vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2205268 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3P |
| Avocat requérant | DA & MC SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Gourlain-Parenty, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision mettant à sa charge un indu d'aide personnelle au logement (APL) d'un montant de 376,41 euros pour la période du 1er octobre 2020 au 31 décembre 2020 ;
2°) de condamner la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime à lui rembourser les sommes prélevées ;
3°) de condamner la CAF de la Seine-Maritime à lui verser l'APL au titre de ses trois enfants à compter du 1er janvier 2021 ;
4°) de mettre à la charge de la CAF la somme de 1 000 euros au titre du 2e alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser directement à son conseil.
M. C soutient qu'il a gardé ses enfants en résidence alternée depuis le jugement du 20 octobre 2020.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, ainsi qu'un mémoire, non communiqué, enregistré le 30 mai 2024, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, représentée par la SELARL DAMC, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, à titre principal, que les conclusions en contestation de l'indu et tendant au versement des APL depuis le 1er janvier 2021 sont irrecevables et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu :
* la décision du 30 janvier 2023 par laquelle M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
* la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
* la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
* les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
* le rapport de M. B,
* et les observations de Me Suxe, représentant la CAF de la Seine-Maritime.
À l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le directeur de la CAF de la Seine-Maritime a notifié à M. C, par un courrier du 19 novembre 2021, une décision ordonnant le reversement d'une somme de 2 576,24 euros incluant notamment un indu d'APL d'un montant de 376,41 euros au titre des mois d'octobre à décembre 2020. Par courrier du 3 décembre 2021, le requérant a déposé un recours préalable contestant la somme qui lui était réclamée. Par un courrier du 16 septembre 2022, le directeur de la CAF l'informait du rejet de sa contestation après avoir recueilli l'avis de la commission de recours amiable (CRA). M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision et doit être regardé comme demandant qu'il soit enjoint à la CAF de la Seine-Maritime de lui verser l'APL à compter du 1er janvier 2021.
Sur les conclusions dirigées contre l'indu d'APL :
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'APL, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
3. Il est constant qu'à la suite des informations recueillies par les services de la CAF, celle-ci a considéré que deux des filles de M. C ne résidaient plus en résidence alternée chez leur père depuis octobre 2020 et a notamment remis en cause le droit que l'intéressé avait de percevoir l'APL à ce titre. Il résulte de l'instruction, que par jugement du 22 octobre 2020, le tribunal judiciaire de Rouen a fixé la résidence habituelle de deux des filles du requérant chez leur mère. Si, par jugement du 14 janvier 2022, la même juridiction a fixé la résidence habituelle de ces enfants en alternance chez chacun de leurs parents au motif notamment que celles-ci avaient " très vite dit qu'elles souhaitaient rester en résidence alternée ", cet élément n'est pas de nature à justifier de la résidence desdits enfants au domicile du requérant sous couvert d'une garde alternée durant les mois d'octobre 2020, novembre 2020 et décembre 2020 qui sont en litige. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision mettant à sa charge un indu d'APL reposait sur des faits inexacts. Ainsi, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée à ce titre en défense, le requérant n'est fondé, ni à demander l'annulation de la décision mettant à sa charge un indu d'APL d'un montant de 376,41 euros pour la période du 1er octobre 2020 au 31 décembre 2020, ni à ce qu'il soit enjoint à la CAF de la Seine-Maritime de lui rembourser les sommes prélevées à ce titre.
Sur les conclusions dirigées contre le refus de versement de l'APL :
4. Il résulte de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur d'une CAF ordonnant le reversement d'un indu d'APL ou refusant le versement de cette aide n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse dans les conditions qu'ils prévoient.
5. Il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait, préalablement à son recours juridictionnel, formé auprès de l'autorité compétente un recours administratif à l'encontre de la décision par laquelle le bénéfice de l'APL lui a été refusé à compter du 1er janvier 2021. Par suite, c'est à bon droit que le directeur de la CAF de la Seine-Maritime oppose à l'encontre des conclusions dirigées contre le refus de versement de l'APL une fin de non-recevoir tirée du défaut de recours administratif préalable.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et les conclusions relatives aux frais d'instance présentées par le requérant. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire à droit à la demande, présentée par la CAF de la Seine-Maritime, de versement d'une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la CAF de la Seine-Maritime présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Gourlain-Parenty et au directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe 7 juin 2024
Le magistrat désigné,
signé
T. B
Le greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2205268
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