lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300296 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3P |
| Avocat requérant | GARRAUD-OGEL-LARIBI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Haussetete pour la SCP Garraud Ogel Haussetete, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a implicitement rejeté son recours exercé contre la décision du 3 août 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active de 12 904,08 euros ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de lui restituer les sommes retenues ;
3°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise gracieuse de sa dette ;
4°) de mettre à la charge de la caisse la somme de 850 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et en méconnaissance des exigences des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale, dès qu'elle n'a pas été informée de l'exercice du droit de communication ni mise en mesure de de formuler des observations sur les informations obtenues ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les dépôts de chèques présents sur ses relevés bancaires n'avaient pas à être déclarés dans le cadre de ses déclarations trimestrielles de ressources, puisqu'ils correspondent à des remboursement de frais, et que les versements de 200 euros ne constituent pas des pensions alimentaires ;
- elle est de bonne foi dès lors qu'elle n'a pas eu l'intention de frauder ;
- sa situation financière est précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, le département de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 21 décembre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Elle soutient s'en remettre aux écritures du département de la Seine-Maritime concernant l'indu.
Vu :
- la décision du 8 février 2023 par laquelle Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, à laquelle aucune des parties n'étaient ni présente ni représentée, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport.
A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis 2014, a été informée, par courrier du 3 août 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) socle de 12 904,08 euros au titre de la période d'avril 2019 à décembre 2021. Son recours en contestation de cet indu a été implicitement rejeté par le président du conseil départemental de la Seine-Maritime. Mme A demande au tribunal, d'une part, l'annulation de cette décision implicite et, d'autre part, la remise gracieuse totale de sa dette.
Sur le bien-fondé de l'indu de RSA :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur, et enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : () / 3° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour recouvrer les prestations versées indûment (). " Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande. ".
4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de contrôle établi le 13 janvier 2022 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme A a été informée, lors de l'entretien avec le contrôleur de la caisse d'allocations familiales du 22 octobre 2021, de l'exercice du droit de communication et de la possibilité qui lui était laissée de demander la communication des documents obtenus. Elle a également été mise en mesure de répondre aux observations du contrôleur lors de cet entretien et de discuter des sommes non déclarées dans ses déclarations de ressources, notamment les dépôts de chèques, figurant sur ses comptes bancaires. En outre, il n'est pas contesté que Mme A n'a pas fait valoir d'observations écrites lorsque les conclusions du contrôle lui ont été communiquées en janvier 2022. Enfin, l'intéressée ne fait état d'aucune observation nouvelle qu'elle aurait pu soumettre au contrôleur et qui aurait été de nature à influer sur le sens ou la teneur des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie et de la méconnaissance des exigences des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1 est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active (). " Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ".
6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête de l'agent assermenté de la CAF de la Seine-Maritime rédigé le 13 janvier 2022, qui fait foi jusqu'à preuve contraire, que Mme A n'a pas déclaré l'ensemble de ses ressources dans le cadre de ses déclarations trimestrielles de ressources sur la période d'avril 2019 à décembre 2021, notamment la somme forfaitaire de 200 euros versée mensuellement par le père de sa fille majeure ainsi que de nombreux dépôts de chèques présents sur ses relevés bancaires. Ces omissions n'ont pu être révélées que suite à un recoupement de fichiers entre les services de la CAF et l'établissement bancaire de Mme A.
7. Mme A soutient d'abord que les crédits bancaires résultant de dépôts de chèques constituent des remboursements par ses proches d'achats, dont elle avançait le montant, de produits de soin et de coiffure. Si l'intéressée produit des factures d'achat de tels produits, celles-ci ne suffisent pas, à elles-seules, à démontrer la corrélation avec les encaissements bancaires et donc leur caractère de remboursement d'avance.
8. Elle soutient également que la somme de 200 euros versée mensuellement par le père de sa fille, dont elle est séparée, constitue non une pension alimentaire mais un remboursement par son ex-conjoint des frais engagés pour leur fille au titre de sa scolarité et de son permis de conduire. Cependant, la facture de l'auto-école a été établie en janvier 2023, soit bien après la période de l'indu en litige, courant d'avril 2019 à décembre 2021, et rien n'indique que cette facture aurait été partiellement acquittée par Mme A avant son édiction. Les versements mensuels de 200 euros au cours de la période d'avril 2019 à décembre 2021 ne peuvent donc pas être regardés comme des remboursements de frais, ceux-ci n'ayant pas encore engagés. En outre, si Mme A produit les factures afférentes aux frais de scolarité de sa fille au titre des années scolaires 2017-2018, 2018-2019 et 2019-2020, d'une part, les pièces produites ne permettent pas d'établir que Mme A se serait elle-même acquittée de ces frais annuels de plus de 1 000 euros et ces frais, largement inférieurs aux sommes versées par son ex compagnon, ont été pour leur grande majorité acquittés bien antérieurement aux versements en litige, qui se sont poursuivis au moins jusqu'en octobre 2021. Mme A n'établit donc pas que les sommes mensuellement versées par son ex compagnon ne constituaient pas des ressources mais des remboursements de dépenses qu'elle aurait elle-même engagées dans l'intérêt de leur fille.
9. Dès lors, Mme A, qui ne justifie pas de l'origine des sommes non déclarées n'apporte pas la preuve que ces sommes n'avaient pas à être prises en compte dans le calcul de son droit au RSA. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que l'indu en litige est fondé tant dans son principe que dans son montant.
Sur la remise gracieuse :
11. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".
12. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté manifeste de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
13. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources ainsi omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
14. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme A a omis de manière régulière de déclarer l'ensemble de ses ressources, notamment celles, d'un montant non négligeable, que lui versait le père de sa fille. Elle doit dès lors, compte tenu de l'importance des sommes concernées et de la répétition des omissions pendant plus de deux années, être regardée comme ayant délibérément manqué à ses obligations déclaratives. Ce comportement fait obstacle, en application des dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, à ce qu'il lui soit accordé la remise gracieuse de sa dette, alors même que Mme A se trouverait dans une situation financière précaire.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté son recours contre l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge. Elle n'est pas non plus fondée à demander la remise gracieuse de son indu. Par voie de conséquence, les conclusions de Mme A présentées à fin d'injonction et, en tout état de cause, celles présentées au titre des frais d'instances doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Haussetete pour la SCP Patrimonio-Puyt-Guerard-Haussetete et au département de la Seine-Maritime.
Copie en sera adressée, pour information à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. JEANMOUGINLe greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300296
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026