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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2205027

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2205027

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2205027
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantSELARL DELPHINE BOISANFRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Pole Com1, représentée par la SELARL Delphine Boisanfray, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 ;

2°) de mettre une somme à déterminer à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS Pole Com1 soutient que dès lors que la proposition de rectification datée du 20 décembre 2019 ne lui a pas été régulièrement notifiée avant l'expiration du délai de reprise de l'administration, celle-ci n'a pas interrompu la prescription de ce délai, qui était par conséquent acquise à la date à laquelle l'imposition supplémentaire en litige a été mise en recouvrement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, la directrice de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

La directrice soutient que les moyens soulevés par SAS Pole Com1 ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 24 novembre 2023 fixant la clôture de l'instruction au 8 décembre 2023 à 12h00 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Duclos, représentant la SAS Pole Com1.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Pole Com1, ex SARL Acti'Mat, exerce une activité de location de biens et de services destinés aux entreprises ainsi que d'acquisition, de gestion et de location de tous biens immobiliers. À l'issue d'un contrôle sur pièces, elle a fait l'objet d'un redressement résultant de la remise en cause de son droit au bénéfice du dispositif dit A résultant des dispositions des I et I bis de l'article 217 undecies du code général des impôts, au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016. La cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés correspondante, assortie des intérêts de retard, a fait l'objet d'une proposition de rectification datée du 20 décembre 2019. Le pli contenant cette lettre a été retourné à l'administration fiscale le 30 décembre 2019 avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Cette proposition de rectification a été adressée, le 16 janvier 2020, à l'adresse personnelle du gérant de la société, qui en a accusé réception le 18 janvier 2020 et a présenté des observations au nom de la société le 12 mars 2020. Le supplément d'imposition, maintenu par le service, a été mis en recouvrement le 29 juillet 2022. L'administration fiscale ayant rejeté sa réclamation du 14 septembre 2022 par une décision du 14 octobre 2022, la SAS Pole Com1 demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de cette imposition supplémentaire.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 189 du livre des procédures fiscales : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () "

3. En vertu de ces dispositions, l'administration fiscale disposait, s'agissant de l'impôt sur les sociétés dû par la SAS Pole Com1, alors SARL Acti'Mat, au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016, d'un droit de reprise qui expirait en principe le 31 décembre 2019. Il est constant que le pli contenant la proposition de rectification du 20 décembre 2019 a été adressé à la SARL Acti'Mat au 220, rue Robert Lemasson, 76230 Bois-Guillaume, et a été retourné à l'administration fiscale le 30 décembre 2019 avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". La société requérante fait valoir que son siège social se situe au 220, allée - et non pas rue - Robert Lemasson, 76230 Bois-Guillaume, et soutient qu'elle avait informé l'administration fiscale du dernier transfert, intervenu le 31 août 2019, de son siège social alors situé au 193, rue Pierre Corneille, 76300 Sotteville-lès-Rouen. Contrairement à ce que soutient la société requérante, la déclaration de ce changement au registre du commerce et des sociétés ne saurait, par elle-même, être regardée comme constituant une diligence de nature à informer le service de ce qu'elle entendait être contactée à cette nouvelle adresse. L'administration fiscale fait quant à elle valoir que l'adresse à laquelle elle a notifié la proposition de rectification était la seule connue d'elle et que ni l'entreprise ni ses conseils ne l'ont informée de l'erreur dans le type de la voie desservie par le service postal, que l'expert-comptable a confirmé l'adresse portée sur le pli en janvier 2020, que la réponse aux observations aux rectifications, adressée à cette adresse, a été effectivement reçue par son destinataire et que cette adresse a continué d'être indiquée par la société requérante à l'occasion de la déclaration de son changement de dénomination. Cependant, d'une part, toutes les circonstances dont se prévaut l'administration afin d'établir que la notification de la proposition de rectification était régulière sont postérieures à l'envoi de celle-ci et ne sont donc pas de nature, en tant que telles, à établir que la société aurait communiqué une adresse erronée avant cette date. D'autre part, ni l'administration fiscale ni la société requérante ne produisent le document par lequel cette dernière a informé l'administration de son changement d'adresse. En revanche, il est constant que l'administration a été informée de ce changement avant l'envoi de la proposition de rectification du 20 décembre 2019, laquelle indique, en page 3, que " Le siège social s'établit au 220 Allée Robert LEMASSON 76230 BOIS-GUILLAUME ". Le service avait donc connaissance du libellé exact de l'adresse de la société requérante. Par conséquent, dès lors que l'erreur ayant conduit à l'absence de notification du pli contenant le courrier du 20 décembre 2019 ne pouvait pas être regardée comme étant imputable au contribuable, la notification de la proposition de rectification n'était pas régulière et n'a, ainsi, pas été de nature à proroger le délai de prescription du droit de reprise de l'administration, lequel a expiré le 31 décembre 2019. Par suite, la SAS Pole Com1 est fondée à soutenir que l'imposition supplémentaire en litige a été mise en recouvrement le 29 juillet 2022, au-delà de l'expiration du droit de reprise l'administration.

4. Il résulte de ce qui précède que la SAS Pole Com1 est fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016.

Sur les frais liés au litige :

5. Les conclusions présentées par la société requérante tendant à ce que soit mis à la charge de l'Etat une somme correspondant aux frais exposés par elle et non compris dans les dépens, faute d'être chiffrées, sont irrecevables.

D E C I D E :

Article 1er : La SAS Pole Com1 est déchargée du paiement de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Pole Com1 et à la directrice de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

Le rapporteur,

signé

A. LE VAILLANT

Le président,

signé

P. MINNELe greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, de la relance et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Le greffier,

N. BOULAY

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