mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2205267 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | RENOULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2022, et un mémoire, enregistré le 31 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Renoult, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 77 100 euros en réparation des préjudices résultant des dysfonctionnements dans la gestion de son dossier de carrière ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens de l'instance au titre de l'article R. 761-1 du même code.
Mme A soutient que :
- l'administration engage sa responsabilité pour faute dès lors qu'elle n'a pas vérifié, dès le 1er juin 2015 et avant de lui proposer des postes, son aptitude à exercer ses fonctions à l'issue de sa disponibilité pour convenance personnelle ;
- l'administration engage également sa responsabilité pour le délai de traitement anormalement long de sa situation après l'expertise médicale concluant à son inaptitude et du fait qu'elle n'a pas prononcé plus rapidement sa mise à la retraite d'office pour invalidité ;
- l'administration a, en outre, commis une faute en la radiant des cadres de manière rétroactive ;
- les fautes commises lui ont causé un préjudice moral à hauteur de 15 000 euros et lui ont fait perdre une chance d'obtenir une pension de retraite dès 2016, ce qui lui a créé un préjudice financier de 62 100 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Le ministre soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 77 100 euros en réparation de préjudices que lui auraient causé les fautes commises par l'administration dans la gestion de sa carrière.
2. Il résulte de l'instruction que Mme A, assistante de service social alors affectée à la préfecture de la Seine-Maritime, a été placée en disponibilité pour convenances personnelles du 1er juin 2005 au 31 mai 2015. Elle a demandé, le 11 mai 2015, sa réintégration et a refusé, le 30 juin 2015 et le 4 août 2015, les postes qui lui avaient été proposés. Par courrier du 12 août 2015, elle a adressé à l'administration un certificat rédigé le jour même par un médecin généraliste faisant état de son inaptitude à tout poste de la fonction publique d'Etat et a été informée, par courrier du 22 novembre 2016 qu'elle était convoquée à une expertise le 6 décembre 2016. Elle a de nouveau été convoquée, par courrier du 9 février 2022, à une expertise médicale le 15 février 2022 et informée, par courrier du 10 février 2022, de la réunion le 1er mars 2022, du conseil médical pour examiner son aptitude à l'exercice de ses fonctions à compter du 1er juin 2015. Par arrêté du 9 juin 2022, Mme A a été radiée des cadres à compter du 1er juin 2015.
Sur les fautes :
3. Aux termes de l'article 49 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " Le fonctionnaire mis en disponibilité au titre du cinquième alinéa de l'article 47 du présent décret () Dans tous les autres cas de disponibilité, la réintégration est subordonnée à la vérification par un médecin agréé et, éventuellement, par le comité médical compétent, saisi dans les conditions prévues par la réglementation en vigueur, de l'aptitude physique du fonctionnaire à l'exercice des fonctions afférentes à son grade. / Trois mois au moins avant l'expiration de la disponibilité, le fonctionnaire fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement de la disponibilité ou de réintégrer son corps d'origine. Sous réserve des dispositions du deuxième alinéa du présent article et du respect par l'intéressé, pendant la période de mise en disponibilité, des obligations qui s'imposent à un fonctionnaire même en dehors du service, la réintégration est de droit. / A l'issue de sa disponibilité, l'une des trois premières vacances dans son grade doit être proposée au fonctionnaire. S'il refuse successivement trois postes qui lui sont proposés, il peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire. () Le fonctionnaire qui, à l'issue de sa disponibilité ou avant cette date, s'il sollicite sa réintégration anticipée, ne peut être réintégré pour cause d'inaptitude physique, est soit reclassé dans les conditions prévues par la réglementation en vigueur, soit mis en disponibilité d'office dans les conditions prévues aux deux derniers alinéas de l'article 43 du présent décret, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié. "
4. En premier lieu, les décisions administratives ne pouvant légalement disposer que pour l'avenir, l'administration ne peut, par dérogation à cette règle, prendre des mesures à portée rétroactive que pour assurer la continuité de la carrière d'un agent public ou procéder à la régularisation de sa situation.
5. Il résulte de l'instruction, notamment des certificats et avis médicaux produits, que Mme A était, dès le 1er juin 2015, inapte à l'exercice de toute fonction de la fonction publique d'Etat, sans que son reclassement dans un autre corps que celui des assistants de service social ne soit possible. Son inaptitude étant définitive, Mme A ne pouvait prétendre à sa mise en disponibilité pour raisons de santé à l'issue de sa disponibilité pour convenances personnelles. L'intéressée, qui n'établit ni même n'allègue, qu'elle avait droit à pension, ne pouvait donc qu'être licenciée à la date à laquelle sa disponibilité pour convenances personnelles a pris fin. Par suite, l'administration pouvait, pour régulariser la situation de Mme A depuis le 1er juin 2015, donner à sa radiation des cadres du 9 juin 2022 un caractère rétroactif. La requérante n'est donc pas fondée à se plaindre d'une faute de l'administration à avoir adopté une décision à portée rétroactive.
6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 29 du code des pensions civiles et militaires de retraite que le droit à pension pour une invalidité ne résultant pas du service n'est accordé au fonctionnaire que sous réserve que ses blessures ou maladies ont été contractées ou aggravées au cours d'une période durant laquelle il acquérait des droits à pension. Mme A ne conteste pas que la maladie qui la rend définitivement inapte au service a été contractée au cours d'une période durant laquelle elle était en disponibilité pour convenances personnelles et n'acquérait pas de droits à pension. Mme A, qui n'en remplissait pas les conditions, n'est donc pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une faute en ne prononçant pas dès 2016 sa mise à la retraite d'office pour invalidité.
7. En troisième lieu, en n'organisant pas, dès réception de la demande de réintégration de l'intéressée, une visite médicale auprès d'un médecin agréé alors que des postes pouvaient être proposés à Mme A sur tout le territoire national et qu'elle n'était pas informée de son inaptitude médicale, l'administration, qui a commencé l'instruction de sa situation dès réception de l'avis médical du 12 août 2015, n'a pas commis de faute. En outre, dès lors que c'est précisément au motif de son inaptitude médicale que la réintégration de l'intéressée n'a pas été prononcée à l'issue de la disponibilité, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une faute en lui proposant des postes sans vérifier au préalable son aptitude médicale.
8. En dernier lieu, il résulte de l'instruction qu'alors que l'administration avait commencé dès septembre 2015 l'instruction de la situation de Mme A et convoqué l'intéressée à une expertise médicale fin 2016, aucune décision n'a été prise et aucun échange avec l'intéressée n'a eu lieu jusqu'à ce que l'administration la convoque en février 2022 à une nouvelle expertise médicale et la radie des cadres en juin 2022. Pour sa part, la requérante, qui ne justifie pas que son état médical l'empêchait de prendre contact avec l'administration pendant près de cinq ans, allègue, sans démontrer les avoir effectivement adressés, s'être enquise de sa situation auprès de l'administration à deux reprises, par courriers du 3 septembre 2021 et du 1er décembre 2021. Si Mme A n'a manifesté que peu d'intérêt aux suites données à sa demande de mai 2015 de réintégration, il appartenait à l'administration d'instruire cette demande dans un délai raisonnable, qui a été manifestement dépassé en l'espèce, l'administration n'ayant définitivement pris sa décision que le 9 juin 2022. Mme A est dès lors fondée à soutenir que l'administration a commis une faute en instruisant sa demande dans un délai anormalement long.
Sur les préjudices :
9. En premier lieu, Mme A, qui n'apporte pas de pièces médicales pour en justifier de la réalité et de la gravité et qui ne s'est pas intéressée à sa situation administrative afin fin 2021, n'établit pas qu'elle aurait subi, en lien avec la faute retenue au point 8, un préjudice moral susceptible de réparation.
10. En second lieu, ainsi qu'il est dit au point 6, Mme A n'avait pas droit, à l'issue de sa disponibilité pour convenances personnelles, à sa mise à la retraite pour invalidité. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que la faute de l'administration lui aurait fait perdre une chance d'obtenir, dès 2016, une pension d'invalidité.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de l'Etat. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance doivent être rejetées. Les conclusions relatives aux dépens doivent également être rejetées, aucun frais de cette nature n'ayant été engagé dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
H. JEANMOUGIN
Le président,
P. MINNE
Le greffier,
N. BOULAY
N°2205267
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026