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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2205003

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2205003

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2205003
TypeDécision
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2022, M. D A, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 422-1 et L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 422-1 et L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 422-1 et L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 422-1 et L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 8 novembre 2022 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 13 juin 1990, déclare être entré irrégulièrement en France le 16 novembre 2018, afin d'y solliciter l'asile. Sa demande de protection internationale a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), par une décision du 31 mai 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 décembre 2020. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 16 février 2021. Le 18 janvier 2021, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, à l'exécution de laquelle il n'a pas pourvu. Le 29 janvier 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 26 mars 2021, dont la légalité n'a pas été remise en cause par la juridiction administrative, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande et a à nouveau obligé l'intéressé à quitter le territoire français. Le 13 juillet 2022, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 15 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 22-038 du 22 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime, le préfet de ce département a donné délégation à M. B C, sous-préfet du Havre, à l'effet de signer, notamment, tous les arrêtés et décisions relevant de ses attributions, à l'exclusion de certains actes dont ne fait pas partie la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " Aux termes de l'article L. 412-3 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" prévue à l'article L. 422-1 "

4. D'une part, il est constant que M. A ne disposait pas d'un visa de long de séjour. D'autre part, l'intéressé, âgé de trente-deux ans à la date de la décision attaquée, se prévaut de l'équivalence de son baccalauréat guinéen en France, de l'obtention d'un diplôme universitaire de technologie " gestion administrative des entreprises " en 2020, d'une licence de droit, économie, gestion mention " administration économique et sociale " obtenue en 2022 et de son inscription en première année de master " management et commerce international " au titre de l'année universitaire 2022-2023. S'il justifie de sa progression constante dans ce cursus, il fait état de résultats passables. Il ne fait par ailleurs état d'aucun élément particulier relatif à la nécessité qu'il poursuive ce cursus en France. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a, en tout état de cause, pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne le dispensant pas de la condition de détention d'un visa de long séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 422-1 et L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. En troisième lieu, M. A ne fait état, en se prévalant des éléments analysés au point 3, d'aucun motif exceptionnel ni d'aucune circonstance humanitaire de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

7. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 412-3, L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance des titres de séjour, sont inopérants en tant qu'ils sont dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En dernier lieu, M. A se prévaut de la poursuite de ses études supérieures en France, de son insertion sociale attestée par ses établissements d'enseignement supérieur et de ses activités de bénévolat pour la ville du Havre. Il ressort cependant des pièces du dossier qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-huit ans, que s'il a déclaré avoir quitté celui-ci en raison de craintes de persécutions il a également déclaré, par la suite, être venu en France dans le but de poursuivre des études et qu'il n'y disposait d'aucune attache familiale alors qu'une partie de sa fratrie réside toujours en Guinée. En outre, il ne fait état d'aucun obstacle particulier ni à ce qu'il reprenne ses études supérieures en Guinée ni à ce qu'il y sollicite la délivrance d'un visa de long séjour afin de les poursuivre en France. Dans ces conditions, en ayant obligé M. A à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard au but poursuivi par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Arzu Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé

P. MINNELe greffier,

Signé

J-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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