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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2505203

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2505203

mardi 7 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2505203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen rejette la requête de Mme A... visant à annuler un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction estime que la procédure a respecté le droit d'être entendu et que la motivation de l'arrêté est suffisante, notamment au regard des conditions d'entrée et de séjour. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 octobre 2025, et un mémoire en production de pièces enregistré le 17 février 2026, Mme B... A..., représentée par la SELARL Mary & Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 19 juin 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d’un mois ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer, dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, un titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour dans l’attente du réexamen de sa situation, sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Mme A... soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire français :
a été prise en méconnaissance du droit d’être entendu ;
n’est pas suffisamment motivée ;
a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d’une erreur de droit dans son application et sans examen de son droit au séjour ;
a été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;

la décision portant refus de délai de départ volontaire :
a été prise en méconnaissance du droit d’être entendu ;
est dépourvue de base légale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;


la décision fixant le pays de destination :
a été prise en méconnaissance du droit d’être entendu ;
est dépourvue de base légale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
a été prise en méconnaissance du droit d’être entendu ;
est dépourvue de base légale du fait de l’illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;
a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.


Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.


Vu :
la décision du 30 septembre 2025 accordant l’aide juridictionnelle totale à Mme A... ;
la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la convention d'application de l'Accord de Schengen ;
la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
la loi n° 91‑647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
-
le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,
-
et les observations de Me Inquimbert, pour Mme A....


Considérant ce qui suit :


Mme A..., ressortissante de nationalité algérienne, entrée en France le 30 décembre 2024 avec ses trois enfants mineurs, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 19 juin 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d’un mois.

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A... a été auditionnée par les services de police le 19 juin 2025 et a été mise en mesure de faire les observations qu’elle souhaitait sur son entrée en France, sa situation personnelle et familiale et la perspective que soient prononcées à son encontre une mesure d’éloignement à destination de son pays d’origine et une interdiction de retour sur le territoire français. La requérante ne fait état d’aucune observation complémentaire qu’elle aurait souhaité porter à la connaissance des services préfectoraux qui aurait été susceptible d’avoir une influence sur le sens de l’arrêté du 19 juin 2025. Mme A... n’est donc pas fondée à soutenir que son droit d’être entendue a été méconnu.

En deuxième lieu, l’arrêté en litige indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, notamment les conditions d’entrée et de séjour en France de Mme A..., sa nationalité, sa situation professionnelle et personnelle, le risque qu’elle se soustrait à la mesure d’éloignement, ses attaches dans son pays d’origine et l’absence de preuve qu’elle pourrait encourir des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en Algérie. Par suite, il est suffisamment motivé.

En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment de la motivation de l’arrêté contesté, et alors même que l’arrêté attaqué ne vise pas l’accord franco-algérien, que celui-ci aurait été pris sans que soit réalisé, au préalable, un réel examen de la situation de Mme A... et de son éventuel droit au séjour de plein droit, lequel ne ressort d’ailleurs pas des pièces du dossier.

En quatrième lieu, Mme A..., qui déclare être entrée en France le 30 décembre 2024, soit récemment, n’établit pas y avoir d’attaches autres que ses enfants. Elle ne fait état d’aucune perspective d’insertion professionnelle ni d’une insertion sociale particulière. Ses enfants, nés en 2015 et en 2018, étaient scolarisés en France, en cours préparatoire et en CM1, depuis moins d’une année scolaire à la date de la décision attaquée et rien n’établit qu’ils ne pourront pas poursuivre leur scolarité en Algérie où ils ont toujours vécu. Mme A... ne démontre pas être dépourvue de toute attache dans son pays d’origine où elle a vécu jusqu’à l’âge de 35 ans et où elle n’établit pas, par ses seules allégations, encourir de risques de traitements inhumains ou dégradants du seul fait de son divorce du père de ses enfants et des violences alléguées de celui-ci. Par suite, en obligeant Mme A... à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n’a pas, eu égard aux buts poursuivis, porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la mesure d’éloignement prise à l’encontre de Mme A... n’est pas entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle et familiale.

En dernier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (...) ».

Les dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, issues de l’article 37 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration, codifient le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l’objet d’une mesure d’éloignement. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme A... n’établit pas avoir droit à la délivrance de plein droit d’un titre de séjour. Elle n’est donc pas fondée à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et que le préfet de la Seine-Maritime, qui a examiné sa situation quand bien même il n’a pas visé l’accord franco-algérien, aurait commis une erreur de droit dans l’application de ces dispositions.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d’être entendu et de l’erreur manifeste d’appréciation de la situation personnelle de Mme A... sont écartés pour les motifs indiqués aux points 2 et 5.

En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que l’obligation de quitter le territoire français prise à l’encontre de Mme A... n’est pas entachée d’illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant refus de délai de départ volontaire doit donc être écarté.

En dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (...) / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (...) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ».

Mme A... ne démontre pas avoir souscrit la déclaration prévue par l’article 22 de la convention d'application de l'Accord de Schengen du 14 juin 1985 et ne démontre donc pas être entrée régulièrement en France avec son visa délivré par l’Espagne. L’intéressée n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour en France. En outre, Mme A... ne conteste pas n’avoir pas produit aux services de la préfecture de document d’identité ou de voyage et a déclaré aux services de police ne pas vouloir regagner son pays d’origine. C’est donc sans méconnaitre les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a estimé qu’elle présentait un risque de soustraction à la mesure d’éloignement prise à son encontre. Le préfet de la Seine-Maritime pouvait donc légalement refuser à Mme A... l’octroi d’un délai de départ volontaire.

Sur le pays de destination :

Les moyens tirés de la méconnaissance du droit d’être entendu, de l’erreur manifeste d’appréciation de la situation personnelle de Mme A... et du défaut de base légale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sont écartés pour les motifs indiqués aux points 2, 5 et 9.

Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :

En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d’être entendu et de l’erreur manifeste d’appréciation de la situation personnelle de Mme A... sont écartés pour les motifs indiqués aux points 2 et 5.

En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 11 que la décision refusant à Mme A... l’octroi d’un délai de départ volontaire n’est pas entachée d’illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

En dernier lieu, la situation personnelle et familiale de Mme A... telle que rappelée au point 5 ne présente pas de caractère humanitaire. En interdisant à l’intéressée le retour en France pendant la durée très limitée d’un mois, le préfet de la Seine-Maritime n’a donc pas méconnu les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.


Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A... tendant à l’annulation de l’arrêté du 19 juin 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d’un mois doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d’instance doivent également être rejetées.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à la SELARL Mary & Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.


Délibéré après l’audience du 24 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2026.


La rapporteure,
signé
H. JEANMOUGIN
La présidente,
signé
C. GRENIER



Le greffier,


signé

N. BOULAY





La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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