vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2205234 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | SAGON LOEVENBRUCK LESIEUR LEJEUNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 décembre 2022 et les 22 octobre et 20 décembre 2024, Mme B A, représentée par Me Morival, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Ronchois à lui verser, au titre du solde du règlement de l'indemnité compensatrice de congés payés, à titre principal une somme de 129,61 euros bruts ou, à titre subsidiaire, une somme de 118,90 euros bruts, et une somme de 35 euros correspondant à la valeur du colis de fin d'année ;
2°) de condamner la commune de Ronchois à lui verser une somme de 1 000 euros à titre de dommages et intérêts et en réparation de son préjudice moral ;
3°) d'enjoindre à la commune de lui remettre son certificat de travail et son attestation Pôle emploi ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Ronchois la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que le contentieux est lié ;
- elle a été victime de faits constitutifs de harcèlement moral ;
- seuls dix jours de congés payés lui ont été réglés au titre de l'indemnité compensatrice de congés payés, alors que la convention de rupture conventionnelle signée le 20 décembre 2021 prévoyait le règlement de onze jours, et la méthode de calcul du montant de cette indemnité proposée par la commune est erronée ;
- le maire de la commune de Ronchois a refusé de lui délivrer son certificat de travail et son attestation Pôle emploi, alors qu'il s'agit d'une obligation non soumise à la signature du solde de tout compte ;
- elle n'a pas, contrairement à ses collègues, reçu son colis de fin d'année, qui ne s'inscrit pas dans le cadre de l'action sociale.
Par des mémoires en défense, enregistré le 26 novembre 2024 et le 9 janvier 2025, la commune de Ronchois, représentée par Me Loevenbruck, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence de décision liant le contentieux ;
- les faits de harcèlement moral invoqués ne sont pas établis ;
- l'indemnité de congés payés a été réglée à hauteur de onze jours, conformément à la convention de rupture conventionnelle, et la méthode de calcul du montant de cette indemnité proposée par la requérante est erronée ;
- la requérante ne détenait aucun droit à la remise d'un colis de fin d'année, qui s'inscrit dans le cadre de l'action sociale ;
- la commune n'a pas été en mesure de remettre à Mme A son certificat de travail et son attestation Pôle emploi en raison de son refus de signer un reçu pour solde de tout compte, mais que ces documents sont toujours à sa disposition, et lui ont d'ailleurs été communiqués dans le cadre de la présente instance, de sorte que sa demande est devenue sans objet.
Par une ordonnance du 27 décembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 janvier 2025 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;
- le décret n° 2019-1593 du 31 décembre 2019 ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Armand, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Loevenbruck pour la commune de Ronchois.
Mme A n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A exerce depuis le 1er février 2007, sous contrat à durée indéterminée et à temps partiel, les fonctions de secrétaire de mairie de la commune de Ronchois. Son contrat a pris fin le 5 janvier 2022, à la suite d'une rupture conventionnelle conclue le 20 décembre 2021. Par un courrier du 6 novembre 2023, réceptionné le 9 novembre 2023, l'intéressée a présenté une réclamation préalable à la commune. Cette réclamation ayant été implicitement rejetée, la requérante demande au tribunal de condamner la commune de Ronchois à lui verser, au titre du solde du règlement de l'indemnité compensatrice de congés payés, à titre principal la somme de 129,61 euros ou, à titre subsidiaire, la somme de 118,90 euros, la somme de 35 euros correspondant à la valeur du colis de fin d'année qu'elle n'a pas perçu, ainsi que la somme de 1 000 euros à titre de dommages et intérêts et en réparation de son préjudice moral. Elle demande également à ce qu'il soit enjoint à la commune de lui remettre son certificat de travail et son attestation Pôle emploi.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
3. Si Mme A soutient avoir été victime d'agissements constitutif de harcèlement moral, notamment de la part d'un élu de la commune de Ronchois, elle ne produit aucun élément de nature à faire présumer l'existence de tels agissements. Par suite, et à supposer que la requérante ait entendu présenter des conclusions indemnitaires à ce titre, elles doivent être rejetées.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " L'agent contractuel en activité a droit, dans les conditions prévues par le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux, à un congé annuel dont la durée et les conditions d'attribution sont identiques à celles du congé annuel des fonctionnaires titulaires. En cas de démission ou de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire ou à la fin d'un contrat à durée déterminée, l'agent qui, du fait de l'autorité territoriale, en raison notamment de la définition par le chef de service du calendrier des congés annuels, ou pour raison de santé, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice de congés annuels. Lorsque l'agent n'a pu bénéficier d'aucun congé annuel, l'indemnité compensatrice est égale au 1 / 10 de la rémunération totale brute perçue par l'agent lors de l'année en cours. Lorsque l'agent a pu bénéficier d'une partie de ses congés annuels, l'indemnité compensatrice est proportionnelle au nombre de jours de congés annuels dus et non pris ".
5. La convention de rupture conventionnelle conclue le 20 décembre 2021, en application du décret du 31 décembre 2019 relatif à la procédure de rupture conventionnelle dans la fonction publique susvisé, a prévu que la commune de Ronchois verserait à Mme A une indemnité compensatrice de congés annuels égale à onze jours de congés payés. Il résulte de l'instruction que la requérante a perçu au cours de l'année 2021 un salaire mensuel brut de 874,08 euros et qu'elle a travaillé, à raison de deux jours par semaine pour un temps partiel de 15/35ème, en moyenne 9,29 jours par mois. Mme A a donc perçu un salaire journalier qui peut être évalué à 94,09 euros bruts. En application de la convention de rupture conventionnelle, elle aurait donc dû percevoir une somme de 1 034,97 euros au titre de l'indemnité compensatrice de congés annuels. Il résulte de l'instruction, et notamment du bulletin de paye du mois de janvier 2022, que la commune, qui a fait application des dispositions précitées de l'article 5 du décret du 15 février 1988, a versé à la requérante une somme de 1 048,90 euros correspondant au 1 / 10ème de la rémunération totale brute perçue par celle-ci au cours de l'année 2021 de 10 488,96 euros, soit un montant supérieur à celui prévu par la convention de rupture conventionnelle. En outre, Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions du dernier alinéa de l'article 5 du décret du 15 février 1988 stipulant que " lorsque l'agent a pu bénéficier d'une partie de ses congés annuels, l'indemnité compensatrice est proportionnelle au nombre de jours de congés annuels dus et non pris ", dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'il ne lui restait que quatre jours de congés à prendre pour l'année 2021. Dès lors, en versant à Mme A la somme de 1 048,90 euros bruts au titre de l'indemnité compensatrice de congés annuels, la commune de Ronchois n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.
6. En troisième lieu, Mme A ne détenait d'aucune disposition législative ou réglementaire le droit de se voir délivrer en 2021 le colis de fin d'année distribué par la commune de Ronchois à ses agents. Au demeurant, elle ne démontre pas avoir été la seule à ne pas bénéficier de ce colis. La responsabilité de la commune ne peut donc être engagée dans ce cadre.
7. En dernier lieu, il est constant que la commune de Ronchois a remis tardivement à Mme A ses documents de fin de contrat (certificat de travail et attestation Pôle emploi), qui ont été joints à son mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2024, en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de R. 1234-9 du code du travail selon lesquelles " l'employeur délivre au salarié, au moment de l'expiration ou de la rupture du contrat de travail, les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations mentionnées à l'article L. 5421-2 et transmet sans délai ces mêmes attestations à Pôle emploi () ", et de l'article 38 du décret du 15 février 1988 qui prévoient que le certificat de travail est délivré à l'agent à l'expiration de son contrat. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que cette délivrance tardive ait empêché ou retardé les démarches de la requérante auprès de Pôle Emploi devenu France Travail, dès lors qu'elle n'établit pas s'être inscrite en tant que demandeur d'emploi. Dans ces conditions, pour regrettable qu'elle soit, la transmission tardive des documents mentionnés ci-dessus ne peut être regardée comme étant à l'origine d'un préjudice financier tiré de la perte de l'allocation de retour à l'emploi et de la possibilité de rechercher un autre emploi pour l'intéressée. En outre, en se bornant à produire des pièces médicales attestant qu'elle fait l'objet d'un traitement et d'un suivi psychiatriques, Mme A ne démontre pas l'existence d'un préjudice moral en relation directe et certaine avec la remise tardive de ses documents de fin de contrat. Dès lors, elle n'est pas fondée à réclamer une indemnisation à ce titre.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions indemnitaires de Mme A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la commune de Ronchois a, postérieurement à l'enregistrement de la requête, remis à Mme A ses documents de fin de contrat (certificat de travail et attestation Pôle emploi). Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de lui délivrer ces documents ont donc perdu leur objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les frais d'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Ronchois, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune de Ronchois sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de Mme A tendant à la délivrance de ses documents de fin de contrat.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Ronchois en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Ronchois.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Armand, premier conseiller,
- M. Cotraud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 14 février 2025.
Le rapporteur,
Signé : G. ARMAND
La présidente,
Signé : C. VAN MUYLDERLe greffier,
Signé : J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026