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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300205

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300205

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300205
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantFIDAL BOISGUILLAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 17 janvier 2023 et le 1er septembre 2023, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limité (EURL) Biogaz de Gaillon, représentée par la société d'avocats FIDAL, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) et de cotisation foncière des entreprises (CFE) auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 dans la commune de Gaillon ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'EURL Biogaz de Gaillon soutient que :

- la décision d'acceptation partielle de sa réclamation souffre d'une motivation insuffisante ;

- la décision d'acceptation partielle de sa réclamation a été adoptée par une autorité incompétente ;

- les cotisations réclamées procèdent d'une erreur de droit dans la mesure où l'administration a fait une application erronée des dispositions du 11° de l'article 1382 du code général des impôts en ajoutant une condition non prévue et d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des mêmes dispositions ;

- les cotisations s'inscrivent en contradiction avec la doctrine administrative publiée au BOI-IF-TFB-10-50-30 n° 160 ainsi qu'au BOI-IF-TFB-10-50-25 n° 30 ;

- la prise de position de l'administration dans la notice de déclaration n° 6701 est opposable et limite les biens à déclarer

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 juillet 2023 et le 2 janvier 2024, le directeur régional des finances publiques de Normandie conclut au rejet de la requête.

Le directeur soutient que les moyens soulevés par l'EURL Biogaz de Gaillon ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Basille, représentant l'EURL Biogaz de Gaillon.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Biogaz de Gaillon exploite, sur le territoire de la commune de Gaillon, une usine de valorisation de déchets organiques fermentescibles par méthanisation permettant d'assurer une production d'énergie électrique et thermique. L'entreprise a été assujettie à la TFPB pour les années 2020 et 2021 pour les montants respectifs de 46 199 euros et 23 165 euros, ainsi qu'à la CFE au titre des années 2019, 2020 et 2021 pour les montants respectifs de 38 857 euros, 38 745 euros et 19 215 euros. Par réclamation du 9 décembre 2021, elle a sollicité le dégrèvement des impositions mises à sa charge, à hauteur de 14 870 euros et 7 135 euros s'agissant de la TFPB 2020 et 2021, et à hauteur de 2 580 euros, 12 545 euros et 6 090 euros s'agissant de la CFE 2019, 2020 et 2021. Par deux décisions du 21 novembre 2022, l'administration a partiellement fait droit aux réclamations, prononçant un dégrèvement total de 111 euros au titre de l'ensemble des impositions contestées.

Sur le terrain de loi fiscale :

2. En premier lieu, la circonstance que la décision d'acceptation partielle des demandes de dégrèvement ait été insuffisamment motivée et n'ait pas été adoptée par une autorité compétente est en tout état de cause sans incidence tant sur la procédure d'imposition que sur bien-fondé des impositions en litige.

3. En second lieu, l'article 1380 du code général des impôts dispose : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. " Selon l'article 1381 du même code : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / 2° Les ouvrages d'art et les voies de communication () " Selon l'article 1382 de ce code : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : / () / 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés à l'article 1381 1° et 2° () " Aux termes de l'article 1495 de ce code, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation. () " Aux termes du II de l'article 324 B de l'annexe III au code général des impôts : " Pour l'appréciation de la consistance il est tenu compte de tous les travaux équipements ou éléments d'équipement existant au jour de l'évaluation. () " Enfin, en vertu de l'article 1467 du code général des impôts, la CFE a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence.

4. Pour apprécier, en application de l'article 1495 du code général des impôts et de l'article 324 B de son annexe III, la consistance des propriétés qui entrent, en vertu de ses articles 1380 et 1381, dans le champ de la TFPB, il est tenu compte, non seulement de tous les éléments d'assiette mentionnés par ces deux derniers articles mais également des biens faisant corps avec eux. Sont toutefois exonérés de cette taxe, en application du 11° de l'article 1382 du même code, ceux de ces biens qui font partie des outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitation d'un établissement industriel, c'est-à-dire ceux de ces biens qui relèvent d'un établissement qualifié d'industriel au sens de l'article 1499, qui sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un tel établissement et qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnés aux 1° et 2° de l'article 1381.

5. La société requérante, à l'appui du moyen tiré de ce que la base d'imposition retenue par l'administration comprendrait, à tort, des biens d'équipements spécialisés répondant à la définition du 11° de l'article 1382 du code général des impôts et devant être exonérés, soutient que tout bien d'équipement spécialement adapté aux activités susceptibles d'être exercées dans un établissement qualifié d'industriel doit être exonéré de TFPB et que l'administration en indiquant que l'exonération ne pouvait jouer à l'encontre de construction proprement dite a ajouté à la loi. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que l'exonération dont il s'agit ne vaut que pour les biens qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnées aux 1° et 2° de l'article 1381, parmi lesquels figurent les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions, ce à quoi renvoie nécessairement les termes " construction proprement dite ".

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le bâtiment technique, les séparateurs d'aires de stockage, les cuves de préparation, les cuves de digestat et de traitement ainsi que le transformateur électrique constituent des ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions au sens du 1° de l'article 1381 du code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a exclu ces biens de l'exonération prévue au 11° de l'article 1382 du même code.

Sur le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

7. En premier lieu, les instructions administratives qui comportent des énonciations contradictoires et ambiguës ne peuvent par suite être regardées comme procédant à l'interprétation d'un texte fiscal au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales. L'instruction référencées BOI-IF-TFB-10-50-30 énonce en son paragraphe 160 : " L'article 1382-11° du CGI exonère de la taxe foncière sur les propriétés bâties les outillages et autres moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés à l'article 1381-1° et 2° du CGI. / Bien entendu, ces moyens d'exploitation échappent également à l'imposition, lorsqu'ils sont utilisés pour des activités autres qu'industrielles (agriculture, commerce, etc.). / Cette exonération concerne tous les biens de l'espèce qu'ils soient ou non assimilables à des constructions. " Le paragraphe 180 de la même instruction indique quant à lui : " En revanche et conformément aux dispositions de l'article 1381-1° et 2° du CGI sont imposables les installations assimilables à des constructions () "

8. Les énonciations des paragraphes 160 et 180 de l'instruction en cause constituent des énoncés contradictoires. Ils ne peuvent donc être regardés comme constituant une interprétation formellement admise par l'administration de la loi fiscale au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

9. En deuxième lieu, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir des mentions du paragraphe 30 de l'instruction référencée BOI-IF-TFB-10-50-25 dès lors que celle-ci concerne les installations et bâtiments affectés à la méthanisation agricole, soit une situation distincte de celle soumise à la juridiction.

10. En dernier lieu, en mentionnant la liste des constructions à déclarer comme telles, le formulaire de déclaration Cerfa n° 6701 dit modèle U de déclaration des établissements industriels ne contient pas de rubriques différentes de celles prévues par la loi. Ce formulaire peut donc pas être regardé comme comportant une interprétation formelle de la loi fiscale pouvant être invoquée sur le fondement des dispositions de l'article L.80 A du livre des procédures fiscales de nature à s'opposer aux dispositions du code général des impôts délimitant le champ d'application de la TFPB et de ses exonérations.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'EURL Biogaz de Gaillon n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations de TFPB et de CFE auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 dans la commune de Gaillon. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Biogaz de Gaillon est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Biogaz de Gaillon et au directeur régional des finances publiques de Normandie.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

T. DEFLINNE

Le président,

P. MINNE

Le greffier,

N. BOULAY

N°2300205

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