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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300426

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300426

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300426
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation-

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°/ Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2023, sous le n° 2300426 et des mémoires, enregistrés le 19 février 2023 et le 8 juillet 2024, M. B D, représenté par la SELARL DBKM Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a mis à sa charge des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros au titre de décembre 2020 et de décembre 2021 ainsi que des indus d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros au titre de mai et de novembre 2020 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer ces sommes ;

3°) d'enjoindre au directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime de lui restituer les sommes retenues ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat et de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- les indus ne sont fondés ni dans leur montant ni dans leur principe ;

- ils sont entachés d'une erreur de fait dès lors que la caisse a confondu les notions d'indu et de fin de droits ;

- il avait droit au versement de l'aide exceptionnelle de solidarité et de l'aide exceptionnelle de fin d'année au titre des mois d'avril, mai, septembre ou octobre 2020 et de novembre ou décembre 2020 et 2021.

Par un mémoire, enregistré le 4 septembre 2023, le département de la Seine-Maritime conclut à son incompétence pour défendre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

II°/ Par une requête, enregistrée le 21 avril 2023, sous le n° 2301650, et un mémoire enregistré le 8 juillet 2024, M. B D, représenté par Me Bapcères, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 19 décembre 2022 par lequel le président du conseil départemental de la Seine-Maritime met à sa charge la somme de 1 296 euros au titre de l'amende administrative qui lui a été infligée sur le fondement de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge du département de la Seine-Maritime la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le titre attaqué méconnait l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dès lors que le département n'apporte pas la preuve de la signature du bordereau de titre de recettes ;

- il est dépourvu de base légale comte tenu de l'annulation de l'amende ;

- la créance n'est ni certaine ni exigible.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 septembre 2023 et le 4 juillet 2024, le département de la Seine-Maritime conclut à titre principal au non-lieu à statuer et à titre subsidiaire au rejet de la requête.

Il soutient que M. D a été remboursé de l'amende et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les décisions du 22 février 2023 admettant M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- les décisions par lesquelles la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations ente le public et l'administration ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires ;

- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté ses rapports et signalé que l'annulation du titre exécutoire relatif à l'amende était encourue par voie de conséquence du jugement du 18 septembre 2023 annulant l'amende et du défaut de base légale.

A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, allocataire depuis 2016, demande, par sa requête n° 2300426, l'annulation de la décision du 10 janvier 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime lui a notifié deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de décembre 2020 et de décembre 2021 et deux indus d'aide exceptionnelle de solidarité au titre de mai et de novembre 2020. Il demande, par sa requête n° 2301650, l'annulation du titre exécutoire du 19 décembre 2022 mettant à sa charge la somme de 1 296 au titre d'une amende administrative infligée sur le fondement de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles. Il demande également la décharge de l'obligation de payer ces sommes.

2. Les requêtes n°s 2300426 et 2301650 sont relatives à la situation d'un même allocataire, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 10 janvier 2023 :

3. Lorsque le recours dont le juge est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui parait, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. D'une part, aux termes des articles 6 des décrets n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 et n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. " et aux termes des articles 4 des décrets n° 2020-519 du 5 mai 2020 et n° 2020-1353 du 27 novembre 2020 : " Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. ". Il résulte de ces dispositions que le directeur de la caisse d'allocations familiales est compétent pour demander aux allocataires le remboursement des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité et pour statuer sur les litiges relatifs à ces aides.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom, et de la qualité de celui-ci. () ". Aux termes de l'article L. 100-1 de ce code : " Le présent code régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables. () ". Aux termes de l'article L. 100-3 du même code : " Au sens du présent code et sauf disposition contraire de celui-ci, on entend par : 1° Administration : les administrations de l'Etat, les collectivités territoriales, leurs établissements publics administratifs et les organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale ; () ". Aux termes de l'article L. 221-2 de ce code, applicable aux délégations de signature qui ont une nature réglementaire : " L'entrée en vigueur d'un acte réglementaire est subordonnée à l'accomplissement de formalités adéquates de publicité, notamment par la voie, selon les cas, d'une publication ou d'un affichage, sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables. () ". Aux termes de l'article R. 122-3 du code de la sécurité sociale : " Le directeur () peut déléguer, sous sa responsabilité, une partie de ses pouvoirs à certains agents de l'organisme. Il peut donner mandat à des agents de l'organisme en vue d'assurer la représentation de celui-ci en justice et dans les actes de la vie civile. ()". Aux termes de l'article D. 253-6 de ce code, dans sa rédaction applicable : " Le directeur peut, conformément aux dispositions de l'article R. 122-3, déléguer, sous sa responsabilité, une partie de ses pouvoirs à certains agents de l'organisme. / Il peut déléguer, à titre permanent, sa signature au directeur adjoint de la caisse ou à un ou plusieurs agents de l'organisme. / Cette délégation doit préciser, pour chaque délégué, la nature des opérations qu'il peut effectuer et leur montant maximum s'il y a lieu. ". Lorsqu'il prend une décision relative à l'aide exceptionnelle de fin d'année ou l'aide exceptionnelle de solidarité, le directeur de la caisse d'allocations familiales exerce une mission de service public administratif et est, à ce titre, soumis aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration, alors même que la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime est un organisme de droit privé. S'il peut déléguer à certains agents sa signature, cette délégation n'entre en vigueur, et n'est exécutoire, qu'après publication, en l'absence de disposition explicitement contraire aux prévisions de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration.

6. Il ne résulte pas de l'instruction que la décision du 21 janvier 2020 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a consenti à Mme A C, en sa qualité de gestionnaire des dossiers fraude, une délégation pour signer les courriers destinés aux allocataires dans le cadre de la gestion des dossiers suspectés ou qualifiés de frauduleux aurait été publiée et serait donc entrée en vigueur. Dès lors, la décision du 10 janvier 2023 par laquelle les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité ont été mis à la charge de M. D, qui n'a pas été signée par le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime mais par Mme A C qui ne disposait pas d'une délégation de signature exécutoire, n'a pas été prise par une autorité compétente et doit être annulée. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 janvier 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a mis à sa charge des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de décembre 2020 et de décembre 2021 ainsi que des indus d'aide exceptionnelle de solidarité au titre de mai et de novembre 2020.

7. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Partant, elle n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par la caisse d'allocations familiales, l'extinction de la créance litigieuse.

8. M. D n'établit pas que des retenues auraient été effectuées sur ses prestations sociales pour recouvrer les créances en litige et aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible de fonder une annulation. L'annulation prononcée n'implique donc pas nécessairement de prononcer la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à la charge de M. D par la décision du 10 janvier 2023 et les conclusions à fin de décharge présentées par l'intéressé doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire émis le 19 décembre 2022 :

9. Par jugement n° 2205042 du 18 septembre 2023, le tribunal a annulé la décision du 6 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime avait prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 1 296 euros, fondement du titre de recettes en litige. Ce titre, privé de base légale, a été annulé par le département de la Seine-Maritime et il résulte de l'instruction que M. D a été remboursé en cours d'instance, le 28 juin 2024, de la somme de 1 296 euros mise à sa charge par le titre contesté. Les conclusions en annulation du titre exécutoire émis le 19 décembre 2022 pour le recouvrement d'une amende administrative de 1 296 euros ont donc perdu leur objet en cours d'instance et il n'y a plus lieu d'y statuer.

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime et du département de la Seine-Maritime, et en tout état de cause de l'Etat, au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire émis le 19 décembre 2022 mettant à la charge de M. D la somme de 1 296 euros.

Article 2 : La décision de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime du 10 janvier 2023 est annulée en tant qu'elle met à la charge de M. D deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année au titre du mois de décembre 2020 et de décembre 2021 et deux indus d'aide exceptionnelle de solidarité au titre des mois de mai et de novembre 2020.

Article 3 : Le surplus des requêtes de M. D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la SELARL DBKM Avocats, à Me David Bapcères, à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, au département de la Seine-Maritime et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. JEANMOUGINLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2300426, 2301650

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