxquels elle a été assujettie au titre des années 2018, 2019, 2020 et 2021 dans la commune de Bosc-le-Hard ;

2°) de mettre la somme de 4 500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL Multimat soutient que :

- en ayant estimé que les parcelles ZR 80, ZR 84 et ZR 86 sur lesquelles elle exerce son activité constituaient une seule unité taxable à la taxe foncière alors que chacune de ces parcelles, d'ailleurs elles-mêmes composées de locaux ouverts ou non au public et de voies de circulation et de parking, constitue une fraction de propriété distincte, l'administration a méconnu l'article 1494 du code général des impôts et l'article 324 A de l'annexe III à ce code ;

- par voie de conséquence, la classement de l'ensemble de ces parcelles dans la catégorie DEP2 est erroné ;

- doit être appliquée une distinction entre locaux ouverts, seuls passibles de cette qualification en DEP2, et le reste des parcelles, pour 22 487 m², passible de la catégorie DEP3 ;

- la valeur locative s'appréciant local par local, la méthode d'évaluation globale suivie par l'administration, même corrigée par application de coefficients de pondération sur les surfaces affectées aux dépôts de matériaux et à la circulation, est erronée ;

- cette interprétation, affirmée par la page du site gouvernemental www.entreprendre.service-public.fr, est opposable à l'administration ;

- la grille tarifaire de l'année 2018 n'étant pas publiée, le tarif doit être considéré comme nul et l'impôt non dû.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 juin 2023 et le 13 septembre 2023, la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

La directrice soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier, notamment celles versées le 3 avril 2024 à la demande de la juridiction par la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Duclos, pour la SARL Multimat.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Multimat exerce, sur le territoire de la commune de Bosc-le-Hard, une activité de négoce de matériaux dans des locaux couverts, sur des emplacements non couverts et dans des bureaux implantés sur les parcelles cadastrées ZR 80, ZR 84 et ZR 86 de surfaces respective de 6 075 m², 20 257 m² et 3 140 m². Seules les caractéristiques de la parcelle ZR 84 ont été portées à la connaissance de l'administration fiscale par une déclaration de locaux professionnels souscrite sur le formulaire Cerfa n° 6660-Rev par son propriétaire, la société civile immobilière du Citron Vert. A l'issue de la vérification de comptabilité de la SARL Multimat, le vérificateur a remis en cause ces éléments déclaratifs limités à une parcelle et, procédant à une évaluation globale des trois terrains, a considéré que leur surface totale de 29 472 m² relevait de la catégorie 2 " lieux de dépôt couverts " du sous-groupe III " lieux de dépôt ou de stockage et parcs de stationnement " (DEP2) prévue par l'article 310 Q de l'annexe II au code général des impôts. Les corrections ainsi apportées à la valeur locative des biens se sont traduites par des rappels de CFE au titre des années 2018 à 2021 contestés dans la présente instance.

Sur le terrain de la loi fiscale :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1494 du code général des impôts : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties () ou d'une taxe annexe établie sur les mêmes bases est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte. " Aux termes de l'article 324 A de l'annexe III à ce code : " Pour l'application de l'article 1494 du code général des impôts on entend : 1° Par propriété normalement destinée à une utilisation distincte : a) En ce qui concerne les biens autres que les établissements industriels l'ensemble des sols terrains et bâtiments qui font partie du même groupement topographique et sont normalement destinés à être utilisés par un même occupant en raison de leur agencement () 2° Par fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte lorsqu'ils sont situés dans un immeuble collectif ou un ensemble immobilier : a) Le local normalement destiné à raison de son agencement à être utilisé par un même occupant ; () " Pour l'application de ces dispositions, la valeur locative de chaque fraction de propriété susceptible de faire l'objet d'une utilisation distincte par un même occupant doit faire l'objet d'une évaluation distincte. Est sans incidence la circonstance qu'elle fasse ou non l'objet d'une exploitation commerciale autonome.

3. Il résulte de l'instruction que l'établissement en cause, qui n'est pas industriel, est composé de bureaux, de hangars ouverts ou non au public, de zones de dépôts de matériaux pondéreux, d'espaces de stockage de matériaux à ciel ouvert, d'emplacements de stationnement et de voies de circulation. Ces différents secteurs forment un ensemble cohérent d'équipements et de surfaces qui, compte tenu de leur vocation commerciale, ne sont pas susceptibles de faire l'objet d'une utilisation distincte par la société requérante. Par ailleurs, l'unité physique et topographique apparaît clairement dès lors que les trois parcelles ZR 80, ZR 84 et ZR 86 sont contiguës et sont desservies par les voies de circulation internes au site de stockage et de vente, lequel n'est accessible de l'extérieur que par une entrée unique par la route départementale 57, dite rue Vilaine. Par suite, quelle que soit la nature des constructions, des installations et des terrains répartis sur les trois parcelles en cause, l'administration a, à bon droit, considéré qu'elles formaient une seule unité foncière pour l'évaluation de la base d'imposition à la CFE.

4. En deuxième lieu, en vertu du dernier alinéa de l'article 324 Z de l'annexe III au code général des impôts, lorsque l'une des parties d'une propriété a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire.

5. En n'ayant affecté d'aucun coefficient la superficie de 464 m² correspondant aux locaux couverts accessibles aux clients de la société requérante, l'administration ne s'est pas méprise sur la destination principale de ces locaux compte tenu de l'activité commerciale exercée dans l'établissement soumis à la CFE. En ayant considéré que les locaux couverts, non accessibles au public, répartis sur une superficie de 6 521 m², présentaient une valeur d'utilisation réduite par rapport aux zones couvertes affectées à la vente, l'administration n'a, en leur ayant attribué un coefficient de pondération de 0,5, pas entaché d'erreur son appréciation de la consistance de ces zones de stockage et de bureaux. En ayant, enfin, affecté d'un coefficient de 0,2 la surface occupée par les voies de circulation et de stationnement internes au site exploité commercialement par la SARL Multimat, le service n'a pas inexactement qualifié la surface brute de 22 487 m² en cause de zone de valeur d'utilisation secondaire non couverte.

6. En dernier lieu, la grille tarifaire prévue par l'article 1518 ter du code général des impôts applicable dans le département de la Seine-Maritime pour l'année d'imposition 2017 a été publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2018-141 du 17 juin 2016. En l'absence de mise à jour, les tarifs applicables au titre de l'année 2018 sont demeurés identiques. La circonstance que l'accès en ligne à cette publication n'était pas techniquement aisé à la date de la requête ne retire pas à la grille tarifaire, effectivement publiée, son caractère opposable. Par suite, le moyen tiré de ce que, faute de publication d'une grille tarifaire propre à l'année d'imposition 2018, aucun tarif ne peut être appliqué à la société requérante, alors que la grille 2017 avait été reconduite au titre de l'année 2018 sans avoir été abrogée ni modifiée, doit être écarté.

Sur le terrain de l'interprétation administrative de la loi :

7. Les explications et indications relatives aux modalités de calcul de la valeur locative d'un local professionnel et, en particulier, celles concernant les règles de détermination de la catégorie du local apparaissant sur la page du site internet https://entreprendre.service-public.fr/vosdroits/F31046 ne diffèrent pas de l'interprétation donnée par le présent jugement à la loi fiscale. Par suite, la société requérante n'est en tout état de cause pas fondée à se prévaloir de ces informations sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

8. Il résulte de ce qui précède que la SARL Multimat n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de CFE auxquels elle a été assujettie au titre des années 2018 à 2021 dans la commune de Bosc-le-Hard. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Multimat est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Multimat et à la directrice de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

signé

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne à la directrice de contrôle fiscal Nord en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2204890

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